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Latifa Jbabdi, membre du Conseil national de l’USFP : “Nos filles ne doivent pas payer le prix de l’échec des politiques sociales du gouvernement”




Latifa Jbabdi, membre du Conseil national de l’USFP : “Nos filles ne doivent pas payer le prix de l’échec des politiques sociales du gouvernement”
Sous le thème : «Arrêtons
l’infanticide de nos filles», l’Union de
l’action féminine (UAF) a organisé samedi dernier à Casablanca le 13ème Tribunal de la femme pour «juger le
phénomène du mariage forcé des mineurs et le mariage avec
le violeur».
En marge de cet évènement, nous avons pris langue avec Latifa Jbabdi, membre du Conseil national de l’USFP, membre fondateur de l’Association marocaine des droits humains
et ex-présidente de l’UAF qui a bien voulu se prêter
au jeu des
questions-réponses. Entretien.

Libé : Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur la symbolique de cet événement que vous organisez chaque année depuis 13 ans?

Latifa Jbabdi: Non, nous avons commencé à organiser le tribunal symbolique des femmes en 1996 qui est,  en fait, une forme d’audition publique des femmes victimes de violence sous toutes ses formes. Pour chaque tribunal, on choisit une thématique parce que nous estimons que le fait de faire parler la réalité à travers les victimes elles-mêmes est beaucoup plus éloquent, plus instructif sur le vécu des femmes, leurs douleurs et les souffrances vécues par les femmes victimes de violence et de discriminations de toutes sortes.
Ceci nous paraît être plus éloquent que toutes les conférences qu’on pourrait initier. C’est pour cela qu’on organise ce tribunal chaque année et sous cette forme-là. Cette année, nous avons consacré le tribunal à la problématique du mariage des mineures en général et le mariage des mineures violées par leurs agresseurs en particulier. Surtout que le suicide tragique d’Amina Filali a dévoilé au grand jour, ce que nous avons toujours déploré, ce que nous avons toujours dénoncé au niveau de l’Union de l’action féminine. On n’avait aucune écoute que çe soit par rapport à la société, ou l’opinion publique. Le décès d’Amina a interpellé et indigné tout le monde et donc nous avons décidé de consacrer ce tribunal à cette question. C’est en hommage à l’âme d’Amina que nous l’avons fait.

Quels sont les apports de ce tribunal ?

