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Larache commémore la disparition d’Abdessamad Kenfaoui : Devoir de mémoire pour les passionnés du théâtre populaire




Larache commémore la disparition d’Abdessamad Kenfaoui : Devoir de mémoire pour les passionnés du théâtre populaire
Un devoir de mémoire. Abdessamad Kenfaoui, le géant du théâtre populaire en terre marocaine,  est décédé un 31 mars, quelques jours à peine après la Journée mondiale du théâtre. L’Association Abdessamad Kenfaoui du  théâtre et des arts populaires ne veut pas l’oublier. Mieux encore, ceux et celles de cette association le vivent comme un signal fort pour commémorer Kenfaoui et rappeler aux mémoires rétives qu’il est  le père du théâtre populaire et ouvrier au Maroc. Ce samedi 31 mars, l’Association Kenfaoui, rapatriée  depuis 2 ans à Larache, la ville qui a vu naître cet homme de théâtre invite au recueillement sur la tombe de Kenfaoui, enterré, à sa demande, dans un cimetière de la ville. La commémoration se fait hommage.  Pour ne pas oublier. Justice a-t-elle vraiment été rendue à A. Kenfaoui, l’homme de théâtre qui a donné toutes ses lettres de noblesse au dialecte marocain, devenu ici une quête identitaire ou presque ? Ce géant du théâtre populaire, proche des petites gens, ami de Samuel Beckett et Eugène Ionesco, les pères fondateurs du théâtre de l’absurde, était aussi diplomate, homme politique, syndicaliste, passant du théâtre ouvrier au sérail alaouite. Ce sont là toutes les contradictions de cet homme qui font sa force et son parcours inédit. Kenfaoui s’en est allé trop  tôt. Il avait à peine 50 ans. Mais son legs est immense. Peut-on fixer une date de naissance du théâtre populaire chez nous ? Pas vraiment. Les spécialistes sont unanimes : le théâtre populaire marocain existe depuis toujours, ou presque. Sa tradition orale puise ses sources dans le langage, la musique, la danse, le chant, le mime...Il est vivant et s’exprime encore aujourd’hui dans les contes et les fabliaux.
Les années 50 ont vu l’arrivée d’un groupe d’hommes de théâtre français, André Voisin, Charles Nughes, acquis à l’indépendance du Maroc et très critique de la politique culturelle de la France au Maroc.  S’appuyant  sur la culture du pays, grâce aux possibilités d’échanges, de partage, ils travailleront avec Abdessamad  Kenfaoui, déjà un artiste hors norme. «De jeunes comédiens, notamment  M. Afifi, L. Doghmi, Tayeb Saddiki, et d’autres encore, qui ont participé à cette expérience, ont constitué un champ expérimental considérable, car ils étaient les éléments vivants d’une culture, qui s’exprimait avec force, talent et reconnaissance. Kenfaoui était là, présent en ce temps inaugural, avec sa  culture littéraire arabe, sa grande connaissance des expressions de la vie populaire, et par ailleurs par sa culture occidentale éclectique. Il a permis la promotion des «ateliers d’auteur», solution idoine pour créer un répertoire adapté à la situation du Maroc à cette époque. Il a permis, en ce temps-là, aux comédiens de jouer au Maroc, mais également en France. Certains ont participé, dès l’aube de l’indépendance, à l’aventure du Théâtre Populaire, à Paris avec Jean Vilar, au Festival des Nations à Paris en 1958,  ou avec Laurence Olivier à Londres.
Le théâtre qui s’est mis en place à cette époque-là,  a été une magnifique période de liberté d’expression, qui a puisé son inspiration dans la richesse transgénérationnelle marocaine, mais  également transculturelle. « Abdessamad Kenfaoui fut chargé, avec Tahar Ouaziz  et aux côtés d’André Voisin, de l’encadrement de stages d’art dramatique se déroulant aux Chênes, dans la forêt de la Mamora et devant déboucher sur l’émergence d’un théâtre marocain original et moderne», rappelle un chercheur en se basant sur les travaux de Souad Rezzok et Abdelouahad Ouzri.
Que reste-t-il aujourd’hui  de ce théâtre qui a connu ses beaux jours ? Le constat est dressé de tables rondes en colloques. C’est à chaque fois la même sentence qui tombe. Au Maroc, le théâtre se porte mal. Crise de l’imaginaire ou culte du rire gras, le malaise est immense, à la mesure de l’absence d’infrastructures à même d’accueillir œuvres et troupes. «Le théâtre est dans le coma. Il est en salle de réanimation. De temps en temps, on le met sous perfusion. Mais personne ne veut vraiment le sauver. Quel est l’interlocuteur des hommes et des femmes de théâtre ? Combien de troupes compte le Maroc ? Combien sont-ils à aller voir des pièces de théâtre ? Et que représentent vraiment les subventions en la matière ?», se demande cet homme de théâtre. Des questions qui dérangent parce qu’elles mettent le doigt sur des plaies vives.
A Larache, on n’en finit pas de se battre pour que le théâtre revive et que celui, populaire, porté par l’œuvre de Kenfaoui, ressuscite.  L’Association Abdessamad Kenfaoui du théâtre et des arts populaires est un maillon essentiel de cet engagement. C’est un combat militant et culturel qui a rendu possible le rapatriement de l’Association Abdessamad Kenfaoui à Larache et, surtout, sa résurrection. Il a fallu que des enfants de la ville se mobilisent, s’engagent et s’investissement dans cette mission de sauvegarde d’une mémoire culturelle meurtrie, dès qu’il s’agit de théâtre, pour que le patrimoine légué par Kenfaoui ne meurt pas à son tour.
Après avoir édité cinq œuvres de Kenfaoui dont «Bouktaf», «Soltane Tolba», «Soltane Balima» ou encore «Si Taki», cette association que préside le chirurgien cancérologue Abdelilah Souadka, un Larachois qui n’a jamais cessé de l’être,  est en train de préparer la deuxième édition  du Festival du théâtre et des arts populaires qui aura lieu du 9 au 15 juillet prochain.
«Le pari de la culture sur fond d’une régionalisation agissante, solidaire et intelligente, c’est quelque part notre credo. Notre premier combat a été de faire revenir l’œuvre de Kenfaoui à Larache. Maintenant, notre défi est de faire rayonner cette mémoire du théâtre au niveau national, en partant de notre ville.  Si Kenfaoui était un Larachois et fier de l’être, son œuvre appartient à tous les Marocains», explique A. Souadka.
Ce samedi 31 mars 2012,  la mémoire d’Abdessamad Kenfaoui, le fils prodigue  de Larache,  sera ressuscitée par les enfants de la ville. C’est toujours beau une ville qui rend hommage à l’un des siens.

Narjis Rerhaye
Mercredi 28 Mars 2012

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