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La redevabilité sociale fait son entrée au Maroc

Un terme ambigu pour une réalité difficile à cerner




La redevabilité sociale fait son entrée au Maroc
Comment peut-on promouvoir la bonne gouvernance au niveau local ? Comment peut-on responsabiliser les acteurs étatiques locaux vis-à-vis de leurs électeurs ? Et  comment peut-on  renforcer les capacités de ces derniers pour qu’ils deviennent des citoyens autonomes et responsables, capables de mettre en place un mécanisme de redevabilité sociale au niveau communautaire? C’est à ces questions et tant d’autres qu’un projet associatif réunissant cinq ONG tente de clarifier le débat sur l’engagement citoyen et le rôle de la société civile dans la responsabilisation des gouvernements. Un processus de plus en plus appelé «redevabilité sociale». La Banque mondiale considère ce concept comme «un processus proactif par  lequel des fonctionnaires divulguent et justifient leurs plans d’action, leur comportement et leurs résultats  et sont évalués en conséquence». Il explore ensuite les différents modes selon lesquels la société civile peut participer au renforcement de cette redevabilité du secteur public. Autrement dit,  « la redevabilité sociale est fondée sur l’engagement par lequel des citoyens ordinaires ou des organisations de la société civile participent directement ou indirectement à cette exigence de redevabilité.
 Des initiatives telles que les budgets participatifs, les audits sociaux, les rapports d’évaluation et fiches de résultats citoyens impliquent toute une supervision du gouvernement par les citoyens, et peuvent donc être considérées comme des  initiatives de redevabilité  sociale».  Pourtant, ce terme manque de clarté et suscite beaucoup d’ambiguïté, car il se confond avec d’autres termes comme la responsabilité sociale. «Nous aussi, on avait du mal à comprendre ce terme faute d’un contenu et d’une définition claire et spécifique», a précisé Said Tbal de l’Espace associatif, lors d’une conférence de presse tenue le 13 juin pour présenter les expériences des associations dans ce domaine.
L’acteur associatif a révélé également que ce concept a suscité même la méfiance de la société civile marocaine puisqu’il trouve ses origines dans la littérature de la Banque mondiale. «Il a fallu tout un travail pour donner du sens à ce mot afin qu’il fasse partie intégrante de notre action», a-t-il expliqué.
Mails il n’y a pas que le volet théorique afférent à ce concept qui pose problème.  Sa mise en pratique engendre des difficultés. «On a du mal à expliquer aux officiels et responsables locaux  ce qu’est  la redevabilité sociale ; on est là pour travailler avec eux et non contre eux», a affirmé José Moreno de la Cideal. Un avis partagé par Karima Bouazzaoui, membre du Collectif marocain de volontariat, qui a pointé du doigt le manque d’enthousiasme et de coopération de certains responsables publics. «Les responsables locaux notamment ceux chargés des services extérieurs des ministères se montrent souvent ouverts à toutes les initiatives mais ils attendent toujours le feu vert de Rabat. La centralité de la décision handicape, en effet, toute coopération», a déclaré  Said Tbal. Pour Bouhamidi Nissrine, chef de projet - CARE Maroc, ce manque d’implication des officiels trouve son explication dans le fait que le processus de redevabilité sociale n’est pas encore institutionnalisé au Maroc. «Les responsables coopèrent comme bon leur semble. En effet, la participation des citoyens n’est pas inscrite dans le droit ou  prescrite par d’autres moyens formels», a-t-elle précisé.
Cette participation des citoyens prête également le flanc à la critique puisque nombreux sont les acteurs associatifs qui ont  souligné le manque d’implication des citoyens dans ce processus et leur désintérêt. Une attitude compréhensible dans un contexte mondial où la relation entre citoyens et la politique n’est pas au beau fixe. Sachant également que le suivi et l’évaluation des politiques publiques,  visant l’appréciation  de l’efficacité de ces politiques en comparant les résultats aux objectifs assignés et aux moyens mis en œuvre, s’avère une tâche difficile et compliquée pour beaucoup de citoyens qui manquent d’outils d’analyse et d’évaluation.       
Des entraves que la Banque mondiale ne semble pas ignorer puisqu’elle exige pour une application pratique de mécanismes de redevabilité sociale, une compréhension précise du contexte  politique, administratif, historique et social. Elle estime également qu’il est important de prendre en  compte les points d’entrée, les possibilités de synergie entre l’Etat et la société et la proportion adéquate  d’outils de redevabilité envisageables.
L’analyse des liens entre les pratiques de  redevabilité sociale et les mécanismes de redevabilité déjà existants, tels les arrangements institutionnels  et les structures d’incitation pour les fonctionnaires sont également à prendre en compte.
Ainsi, l’élaboration d’une initiative de redevabilité sociale doit-elle  tenir compte, selon la BM, de certains paramètres, à savoir les structures incitatives fondées sur la sanction ou la récompense, le degré d’implication ou les mesures suivant lesquelles les citoyens sont autorisés à observer et  participer à des instances de gouvernement fonctionnant normalement en secret ou hors  d’atteinte des citoyens. Et il est à se demander si cette  participation est limitée aux  groupes «éduqués» ou socialement acceptables de la société civile ou bien ouverte à une plus  large diversité d’acteurs.

Hassan Bentaleb
Samedi 15 Juin 2013

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