Le tribunal est d’abord un outil de sensibilisation et de mobilisation vu qu’il s’agit d’un public ciblé constitué d’ONG, de décideurs, représentants de départements ministériels, du Parlement et de la presse. Pour nous, c’est un outil important pour mobiliser toutes ces forces afin d’agir ensemble pour mettre fin à ces drames vécus par des milliers de jeunes filles marocaines. Amina n’est ni la première, ni la dernière à être mariée contre son gré à son agresseur et donnée comme une offrande pour sauver, soi-disant, l’honneur de la famille.
Je voudrais juste ajouter que le tribunal est seulement un outil de sensibilisation mais également un outil de plaidoyer pour changer les lois et opérer les changements nécessaires au niveau des mentalités. et amener les décideurs à mettre en place les politiques nécessaires pour mettre fin à toutes les formes de violence à l’égard des femmes.
Donc comme vous l’avez constaté avec les témoignages forts et émouvants que nous avons  écoutés, il y a eu les plaidoiries des avocats qui ont été très fortes et qui ont analysé les lois, le système de valeurs, la culture, le système judiciaire, donc les déficits en mécanismes et en dispositions légales à même de protéger les droits, la dignité et l’intégrité de nos jeunes filles. Le jugement détaillé a pris la forme de recommandations et de revendications  par rapport aux lois qui doivent être reformées et aux pratiques dégradantes, humiliantes et discriminatoires qui légitiment la violence à l’égard des femmes et donc pour nous, c’est sur la base de ce document que nous faisons notre plaidoirie.
C’est également avec ce document que nous allons nous adresser au Parlement et au gouvernement pour plaider la cause des fillettes qui sont victimes de ces violations graves des droits de l’Homme.
Ces recommandations portent essentiellement sur le Code pénal qui doit être revu entièrement dans le sens de l’harmonisation avec les normes internationales, les valeurs universelles, les droits humains et surtout la Convention internationale sur les droits des enfants et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Donc, le fameux article 475 du Code pénal devrait être abrogé comme le doivent être les articles 20, 21, 22 du Code de la famille qui   légitiment le mariage des mineures et qui accordent un pouvoir discriminatoire aux juges en matière d’autorisation du mariage des mineures. Comme nous l’avons constaté à travers les chiffres qui ont été présentés, 99% de ces mineures sont des filles et plus de 35.000 d’entre elles sont mariées à un âge  inférieur à celui fixé par le Code de la famille.
J’aimerais juste revenir au Code pénal pour souligner que l’article 475  est une légitimation par la loi du viol et de l’impunité des violeurs parce qu’il leur permet d’échapper à toutes sanctions en épousant la victime.
D’un autre côté, on impose à la victime déjà traumatisée par ce qu’elle a subi du fait du viol qui a brisé sa vie, son enfance, une vie commune avec son violeur.
Donc nous devons mettre fin à tout cela, nous devons changer ces lois et mettre en place une loi cadre globale contre toutes les formes de violences à l’égard des femmes.
Cela a depuis longtemps constitué une revendication de l’UAF mais également de l’ensemble du mouvement  féministe qui est rassemblé dans une coordination qu’on appelle le Printemps de la dignité qui a élaboré un mémorandum pour lequel nous avons fait un plaidoyer auprès des responsables.

Quel regard portez-vous sur la réaction du ministre de la Justice et de la ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social à propos de ce qui est advenu à Amina Filali?

Pour ce qui est du gouvernement, on ne peut qu’être outré par sa réaction, parce qu’on nous donne des messages qui légitiment ces atrocités, ces crimes contre l’enfance, contre l’innocence. Ces violations graves des droits humains les plus fondamentaux qui sont le droit à la vie, le droit à la dignité, le droit à l‘intégrité de la personne.
Les déclarations qui prétendent qu’Amina était consentante sont déplacées. De toute façon, on ne peut pas parler de consentement pour les mineures, on ne prend jamais en considération le fait qu’elles soient consentantes ou non pour tout type de crime.
Pourtant, le ministre de la Justice a mis fortement l‘accent sur cela. Nous, nous mettons le gouvernement devant ses responsabilités et nous lui demandons d’oeuvrer pour que fin soit mise aux pratiques qui violent les droits de l’enfant et les droits des femmes
La loi actuelle consacre la culture traditionnelle basée sur la discrimination basée sur l’humiliation et légitime la violence pour préserver un certain ordre social alors que la Constitution marocaine a consacré les valeurs universelles des droits humains.
La loi doit donc suivre. Nous devons aujourd’hui mettre en adéquation le Code pénal, le Code de la famille avec la Loi suprême.

Un dernier message pour l’opinion publique concernant ce tribunal...

