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La réalité occultée de la prostitution marocaine

Une misère qui ne dit pas son nom




La réalité occultée de la prostitution marocaine
En France, «le Manifeste de 343 salauds» signé par un collectif d’hommes regroupe des personnalités publiques qui s’opposent à la pénalisation de la prostitution. Lancée à l’encontre d’une proposition de loi qui condamnerait les clients à une amende de 1500 euros, cette disposition n’est pas du goût des signataires. Au Maroc, le problème est tout autre car une stricte réglementation encadre la prostitution. Cette pratique est condamnée par les mœurs, la religion et la loi, et les peines sont  lourdes. De deux à 10 ans d’emprisonnement, les amendes s’élèvent de 5000 jusqu’au million de dirhams. En apparence, la justice n’est pas tendre avec ces rapports illégaux. Seulement, la réalité est autre. La prostitution fait fureur sans qu’aucune de ces réglementations ne soit appliquée.
Il arrive même que les prostituées travaillent devant les commissariats. Certains policiers participent parfois aux réseaux de proxénétisme. Tel fut le cas le 20 octobre dernier lorsqu’une policière accusée de «préparation d’un lieu de débauche» est arrêtée en flagrant délit dans son appartement; ou en juin dernier,  quand six policiers en poste à Casablanca ont aidé des citoyens arabes du Golfe à se procurer des prostituées en les ramenant dans les palaces de la capitale économique.
Le plus vieux métier du monde  prospère dans toutes les villes du Maroc, accélérant la propagation du sida. Le constat est alarmant. D’après une étude de l’Organisation panafricaine de lutte contre le sida (OPALS), 43,5% des prostituées ne se protègent pas. Beaucoup de clients demandent des rapports non protégés. Elles sont alors dans l’obligation d’imposer le préservatif ou de ne pas accepter le client. Cela cause des situations de stress, d’angoisse avec des répercussions physiques et psychiques. De plus, l’âge des prostituées est extrêmement bas : 59,4 % des prostituées ont été payées pour la première fois entre 9 et 15 ans et 32,6 % ont eu leur premier rapport sexuel entre 6 et 15 ans.  La jeune prostituée dans les quartiers d’Agadir qui, quelques semaines auparavant, après avoir contracté le virus décide de se venger auprès de ses clients  en leur faisant avaler du ketchup mêlé à son sang, devrait alarmer la communauté marocaine. Le destin de cette femme désireuse de vengeance n’est en rien banal. Les prostituées subissent souvent des situations dégradantes et irrespectueuses, et ce bafouement de leur dignité peut les amener à appliquer de telles idées.  Les chiffres  indiquent que 9 prostituées sur 10 le seraient contre leur gré.  Tous les clients préfèrent croire au bonheur de leur femme de joie, mais il serait temps de s’avouer que les prostituées  sont dans une situation précaire. Ce marché du sexe en pleine expansion  se classe dans les dossiers tabous du Royaume tandis que, paradoxalement, une fois la nuit tombée sur les grands boulevards, «s’envoyer en l’air»  devient un véritable business.

Danaé Pol (Stagiaire)
Mardi 5 Novembre 2013

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