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La vision du Maroc pour l’avenir




L’attaque terroriste contre un café touristique de Marrakech qui a coûté la vie à 17 personnes appelle d’urgence le Maroc à mettre en œuvre sa vision, celle d’un nouveau contrat social. Dans une Afrique du Nord et un Moyen-Orient en pleine mutation, où les populations réclament le développement socioéconomique et des réformes politiques majeures, le Maroc essaie de répondre à ces besoins cruciaux en faisant participer les populations à leur propre développement. La vision du Maroc consiste à investir dans des initiatives de développement qui découlent de l’engagement des populations locales dans la démocratie participative. Comme l’annonce S.M. le Roi Mohammed VI, “le citoyen est à la fois le moteur et la finalité ultime de toutes les initiatives lancées.”
La vision du Maroc fait partie intégrante du plan de réforme structurelle de régionalisation (ou décentralisation) du pays qui vise à transférer le pouvoir et les responsabilités au niveau local pour mieux répondre aux besoins des populations.
La régionalisation avait d’abord été annoncée en 2008 par le Roi, qui a affirmé dans son dernier discours à la Nation que son calendrier de mise en œuvre a été avancé et comprendra l’élection de conseils régionaux dont les présidents seront dotés du pouvoir d’exécution des décisions de leurs conseils.
La vision du Maroc, visant à promouvoir le développement par le biais de processus démocratiques, s’est également reflétée dans les amendements de 2010 de la Charte communale - exigeant des collectivités locales d’élaborer des plans de développement pluriannuels basés sur la participation publique, qui sont soumis aux ministères concernés pour un éventuel financement. Cette vision façonne l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), lancée en 2005 pour promouvoir des projets de développement durable, particulièrement en milieu rural, et a obtenu des résultats mitigés.
Si ces programmes pleins d’avenir et bien d’autres reflètent la vision du Maroc, leur efficacité est évaluée pour vérifier s’ils font réellement avancer l’engagement civique dans le développement. Il s’agit ici de savoir si les habitants des zones rurales et urbaines se réunissent avec leurs collectivités pour que leurs opportunités et enjeux soient pris en compte et pour élaborer des plans de développement à mettre en œuvre dans le cadre d’un partenariat public-privé financier, technique ou autre. Actuellement, il est encore trop tôt pour réaliser les changements sociaux dont le Maroc a actuellement besoin.
Pour que la vision du Maroc se transforme en réalité, le pays doit réduire la grande pauvreté de sa population rurale qui représente 40% de celle du pays et 85% des ménages gagnent moins que la moyenne nationale. La prévalence et la faible valeur des cultures de céréales au Maroc - représentant seulement 10 à 15% des revenus agricoles tout en occupant 75% des superficies agricoles utiles, selon l’Agence de développement agricole - donne une indication de la terrible inefficacité de l’agriculture de subsistance et du rythme anémique du développement rural. 3% des ruraux émigrent chaque année vers les zones urbaines, alors que la plupart d’entre eux préfèreraient rester dans leurs villages s’il y avait des opportunités. Cela exacerbe les conditions de logement insalubre et pousse les habitants à se sentir exclus des perspectives de développement humain, certains d’entre eux allant même jusqu‘à perpétrer des actes terroristes notoires.
La veille de l’attentat de Marrakech, S.M le Roi avait adressé un message, lu par le ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, disant qu’il fallait « redoubler d’efforts » pour atteindre les objectifs du Plan Maroc Vert. Ce plan pluriannuel de plusieurs milliards de dollars a identifié les principaux enjeux agricoles et fixé ses objectifs et son budget en conséquence, en mettant l’accent sur le système d’agrégation, notamment la création de coopératives, étant donné que 70% des agriculteurs possèdent moins de 5 hectares.
Cependant, le Plan Vert doit éviter le principal inconvénient de l’INDH - qui dans la pratique est plutôt axée sur une approche du haut vers le bas, à l’instar des ministères dont relève l’INDH - et instaurer véritablement un développement rural plus large, mû par la démocratie participative. Les expériences de projets réussis au Maroc laissent fortement penser que ces programmes devraient être mis en œuvre à l’échelle nationale.
La formation en matière de planification participative des membres localement élus des conseils communaux ruraux et des représentants de villages au sein de leurs propres communautés aidera les villageois à évaluer et identifier ensemble des projets prioritaires qu’ils ont eux-mêmes conçus.
Au niveau local, les communes sont en effet les mieux placées pour apprendre aux populations quels sont les projets les plus importants pour ces dernières. La régionalisation au Maroc devrait accorder aux conseils communaux le maximum d’autonomie, notamment budgétaire et administrative, pour pouvoir mettre en œuvre les plans de développement en faveur des populations. Les membres des conseils et les représentants des villages faciliteront les discussions démocratiques participatives conduisant à des activités de développement, dans le cadre de la vision du Maroc pour l’avenir.
Parmi les priorités exprimées par les communautés rurales figurent notamment la culture d’arbres fruitiers, l’irrigation, l’eau potable et l’autonomisation des femmes et des jeunes. Le Maroc devrait étendre considérablement l’établissement de pépinières communautaires de variétés d’arbres qui poussent naturellement (le pays a la chance d’en avoir un bon nombre). Cela permettra à la population rurale de retenir une partie de la valeur ajoutée de leur transition vers une économie de cultures commerciales.
Le fait que les organismes de l’Etat fournissent des arbres fruitiers, au coût trente fois supérieur à celui de jeunes arbres pouvant être plantés dans des pépinières communautaires que les populations locales ont appris à gérer, constitue une perte de valeur économique et d’autosuffisance pour les familles rurales. Le prix prohibitif de ces arbres entrave la transition agricole du Maroc et l’établissement de pépinières au niveau local pourrait leur permettre de fournir à moindres frais une grande partie des milliards d’arbres nécessaires.
Les projets de pépinières d’arbres avec les coopératives féminines et les centres de jeunes et les écoles renforcent énormément l’autonomie.
Ces recommandations ont été tirées au cours des centaines de réunions de villages ayant abouti à des douzaines de projets durables dans différentes régions du Maroc qui ont été animées par la Fondation du Haut-Atlas. Les organismes publics seront-ils chargés de mettre en œuvre cette vision et de former les leaders pour qu’ils puissent être réellement à l’écoute des communautés locales et mettre en œuvre les projets prioritaires à travers le pays ? La vision du Maroc pour l’avenir en dépend.

 * (Sociologue, président de la Fondation du Haut-Atlas)

Par Dr Yossef Ben-Meir *
Samedi 28 Mai 2011

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