L’un des points noirs de la société marocaine est le fait que nous n’assurons aucune protection à nos enfants, surtout les filles et particulièrement les filles rurales. Au lieu de les protéger, nous avons mis en place des lois qui légitiment toutes les violations qu’elles subissent et il est grand temps de mettre fin à tout cela.
Le suicide d’Amina ne doit pas être vain. Nous devons le prendre en compte. C’est le cri de toutes les filles, nos filles qui vivent les mêmes tragédies.
Et on ne peut pas justifier ces crimes contre notre enfance par la culture et les traditions. Les traditions, la culture, les pratiques qui favorisent ces violations doivent changer. Je crois que c’est la responsabilité de tous les décideurs, du législateur, de la magistrature et du gouvernement et de tout un chacun. Nous ne pouvons plus accepter que cela continue. Nous avons des cas de filles mariées à l’âge de 8 ans et de 10 ans, puis répudiées et remariées.
On ne peut pas justifier cel a par la pauvreté, parce qu’elles ne sont pas responsables de la situation sociale de leurs familles. C’est l’Etat qui en assume la responsabilité. Ce n’est pas aux filles de  payer le prix de nos déficits et de l’échec de nos politiques sociales.  Nous sommes mobilisées, le mouvement des femmes est mobilisé, et nous nous réjouissons du fait que l’opinion publique  manifeste aujourd’hui contre ce genre de pratiques. La société elle-même est indignée et les responsables doivent être à l’écoute de la société. Ils doivent  écouter et entendre le cri des filles marocaines qui ont droit à la protection.

Propos recueillis par M. Taleb
Mercredi 11 Avril 2012

Lu 1328 fois


1.Posté par DR IDRISSI MY AHMED le 11/04/2012 12:04
A TOUTES LES AMINA FILALI

LES VACHES ET L'ARTICLE 457.

Des vaches, le cuir mal tanné sur les os, paissent en silence…Aucun mâle affamé ou en manque, ne vient les harceler, pendant qu’elles cueillent pour les feuilleter, les marguerites du pré…On n’a pas décrit de suicide après viol et mariage forcé, chez les vaches ! Le cas Amina Filali et autres Bouazizi, elles ne le connaissent pas.

Vexations. On ne forcera plus, Mme Bassima Hakkaoui, une fille violée, mineure par-dessus le marché, à se marier, avec son violeur. Dusse-t-il obtenir l'aval de sa belle famille, qui humiliée cherche à couvrir sa prétendue honte. Mais il faut relire cette inadéquation des actes et cette inéquation des sentiments. Par ce genre d'articles, on se détourne de l'acte de violence ultime pour le masquer. Sous couvert de la complaisance, la loi couvre, pour sauvegarder les apparences sociales, ce qui est un crime odieux et pénalisable. Ces mariages, bricolés comme une fracture par un rebouteux, sont l'expression d'une dérive indécente et lamentable. Mariage pénal, mariage sanction, mariage prison ! C'est la négation la plus totale du respect, de la fierté des droits et de la justice. C'est la légalisation infâme de l'abonnement au viol constant ! Qu'en est-t-il des sentiments, de la personne violée, contre gré, évidement ? Larguée sur le lit conjugal comme un objet sexuel, la victime vit le sexe comme embrochée sur un pilori. Ces souffrances répétitives, sont l'expression des bavures d'une justice inquisitoriale. C'est la négation des droits de l'enfant. De ceux surtout des tranches appauvries ou analphabètes que nos réformes veulent sauver et protéger.

La souffrance morale de la femme est préconisée comme solution (de détresse) face à l’humiliation, par une société qui veut méconnaitre le sens vrai de l'amour, le sens de la liberté dans l'amour. Une société tendancieusement hypocrite, qui s'est assujettie à des lois machistes. Si nous restons prisonniers d'interprétations partiales, figées sur des héritages moyenâgeux, nous montrerons notre réticence à l'évolution des droits humains. Notre refus envers ceux de la femme, en particulier, serait d'une lâcheté honteuse et une dérive punitive de nos aspirations. La jeunesse déracinée est désorientée. Elle est mal ouverte sur le sexe. Sexiste et libertaire, elle est devenue plus dévoyée que par le passé. Alors qu'elle était contenue par des garde-fous, par des lois ou des interdits, qui forçaient au respect des normes sous la houlette des conduites morales et des lois religieuses strictes et respectées. Si la volonté d'évoluer nous manquait, en ce moment d'ouverture sur le monde moderne, nous démontrons notre schizophrénie sociale. Par ce refus démentiel, nous pousserons la femme à subir des affres pires que syndrome de Stockholm. Dès lors, nous nous devons de sortir de cette impasse éthique, juridique et civilisationnelle.

