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La réalité dément le bilan du gouvernement : L’Exécutif entre l’incurie et l’autosatisfaction




La réalité dément le bilan du gouvernement : L’Exécutif entre l’incurie et l’autosatisfaction
C’est trop beau pour être vrai. Lors de la traditionnelle conférence de presse qu’il tient après chaque réunion du Conseil de gouvernement, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, a dressé, avant-hier, un bilan en rose des actions de l’Exécutif présidé par le patron du PJD.
Il a ainsi fait accroire que le bilan du gouvernement présidé par le patron du PJD est «honorable et positif» aux niveaux économique, social et politique.
Certes, le ministre pjdiste a le droit de dire ce qu’il veut, mais les faits sont têtus et contredisent allégrement ses propos optimistes.
Politiquement parlant, le gouvernement actuel fonctionne-t-il en tant qu’institution homogène et agit-il en tant que tel ? Les faits prouvent le contraire. Lorsque le même Khalfi a préparé le projet des cahiers des charges des médias publics en concertation avec le seul chef du gouvernement, des partis de la majorité, dont le PPS, se sont insurgés contre cette initiative qui a été désapprouvée en pleins travaux du Conseil de gouvernement. Et pour sortir de l’impasse, une commission présidée par Nabil Benabdellah (ancien ministre de la Communication et ministre actuel de l'Habitat, de l'Aménagement et de la Politique de la ville) a été constituée pour élaborer  un projet consensuel. Dans une interview diffusée par Médi 1 TV en novembre dernier, Hamid Chabat, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, l’un des piliers de l’actuelle coalition gouvernementale, a vivement vilipendé ce gouvernement en mettant à l’index le fait que celui-ci ne fait pas un travail d’équipe, mais qu’il est soumis à la direction d’un seul parti, en l’occurrence le PJD.
L’une des missions politiques de ce gouvernement est l’opérationnalisation de la nouvelle Constitution. Mais presque rien n’a été fait à ce niveau. Sur plus de 20 lois organiques qui sont nécessaires pour la mise en œuvre de la Loi fondamentale, une seule a été approuvée, en l’occurrence celle portant sur les nominations aux hautes fonctions. La gestion du gouvernement de ce dossier est sinon un fiasco total, du moins elle y ressemble à s’y méprendre.
Nul n’ignore que la lutte contre la corruption était au cœur de la campagne électorale du PJD durant les élections législatives. Pourtant, le bilan du gouvernement Benkirane demeure insignifiant. Certes, plusieurs ministres ont publié les listes des personnes qui exploitent des agréments afférents aux carrières de sable ou au transport, mais cette initiative demeure insuffisante et n’a d’autre objectif que de faire du « buzz » ; le gouvernement n’ayant pas encore présenté une stratégie claire pour lutter contre l’économie de rente.
Le bilan du gouvernement au niveau des droits de l’Homme laisse lui aussi à désirer. Des syndicalistes qui défendent pacifiquement leurs droits ont été tabassés comme ce fut  le cas des syndicalistes du SDJ il y a quelques mois à Ifrane. Et sous le gouvernement du PJD, les journalistes ont été maltraités à maintes reprises par les forces de l’ordre alors qu’ ils faisaient leur travail.Pis encore, le dialogue social entre le gouvernement et les partenaires sociaux est paralysé et la décision du gouvernement d’opérer des ponctions sur les salaires des grévistes en dépit de l’absence d’une loi organique qui réglemente le droit de grève, risqued’accentuer davantage la tension sociale.
Avant la victoire du PJD en 2011, ce dernier exploitait la question des diplômés chômeurs comme arme politique contre les gouvernements précédents. Une fois au gouvernement, il a renié ses promesses et refuse, maintenant, d’appliquer le procès-verbal signé le 20 juillet 2011 par son prédécesseur.
Au niveau économique, les choses empirent et les indicateurs sont dans le rouge. Bank Al-Maghrib a ainsi estimé dans son dernier rapport que le taux de croissance de 2012 ne dépasserait pas 3% alors que le gouvernement Benkirane avait promis, dans un premier temps, que ce taux s’établirait à 5 % avant de le revoir à la baisse pour le fixer à 3,2 %. S’ajoutent à cela l’aggravation du déficit commercial, le surendettement et surtout l’endettement intérieur provoquant l’assèchement des liquidités au niveau du marché financier et impactant négativement l’investissement privé.
Sous l’ère Benkirane, les prix des hydrocarbures ont connu la plus forte augmentation depuis des décennies, une hausse qui a provoqué, à elle seule, une poussée inflationniste évaluée par les experts du CMC à 1,4 %.
Autre « réalisation » à mettre au passif de l’actuel Exécutif : plus que tout autre, il a collectionné des procès en cascade. Ainsi, en octobre dernier, l'Union nationale des professions libérales (UNPL) l’avait-elle  poursuivi en justice pour avoir refusé d'ouvrir un dialogue avec elle afin de parvenir à une solution de nature à permettre à ses membres d’avoir droit à la couverture médicale et à l'assurance sociale. Le PAM, lui-même, a annoncé récemment son intention d’intenter un procès contre l’Exécutif pour calomnie et diffamation.
Par ailleurs, le Syndicat démocratique de la justice (SDJ) avait décidé de porter plainte contre les ministres de la Justice et des Libertés et de l'Intérieur pour avoir «donné leur aval» aux forces de l’ordre de disperser toute manifestation même pacifique par la force.
Le ministre de l'Economie et des Finances, Nizar Baraka, a été lui aussi appelé à la barre au début du mois d'octobre par le tribunal de première instance de Rabat, en sa qualité de partie plaignante dans l'affaire concernant la divulgation de documents administratifs relatifs aux «primes échangées» entre l'ex-ministre des Finances, Salaheddine Mezouar et le Trésorier général du Royaume, Noureddine Bensouda, et le reste à l’encan…

Mourad Tabet
Samedi 22 Décembre 2012

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