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Lalla Badi L’artiste - institution !

Grande icône du patrimoine culturel targui




 Verbe joyeux. Sourire spontané. Voix sublime. Lalla Badi, grande icône  du patrimoine culturel targui, est un symbole de simplicité. Un grand cœur qui parle et une belle âme qui rêve. A Mhamid El Ghizlane, où la 8ème édition du Festival international de Taragalte, entendait rendre hommage à cette figure emblématique du tindi, les gens ressentaient l’ampleur de ce geste. Lalla, comme on aime bien l’appeler dans son entourage, n’est pas uniquement l’artiste connue et reconnue, mais, bel et bien, une femme leader.  Une grande dame.
 «J’ai joué dans près d’une centaine de festivals de par le monde, et je n’ai jamais été imprégnée de ce sentiment d’être tout simplement chez moi», avoue cette grande dame, du haut de ces 80 ans, sans aucune prétention de charmer les organisateurs. Son attitude tout au long du Festival Taragalte qui a eu lieu du 27 au 29 octobre 2017, en est la preuve.
Sa modeste et typique tente installée au bivouac «Petit prince » fut, tout au long du festival, le carrefour de tous les autres artistes et festivaliers. Many Ansar, Mohamed Dumbia, Cheikessi, Aboubaker MC, les filles de Illighadad, Bnat Tombouctou… tous viennent se réunir autour de ce monument fédérateur d’artistes marocains, algériens, nigériens, maliens et même européens… L’on vient savourer le thé targui, mais goûter de près cette originalité et cette authenticité d’une femme née battante. Une habitude, voir une manière d’être. Pas pour rien, donc, si plusieurs formations musicales ont vu le jour autour de cette légende vivante du tindi.
Quand elle évoque les troupes qu’elle a fondées depuis l’indépendance de l’Algérie, l’on mesure ainsi l’ampleur de sa mission à transmettre un savoir-faire, une culture et un patrimoine. Une mère, dirait feu Edmond Amran El Maleh, tout simplement. Un mère symbole qui fut souvent accueillie par de grandes personnalités
dans le monde.
D’ailleurs, et pour accomplir la tâche de transmission, elle a dû créer l’Association «Issakta» (Souvenirs) depuis 1991 pour préserver et perpétuer le patrimoine dont elle est devenue l'une des principales dépositaires. Le fruit de ses actions est « délicieux ». Elle est fière de le rappeler.
 «Vous savez que je joue à Mhamid El Ghizlane, aujourd’hui, soit au même jour que mes enfants de «Tinariwens» jouent eux à Washington, je ressens un vrai plaisir», renchérit l’artiste qui gère tous ses entretiens en présence de son interprète et manager Najem, étant donné son expression difficile dans les langues autres que le tamachek.
Vêtue toujours à la touareg, elle participe à toutes les activités du festival. Lalla comme on aime bien l’appeler dans son entourage, s’assoit souvent à même le sol et parle toujours en tamachek à ses artistes sur un ton à la fois  maternelle et autoritaire. L’on remarque facilement ce respect dont cette légende vivante jouit auprès des siens, et l’on ressent par ricochet une personnalité qui impose la même considération chez autrui. Les jeunes démunis du Hoggar et toute la communauté targuie en connaissent bien ses actions initiées sur le plan social.
 « Nous avons souvent été accueillis aux hôtels de luxe, mais là je suis parfaitement heureuse d’être chez moi à Mhamid El Ghizlane, dans un endroit qui me rappelle nos habitudes similaires et nos cultures semblables», explique la diva du Tindi, en sirotant un énième vers de thé, rituel omniprésent dans la journée de l’artiste et tous les Touareg ici présents lors de cette édition.
Si elle a insisté à être de toutes les fêtes féminines organisées à cette occasion, notamment le débat autour de l’expérience de « Carpet of life » initiée par les « Alayat » (femmes) de Mhamid El Ghizlane, elle se contente, par contre de sa présence, combien symbolique et son statut de référence citée par toutes les intervenantes.
Sur scène, Lalla change de statut. La métamorphose. L’on est devant une autre femme. Elle chante ce beau verbe du tindi et fait aussi chanter autour d’elle un public resté l’attendre très tard, en dépit de la contrainte d’une reprise de travail dans quelques heures seulement. Elle ensorcèle la foule grâce à cette musique originale mariant à la fois les airs du blues et les sonorités africaines, puisées en général dans son premier album éponyme sorti en été 2017. Les dunes avoisinantes peuplées de silhouettes humaines dansantes, constituaient ce bel écho à une voix sublime.
Semeuse de joie. Cette gardienne des traditions reste à elle seule une institution de transmission du capital culturel symbolique targui. C’est parce qu’elle s’appelle, il faut toujours s’en rappeler, Lalla Badi.

Mustapha Elouizi
Vendredi 3 Novembre 2017

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