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“La tragédie du pouvoir” de Bowao




Les derniers événements tragiques du Congo-Brazzaville au sujet du référendum du 25 octobre 2015 font écho à l’ouvrage publié par le philosophe Charles Zacharie Bowao en mai 2015 aux éditions Dianoïa. Il est un ancien ministre congolais qui a démissionné récemment du PCT (parti au pouvoir). La tragédie du pouvoir interpelle les Congolais par rapport à leur conviction de changer ou non la Constitution du 20 janvier 2002.
L’auteur de “La tragédie du pouvoir“ s’adresse à ses compatriotes pour réfléchir sur l’opportunité de changer ou non leur Constitution : possible modification, mais pas de changement si l’on se réfère à l’article 57 de la Constitution du 20 janvier 2002 qui stipule : « le Président de la République est élu pour sept ans au suffrage universel. Il est rééligible une fois ». Bowao révèle toutes les conséquences du non-respect de cet article qui définit les modalités et les clauses d’une alternance pacifique fondée sur les principes de la démocratie pluraliste. Au moment où nous analysons cet essai, le Congo a déjà renoué avec la violence politique. Il y a d’ailleurs eu mort d’hommes dans la confrontation des partisans de l’opposition  avec les forces de l’ordre.
Après avoir assumé sa part de responsabilité intellectuelle et politique dans l’élaboration de cette Constitution décriée par ses camarades du parti, Bowao ne comprend pas que ce document soit mis en cause alors qu’il avait fait l’objet d’un débat contradictoire animé par toute la classe politique et la société civile congolaises. Il s’appuie sur les exemples malheureux du Niger et du Burkina-Faso pour montrer le danger de la violation des Constitutions. Il met en exergue cette tragédie du pouvoir en politique en se fondant sur quelques spécificités de la constitutionnalité congolaise telles que le respect de l’âge des candidats (minimum 40 ans et maximum 70 ans) et la limitation des mandats.
Depuis l’ère du monopartisme jusqu’à la Conférence nationale de 1991 faisant suite au discours de la Baule de Mitterrand de 1990, le Congo connaît plusieurs Constitutions suite à des bouleversements politiques où « la ruse partisane [prenait] toujours le dessus sur la sérénité citoyenne. L’intolérance politique [annonçant] l’effritement de la convivialité républicaine » (p.29).
Bowao se définit comme un militant de longue date sur l’échiquier politique congolais. Il remarque que la démocratie pluraliste a donné naissance au Congo à la Constitution du 15 mars 1992 qui limitait les mandats présidentiels pour éviter la monarchie républicaine. Celle-ci est malheureusement balayée par  celle du 20 janvier 2002 initiée par Denis Sassou Nguesso et qui pose maintenant problème dans la classe politique et la société civile. La limitation des mandats héritée de la Constitution de 1992 qui devait permettre l’alternance pacifique au pouvoir, n’est pas respectée.
Le pouvoir a initié un référendum pour une nouvelle Constitution qui permettrait au président actuel de briguer un troisième mandat. C’est cette énième Constitution qui est à l’origine de la crise que connaît actuellement le Congo.
L’auteur révèle deux thèses qui s’affrontent dans l’opinion politique : il y a, d’un côté celle de « Touche pas à mon président » (le pouvoir) et de l’autre celle du « Touche pas à ma Constitution » (l’opposition). Aussi, voit-on dans ces slogans une lutte pour la conservation du pouvoir pour les uns et la volonté d’y accéder pour les autres par une alternance pacifique. Ces deux slogans se contredisent : l’un préconise le changement qui favoriserait le troisième mandat du président, l’autre demande le respect de la Constitution qui permettrait l’alternance au pouvoir en se fondant sur l’article 57.
L’abrogation de la Constitution de 2002 apparait pour Bowao comme une démarche illégale car, comme toute constitution républicaine, d’essence démocratique, « elle n’indique nulle part de disposition relative à son changement » (p.37).
Il énumère les éventuelles circonstances qui provoqueraient inéluctablement son changement : le coup d’Etat militaire, une révolution triomphante et la guerre civile ; celle-ci avait justifié logiquement le passage de la Constitution de 1992 à celle de  2002 après la guerre civile de 1997. Pour Bowao, il est indécent de changer l’actuelle Constitution, le pays n’ayant pas connu de graves soubresauts politiques. Il est pour le respect de la République sans s’enliser dans la forfaiture de la Constitution qui définit ses propres règles.  Car la République ne devrait pas accepter « la présidence à vie ou la présidence à mort » (p. 52).
Rappelant que la Constitution congolaise limite le nombre de mandats pour éviter les palabres ethniques et se fondant sur l’article 57 de la Constitution, il note que, aller à l’encontre de cette clause de fermeture juridique qui a une valeur normative, pourrait porter atteinte au fondement inébranlable de l’édifice constitutionnel. Et de se demander pourquoi le Congo voudrait-il aller à contre-courant de la démocratie pluraliste fondée sur l’alternance au pouvoir ?
Devant la tentative de changement de l’actuelle Constitution qui pointe à l’horizon, Bowao pense que l’universalité  des principes élémentaires de la démocratie pluraliste doit être respectée, tout en tenant compte de la nécessité d’adaptation du montage institutionnel aux spécificités locales. Aussi, la Constitution devrait être respectée pour ne plus revivre les changements politiques violents et illégaux issus de la culture des coups d’Etat. En voulant tripatouiller la Constitution de 1992, le président Pascal Lissouba fut combattu par le pouvoir actuel. En voulant à son tour la changer pour un éventuel troisième mandat, Sassou Nguesso se retrouve confronté à l’opposition. Un retournement que l’auteur décrit psychanalytiquement comme « le retour du refoulé ou le triomphe renouvelé de la barbarie » (p.27).
Après la révolution du Burkina-Faso, le désenchantement politique du Burundi et les derniers morts du Congo d’octobre 2015, “La tragédie du pouvoir” apparait comme une contribution intellectuelle de l’auteur pour le réveil de la conscience africaine au moment où d’autres pays comme la RD Congo et le Rwanda sont tentés d’imiter le Congo.

 * Analyste à
www.libreafrique.org
Articles publiés en collaboration avec Libre Afrique

Par Noël Kodia *
Mardi 10 Novembre 2015

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