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La triche, premier sport national


Le ministère de l’Education nationale appelé à revoir sa copie



Les examens régionaux unifiés du baccalauréat se sont déroulés dans un cafouillage indescriptible. Un changement automatique d’heure sur certains smartphones, 24 heures avant le changement légal, samedi dernier, a semé la confusion et plusieurs élèves ont raté leur entrée aux salles d’examen. 
Suite à quoi, le ministère a pris une décision prévoyant deux scénarios. D’une part, ceux d’entre eux  qui se sont présentés à l’heure ont normalement passé leurs examens, alors que les élèves qui se sont présentés en retard ont été listés et seront conviés à une session de rattrapage qui aura lieu le 10 juin courant.
En plus de cet incident, les examens ont été marqués par plusieurs cas de fraude dans plusieurs régions du Maroc. Ainsi, 77 cas ont été enregistrés lors de l'examen au niveau de la région de l'Oriental. Il s’agit de 71 cas de fraude avec usage du téléphone portable, et 6 cas d’utilisation de documents non autorisés.
La région de Rabat-Salé-Kénitra a enregistré près de 354 cas de fraude, alors que la région Laâyoune-Sakia El Hamra a enregistré 87 cas de fraude. Et selon un communiqué de presse de l’Académie régionale de l’éducation et de la formation relayé par MAP, les cellules provinciales de veille et de suivi ont réussi à identifier deux cas de fuite, le premier relatif à l'épreuve de la langue française (matinée) et le second concerne l’épreuve de la langue arabe (après-midi).
Par ailleurs, près de 96 cas de fraude ont été enregistrés lors de l'examen régional unifié de la première année du baccalauréat au niveau de la région Drâa-Tafilelt.
Selon un communiqué de l’Académie régionale de l'éducation et la formation, 75 de ces cas ont été détectés au niveau de la direction d'Errachidia, 8 au niveau de la direction de Midelt, 6 à Ouarzazate, 4 à Zagora et 2 à Tinghir, ajoutant qu'un autre candidat à Zagora a été surpris en train de photographier l'épreuve de l'examen pour l'envoyer via Internet peu après la distribution des épreuves.
D’après la même source, il s'agit d'un cas de fraude et non de fuite de sujet. Les cas de fraude enregistrés au premier jour de l'examen concernent la détention ou l'usage du téléphone portable avec 91 cas (25 cas chez les candidats officiels et 66 chez les candidats libres), et l'usage d'autres moyens avec 05 cas (03 chez les candidats officiels et 02 chez les candidats libres).
Et dans le cadre de lutte contre ce phénomène, la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) a mené une campagne contre les fraudeurs et qui s’est soldée par l’arrestation de personnes soupçonnées d'être impliquées dans des opérations de fuite des épreuves du baccalauréat, à Rabat, Salé, Témara, Kénitra, Tanger, Marrakech, Oujda, Fès, Meknès, Taza et Safi.
Selon les premiers éléments de l'enquête, les personnes arrêtées, parmi lesquelles figurent des candidats aux examens du baccalauréat et des étudiants aux instituts et facultés d'informatique, sont soupçonnées d'être impliquées dans la création et la gestion de pages sur les réseaux sociaux dédiées aux fuites des épreuves tout en offrant des réponses moyennant des sommes d'argent.
Les opérations de fouille, menées par les services de sécurité, ont permis la saisie de matériel informatique connecté à Internet, outre des téléphones portables et des écouteurs utilisés pour faciliter l'opération de fraude.
Les suspects ont été placés en garde à vue sur instructions des parquets compétents, alors que les opérations préventives menées par les services de la DGSN se poursuivent en vue de lutter contre toutes les formes de fuite des épreuves des examens.
Par ailleurs, un communiqué de presse du ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle, a  affirmé que l'examen régional unifié de la première année du baccalauréat a débuté, vendredi, dans l'ensemble des Académies régionales de l'éducation et la formation, dans des "conditions normales", en dépit de certaines opérations de perturbation lancées à travers la publication sur les réseaux sociaux de certaines épreuves de l'examen, peu après leur distribution aux candidats.
Les cellules de suivi ont réussi, en coordination avec les autorités sécuritaires compétentes, à identifier certains parmi ceux qui ont été à l'origine de la scannérisation et la publication des épreuves, a ajouté le ministère dans un communiqué, précisant que les mis en cause ont été interpellés et déférés devant la justice.
Le ministère a également déploré le comportement de certains sites électroniques qui se sont fait l'écho de ces opérations de perturbation visant à porter atteinte à la crédibilité du baccalauréat national, au moment où ils devaient s'impliquer avec un esprit de nationalisme dans la sensibilisation des candidats et candidates quant à la gravité de la fraude aux examens.
Les mesures prises pour sécuriser les examens du baccalauréat seront appliquées avec la rigueur nécessaire, et ce dans le cadre du respect des procédures et normes juridiques, a mis en garde le ministère, tout se réservant le droit de poursuivre tous ceux qui contribuent à porter atteinte au moral des élèves. 
Lesquels se trouvent doublement pénalisés. Particulièrement les plus studieux d’entre eux. Trop facile donc de blâmer ou de condamner hâtivement qui que ce soit dans le cas d’espèce. Ceci d’autant plus qu’il ne sera pas du tout facile de persuader beaucoup de candidats à se détourner de la triche tant que tout un système et l’ambiance générale les incitent à y recourir.
Reste aussi à se demander pourquoi la course technologique à laquelle l’éducation nationale et les fraudeurs se livrent semble avoir été remportée par ces derniers et pourquoi ce département qui a, à maintes reprises, annoncé sa volonté de doter les centres d’examen de brouilleurs d’onde téléphoniques ne l’a toujours pas fait. 
A chaque fin d’année, les moyens « préventifs et dissuasifs » sont censés être là, mais ils ne le sont toujours pas malgré le fait que la fraude numérique soit sur la pente descendante alors même que les détections de cas de triche sont en augmentation.
Qu'est-ce qui pousse donc les futurs bacheliers à tricher? Serait-ce la mauvaise qualité de l’enseignement qu’on leur a dispensé, la perte de confiance en eux-mêmes, la pression des examens des parents, le manque de perspectives d’avenir, …? Les raisons sont nombreuses, mais il n’en demeure pas moins que le meilleur moyen d’éviter la fraude au bac pourrait consister en sa  simple remise à plat. L’idée est d’ailleurs défendue par beaucoup de spécialistes, mais le MEN n’en a cure. Résultat des courses : en refusant de changer la forme des épreuves, il aura toujours une bataille de retard et son fameux sésame ne fera que se déprécier d’une année à l’autre.


Mourad Tabet
Lundi 6 Juin 2016

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