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La totalité des musées du Maroc relève désormais de la Fondation

Y a-t-il encore un responsable de la politique culturelle ?




La totalité des musées du Maroc relève désormais de la Fondation
La  scène s’est déroulée cet été dans une chancellerie européenne. Devant un panel de spécialistes et autres muséologues internationaux invités pour la circonstance, Amine Sbihi, le ministre de la Culture, n’a à aucun moment prononcé le mot musée pour évoquer celui de Volubilis, s’appliquant à l‘appeler inlassablement "centre d'interprétation de Volubilis". Et à ceux surpris qui lui ont demandé pour quelle raison il donnait un tel nom à une structure qui était en fait un musée, le ministre de la Culture a eu cette réponse sous forme de boutade : "Mais pour que Qotbi ne me la prenne pas !"
Une boutade qui en dit long sur les relations entre le ministre de la Culture et le président de la Fondation nationale des musées, Mehdi Qotbi.  Ce ministre de gauche  qui a placé son mandat sous le signe de la démocratisation de la culture vient pourtant de céder l’administration, la gestion et la préservation des principaux musées du Maroc, c'est-à-dire 14 structures, à la Fondation nationale que préside depuis décembre 2011 l’artiste peintre et lobbyiste. La passation officielle des musées placés sous le giron du département de la Culture à la Fondation a eu lieu le 5 février. L’opération, explique très doctement ce département gouvernemental, a été faite conformément au décret d’application du 30 mai 2012 du dahir portant création de la Fondation nationale des musées. « Une commission tripartite de passation composée du ministère de la Culture, du ministère de l’Economie et des Finances et de la Fondation nationale des musées a été chargée de faire un état des lieux des quatorze musées relevant du ministère de la Culture. Les travaux de cette commission ont fait l’objet d’un rapport qui a été présenté au chef du gouvernement. A l’issue de cette présentation,  la liste des musées relevant désormais de la Fondation nationale des musées a été arrêtée par décret en juillet 2013 », rappelle presque sèchement un communiqué mis en ligne sur le site du ministère de la Culture. Mais pas un mot par contre sur l’organigramme de ce département ministériel qui a bel et bien une division des musées et trois services dédiés aux études muséologiques, à la préservation des acquisitions des collections muséologiques. Pour l’heure, rue Ghandi, on se garde bien d’évoquer  les sujets qui fâchent même si certaines informations indiquent  que de nombreux fonctionnaires du ministère et travaillant dans les musées ne veulent pas changer de statut et intégrer la Fondation nationale des musées.  De là à parler de résistance il n’y a qu’un pas que Qotbi serait, dit-on, prêt à franchir.
Tous les grands musées du Maroc - le Musée éthnographique de Chefchaouen et le Musée Dar Si Said de Marrakech, sur les espaces et les collections muséales pour le Musée archéologique de Tétouan, le Musée éthnographique Bab Okla de Tétouan, le Musée de la Kasbah de Tanger, le Musée national des arts sahariens de Laâyoune, le Musée Batha à Fès, le Musée Dar Jamai de Meknès, le Musée Borj Belqari de Meknès, le Musée national de la poterie de Safi, le Musée Dar El Bacha de Marrakech, le Musée des Oudayas de Rabat, le Musée archéologique de Rabat et le Musée national des arts modernes de Rabat- sont donc tombés dans l’escarcelle de Qotbi. La loi  01-09 portant création de la fondation nationale des musées et publiée au Bulletin officiel en avril 2011, du temps du gouvernement Abbas Al Fassi le stipule clairement dans son article 2. « La Fondation a pour missions d’assurer, pour le compte de l’Etat, l’administration, la gestion et la préservation des musées dont la liste est établie par décret pris sur proposition de l’autorité gouvernementale chargée de la culture. 
 
Qui rendra des comptes, Sbihi ou Qotbi ?
Ladite liste doit être mise à jour, le cas échéant, selon les mêmes modalités », peut-on lire dans le dahir portant création de la Fondation. Mehdi Qotbi qui aurait exigé une passation des musées en grande pompe et devant les caméras, devrait, toujours selon la loi 01-09, agir pour le compte de l’Etat. Pas sûr que cette disposition soit respectée. Le personnage est flamboyant et  aurait fait montre de ses velléités d’autonomie. 
«Il ne faut pas oublier que cette loi portant création de la Fondation nationale des musées a été adoptée avant la nouvelle Constitution, c'est-à-dire au moment où le paysage institutionnel était encore confus », rappelle pour l’histoire  cet observateur avant de préciser que le patrimoine muséologique doit théoriquement rester dans le giron de l’Etat ». 
Reste enfin le plus préoccupant dans cette affaire. Comment un ministre peut-il se départir de prérogatives –la gestion des musées- qui sont au cœur de sa politique culturelle ? Comment Amine Sbihi qui appartient à un gouvernement et une majorité élus  compte-t-il mettre en œuvre son principe généreux de démocratisation de la culture et des espaces dédiés à la culture comme par exemple les musées ? Qui rendra des comptes et auprès de qui en ce qui concerne la politique des musées ? « L’action de la Fondation est, entre autres, l’appropriation par les Marocains de ces lieux d’histoire et d’apprentissage que sont les musées. Rendre les musées accessibles à tout le monde reste le principal challenge de la Fondation» a récemment déclaré à la presse  le président de la Fondation. Le ministre de la Culture aura-t-il son mot à dire ? Sera-t-il responsable en cas d’échec de la stratégie ? Les questions se bousculent. Peu de réponses se font pour le moment entendre. «Il faut le savoir,  le modèle de Fondation a eu du succès ailleurs. Mais à condition de réussir le dosage entre l’autorité gouvernementale et les techniques du privé en termes de mécénat et de sponsoring. Quand une Fondation réussit un tel mix, elle est alors assurée d’accomplir sa mission dans de bonnes conditions », conclut ce collectionneur d’art.
 
 

Narjis Rerhaye
Mercredi 12 Février 2014

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