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La troupe marocaine “Anfass” remporte le grand prix du FTA en Algérie

Le théâtre au service de la bonne cause




Captivant et émouvant était le spectacle Kharif de la troupe marocaine Anfass, présenté samedi soir au TRO dans le cadre du Festival du théâtre arabe. Le thème n’était pourtant pas du tout évident à traiter sur scène. Evoquer le cancer n’accroche pas à première vue, ou alors il peut paraître déjà galvaudé par les innombrables campagnes de sensibilisation et d’information, mais le mérite de la compagnie marocaine est d’avoir réussi à en faire une véritable œuvre d’art.
Le résultat est époustouflant, et c’est une tragédie moderne par excellence. Une chorégraphie au service de «la cause», un texte juste et approprié, le tout auréolé d’une musique originale (oud et percussion), interprétée en off, mais en direct (en bas de la scène). Le décor est réduit à sa plus simple expression, mais ce que dégagent les deux comédiennes campant les rôles principaux, Salima Moumni et Farida Bouazzaoui, suffit à se passer de tous les artifices. Le public était séduit et enchanté pour avoir fortement et longuement applaudi cette performance, qui, le moins que l’on puisse dire, a su créer une véritable communion du début jusqu’à la fin.
Un théâtre d’une utilité indéniable et, c’est certain, pour ceux qui ont l’occasion de le voir, il y aura sans doute un avant et un après. On ne verra plus de la même manière cette maladie qui prolifère, aujourd’hui aussi, dans les pays du Sud. «Nous ne parlons pas de choses légères, le thème est particulièrement grave; seulement notre objectif n’est pas de faire peur au public mais de le faire réfléchir un petit peu», avait annoncé Salima Moumni, avant la représentation, et le but est largement atteint.
Cette danseuse de formation a pris à sa charge l’expression corporelle répondant aux exigences de la mise en scène assurée par Asma Houri, d’après un texte de Fatima Houri. Pour cerner le sujet, on procède par ordre et tous les ingrédients sont réunis, à commencer par l’annonce du diagnostic, le choc qui s’ensuit, le désespoir, la révolte et le refus d’admettre la réalité, etc.
 «Pourquoi moi ? Qu’ai-je à voir avec ‘‘el khobth’’ (référence aux cellules de la tumeur maligne) ?», s’insurge déjà le personnage. Mais ce sont les aspects psychologiques qui sont les plus durs à assumer, et le spectacle nous les donne à voir de l’intérieur profond. Les répercussions sur la femme sont plus accrues, avec en plus le sentiment de perte de la féminité et les répercussions sur l’entourage, notamment le rapport avec le conjoint ou l’amant, mais sans doute pas seulement. 
Le bouleversement des rapports sociaux représente un drame en soi, accentuant le sentiment de l’impossible incompréhension. «La femme souffre plus de la détérioration des rapports avec l’autre que de la maladie elle-même», a déclaré Farida Bouazzaoui, deuxième personnage. Les espoirs et les désirs partent en lambeaux, comme semblent le signifier ces morceaux de tissu éparpillés sur la scène. 
Mais tout part d’un subtil jeu de miroirs, car c’est peut-être pour la première fois que la «patiente» se retrouve réellement confrontée à elle-même et à ses questionnements. Dans ce genre d’intrigues, l’issue est connue d’avance et la volonté de «fuir» avant l’heure est tentante.
La séquence de la cravate est édifiante, en installant le doute lié au suicide et peut-être aussi à l’euthanasie, qui fait débat dans certains pays, mais ces approches culturelles n’entrent pas en ligne de compte pour laisser au combat pour la vie une longueur d‘avance. Celles qui sont déjà «parties» sont convoquées sur scène, ressuscitées par la mémoire, mais très vite renvoyées derrière le miroir, perçu comme un au-delà que «l’héroïne» a entrevu au tout début.
La séquence finale est tout simplement bouleversante accompagnée par un épilogue musical merveilleusement interprété par Rachid Bromi, compositeur et responsable de la troupe, sur qui les lumières se braquent après la fermeture du placard, seul décor et qui remplace en quelque sorte le tomber de rideau. 

Par Djamel Benachour
Lundi 23 Janvier 2017

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