Cet hiver des sentiments, des lois et du climat a laissé tout le monde et la nature, la première, sur le sec. Espérons des ondées printanières sur les lois…

2.Posté par ASSOU OUCHEN le 12/04/2012 08:37
le malheureux problème qu'a vécu la défunte Amina Filali et qui est toujours médiatisé nous incite à se poser pas mal de questions sur la vraie réalité de nos valeurs morales , de notre conception des droits humains et de notre aptitude à eriger des textes de droit où l'imparfait l'emporte sur le fond même de ces textes.

Nous disposons d'une constitution parmi les plus évoluées, mais à défaut de lois et de règlements d'application révisés et mis à ce jour, cette constitution se confine dans sa dimension théorique ni plus ,ni moins.

Pire encore quand on se rend compte du fait qu'on subi des textes de lois ou de règlement qui remonte loin dans l'histoire récente du maroc dont le départ est marqué par l'avènement du protectorat au début du siècle dernier , ou des usages qui étaient en vigueur avant le protectorat et renient aux femmes les plus élémentaires de leur droit au nom d'une interprétation objective et "macho" de l'islam,on est abasourdi par la schyzonphrénie qui caractérise notre évolution vers la modernité.

je donne à titre d'exemple les femmes des hautes montagnes de l'Atals qui parlent difficilement ,ou ne parlent pas du tout l'arabe, qui sont toujours privées de leur droit à l'héritage , à qui on ne demande pas du tout leur avis ou accord quand il s'agit de les donner en mariage et qu'on incite dans certaine tribu à la prostitution une fois dévorcées et débarassées de leur verginité.

Des femmes à qui les pouvoirs publics continuent à faire la sourde oreille en ce qui concerne leur droits aux terres collectives? des femmes dont les débouchées professtionnelles se limitent outrageusement à trois professions : femme au foyer et aux champs, bonne à vraiement, dans tous les sens du terme, à tout faire, chez les notables, prostituée des bas quartiers et des bidons villes en cas d'exode rural.

Nous disposons donc d'une constitution dont certains principes n'arrivent pas à accéder au stade de pratiques et qui étaient adpotés depuis l'independance , faute de textes d'application et de refonte de textes caduque qui n'épousent plus le contexte actule , très différent de celui qui a été à l'origine de leur élaboration :
- le principe d'égalité et de non descrimination
- le principe de la liberté d'expression pour le quel l'adoption d'une loi sur la presse semble difficile que celui d'une constitution
- le droit à une justice équitable vidé de son sens pour le fait qu'il pratiquement impossible de toucher aux code pénal, qui de fait , est en passe de devenir supérieur à la constitution elle même et resiste à se plier à ses principes

j'estime qu'il est du devoir de ceux pour qui le peuple se donne la peine d'aller voter d'enclencher les réformes necessaires, car le pouvoir législatif est plus ahbilité que le Gouvernement pour renover notre système et de le mettre en phase avec les princpes de laconstitution

il serait assez bête d'attendre du Gouvernement d'assumer une telle tâche pour les raisons suivantes

1/ en s'installant dans les confortables fauteuils ministériels, les membres du Gouvernement s'ahabituent aisément aux habitudes de leurs département dont lesdysfocytionnement sont mieux exploités par la bureaucratie pour défendre ses interêts,

2: le gouvernement est moins représentatif de tout le peuple et n'épouse que partiellement ses soucis et d'une manière subjective de surcroît, donc demander un ministre , aussi important soit il, de reformer la loi au détriment des convictions idéologiques de son parti est une maladresse de par des citoyens et des composantes de la société civile.

3.Posté par Malika le 12/04/2012 17:13
Bravoooo à Latefa Jbabdi et à toute l'équipe, enfin des actions concrètes, pour nous délivrer de cet honteux article 475 !!!!

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