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La question du partage des eaux du fleuve remonte à la surface : La crise du Nil exacerbe les tensions interafricaines




La question du partage des eaux du fleuve remonte à la surface : La crise du Nil exacerbe les tensions interafricaines
Depuis les années 1990, Le Caire ignore les appels des pays de l’Initiative du Bassin du Nil visant à mener des négociations pour la redistribution de l¢eau du fleuve. En effet, toute discussion allant dans ce sens n¢a connu que l¢échec face au refus de l’Egypte et du Soudan de renoncer soit à leurs quotas, soit à leurs droits de véto quant aux projets touchant aux eaux du Nil.
 Aujourd’hui que les sept pays en amont du basin du Nil ont signé un accord-cadre sans le consentement de l’Egypte et du Soudan, certains spécialistes vont jusqu’à évoquer la possibilité d’une éventuelle guerre africaine pour l¢eau.  Il est vrai qu’un tel scenario est improbable mais il remet en cause la politique égyptienne envers l’Afrique et soulève des problèmes datant de l’époque coloniale.
En 2010, la situation a changé. Les arguments égyptiens ne tiennent plus et le pays se trouvera contraint de mener de vraies discussions avec ses voisins africains. La défense des « droits historiques » de l’Egypte et du Soudan n’est plus susceptible de dissuader les pays du basin.
En évoquant les droits historiques, les autorités égyptiennes font référence au traité de 1929, révisé en 1959, signé durant la période coloniale entre l’Egypte et la Grande Bretagne. Il accorde à l’Egypte le droit de véto concernant tout projet d’exploitation des eaux du Nil et distribue l’eau du fleuve de façon à ce que l’Egypte et le Soudan  partagent 87% de son débit. Ainsi, l’Egypte bénéficie de 55 ,5 milliards mètres-cubes par an alors que le Soudan bénéficie de 18 ,5 milliards de mètres-cubex annuels.
Cet argument confère aux deux pays un avantage en vertu du droit international. L’Egypte qui dépend du Nil pour plus de 90 % de ses ressources hydrauliques se considère comme ayant plus de droit sur ses eaux que les pays en amont puisqu’elle ne dispose d¢aucune autre source d¢eau douce. Par contre, les pays de l’amont bénéficient d¢un taux de pluviosité considérable qui pourrait satisfaire leur besoin en eau. Face à un tel argument, les pays concernés notent que leurs populations ne cessent de croitre et que leur agriculture pluviale ne répond plus à tous leurs besoins. De plus, ils insistent que les conventions en question ne sont plus légitimes puisqu’elles datent de  l¢époque coloniale.
C’est dans ce contexte qu’¢ils ont commencé à revendiquer leur droit à construire des barrages pouvant assurer leur approvisionnement en eau ainsi qu’en énergie hydraulique.
Le 14 mai 2010, quatre pays parmi les pays de l’amont ont signé le traité d¢Entebbe à Ouganda. Aujourd’hui, le traité compte l’Ethiopie, l’Ouganda, le Rwanda,  la Tanzanie, le Burundi, la RDCongo et le Kenya. Il prévoit la création d¢une commission basée à Addis-Abeba ayant pour mission de gérer les projets d¢irrigation et de construire les barrages et les canaux.  
Autrefois, l’Egypte comptait sur le fait que ces pays ne disposent pas des ressources nécessaires pour mener de tels projets. Aujourd’hui des pays comme la Chine se montrent prêts à financer et investir dans ces projets. Il est à noter également que l¢ingérence d¢Israël dans les affaires hydrauliques des pays du basin à travers l’Ethiopie est considérable. En 1974, la société israélienne Tahal A mené un projet visant à construire un canal drainant environ 8 milliards de mètres-cubes d’eau du Nil vers Israël par an. Israël tente également de parrainer des projets de construction de barrages et de canaux en soutenant l’Ethiopie.
Ainsi, l’Egypte n¢a plus intérêt à ignorer les décisions prises par ces pays bénéficiant désormais du soutien étranger. Elle doit se tourner vers l¢Afrique et renouer les relations qu’elle a rompues rompues depuis quelques décennies. En 1995, après une tentative d¢assassinat de Moubarak en Ethiopie, le Président n¢a rendu aucune visite aux pays en amont du basin. Depuis, le rôle égyptien en Afrique a connu un recul flagrant. Certains spécialistes comme le député Moustafa El Fekki jugent donc que la crise est à l¢origine une crise diplomatique et non une crise de l¢eau.
L’Egypte aura donc à faire des concessions et de payer le prix du manque de rigueur de sa politique étrangère africaine. Il faudrait reprendre et entretenir des rapports commerciaux, économiques et diplomatiques avec les pays africains tout en prenant aux sérieux les négociations concernant l¢eau du Nil. Il est devenu impératif que l’Egypte commence à connaitre l’Afrique pour effacer cette image d’arrogante et de condescendance enracinée dans les esprits africains. Seule une conciliation avec l’Afrique pourrait aboutir à une solution à la crise. A défaut, un scenario de conflit militaire ne serait plus irréaliste.

Dina Megahed
Jeudi 8 Juillet 2010

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