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Le Bangladesh organise la plus grande leçon de natation du monde pour sauver des vies




Depuis que son fils aîné s’est noyé, comme c’est le cas pour 50 enfants en moyenne chaque jour au Bangladesh, Jahanara Anwar est déterminée à inscrire son cadet à la plus grande leçon de natation du monde.
“J’avais promis de l’envoyer dans un centre de natation une fois ses examens terminés mais je n’avais pas réalisé combien c’était important”, dit-elle en se remémorant ce jour de 2011 où Amanto, 14 ans, est parti jouer près d’un canal et n’est jamais revenu à la maison.
“Je veux qu’aucune autre mère n’éprouve une telle peine”, ajoute-t-elle.
Au Bangladesh, environ 18.000 enfants meurent noyés chaque année, soit environ 49 par jour, la noyade étant la première cause de mortalité pour les enfants âgés de un à 17 ans.
Le danger est omniprésent dans ce pays parsemé de cours d’eau, en proie aux inondations à chaque mousson et où environ un quart des 160 millions d’habitants vit au bord de la mer.
Or peu d’enfants savent nager, les parents étant réticents à leur payer des cours alors qu’ils peinent déjà à joindre les deux bouts, dans l’un des pays les plus pauvres de la planète.
Mais cette année, le gouvernement a annoncé qu’il allait rendre obligatoires les cours de natation à l’école, créant le programme d’apprentissage le plus ambitieux au monde.
D’autres pays comme l’Australie rendent la natation obligatoire mais, en la matière, aucun pays ne fait face à une tâche d’une ampleur comme celle de l’Inde.
“Nous voulons apprendre à nager à pratiquement 40 millions d’enfants âgés de cinq à 17 ans”, explique Farhana Haque, un haut responsable du ministère de l’Education, à l’AFP. “Je pense qu’il s’agit du plus grand programme de natation jamais organisé”.
 Il faudra plusieurs années avant que chaque enfant puisse se jeter à l’eau.
Etant donné le manque de piscines, le gouvernement a demandé aux écoles d’utiliser les mares à proximité tandis que l’Unicef installe des piscines gonflables géantes et finance ou organise certains programmes.
Par un froid dimanche matin à Dacca, une dizaine de garçons et filles s’entraînent ainsi dans une des piscines de l’Unicef, ayant tout juste pied dans 1,20 mètre d’eau.
“Avant, j’avais vraiment peur de l’eau. Maintenant je suis impatiente de venir ici”, dit Kobita Akhter, 10 ans, fière d’avoir réussi à nager une longueur avant de patauger pour rejoindre ses amis à l’autre bout du bassin.
Selon Amy Delneuville, spécialiste de la protection de l’enfance à l’Unicef, le programme a reçu un très bon accueil, y compris dans les zones rurales conservatrices où l’idée de voir des filles en maillot de bain aurait pu être mal vue.
“Il y a tant de plans d’eau au Bangladesh que la noyade est un risque très sérieux pour les enfants”, dit-elle à l’AFP. “Les communautés sont très heureuses de ce programme et savent le danger que l’eau représente”.
A côté des leçons de natation pour les plus jeunes, les moniteurs apprennent également aux plus âgés à enseigner la natation.
 Les pires noyades sont survenues au Bangladesh lors de naufrages de ferrys surchargés, très nombreux sur le vaste réseau fluvial. La distance jusqu’aux côtes est souvent si importante que les bilans sont lourds.
Au moins 78 personnes ont ainsi péri en février lorsqu’un ferry a coulé après avoir heurté un chalutier sur la rivière Padma, un affluent du Gange.
Assise avec sa fille de quatre ans sur le pont inférieur d’un ferry lors de la traversée sur 18 km d’un bras de la Padma, Shabana Begum reconnaît que ni elle ni l’enfant ne savent nager.
“Nous nous en remettons à la volonté d’Allah pour que rien ne nous arrive”, dit-elle depuis ce ferry pourvu de quelques gilets de sauvetage seulement pour des dizaines de passagers.
Le capitaine du ferry, Sharif Musharraf Hossain, reconnaît que cette portion du fleuve est particulièrement dangereuse.
“Le nombre de passagers n’est pas le principal problème. En revanche, les ferrys sont petits et les courants sont forts sur le Padma”, dit Hossain.
“Pendant les accidents, les gens sont paniqués et se mettent à courir en tous sens sur le pont car ils ne savent pas quoi faire”.
Il existe plus de 230 rivières au Bangladesh qui débordent fréquemment. Mais peu sont aussi effrayantes que la Padma.
Voir l’eau arriver à la taille dans les rues de Dacca est commun pendant la mousson, entre juin et octobre.
Maintenant que son fils cadet Ananto, âgé de huit ans, apprend à nager, Jahanara Anwar est persuadée qu’il sera capable de s’en sortir en cas de catastrophe mais également d’aider les autres.
“J’ai dit à Ananto de sauver tous les gens qu’il verrait en train de se noyer: +personne n’a pu sauver ton frère, maintenant il faudra que tu puisses le faire+”.

Mercredi 6 Janvier 2016

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