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La puissance stratégique et militaire chinoise




II-La question de l’embargo sur les ventes d’armes

La puissance stratégique et militaire chinoise
Les propositions de coopération technologique et scientifique pourraient ainsi être renforcées même si, sur ce sujet, il faut rester très vigilant sur les risques inhérents aux transferts de technologies. Les exercices communs pourraient être approfondis, sujet sur lesquels la Russie et la Turquie sont d’ailleurs déjà actifs.
De même, la coopération avec la Chine en Afrique, en particulier en matière de lutte contre la piraterie ou contre les groupes terroristes dans le Sahel, pourrait s’accentuer. Cela est d’autant plus faisable que c’est un sujet important pour les Chinois et sur lequel ils sont pour l’instant encore relativement peu expérimentés.
Il y a donc peu de risque de crispation et un bon terrain pour une coopération mutuellement avantageuse. Dans le même ordre d’idées, on pourrait développer des exercices communs en matière navale, afin de coopérer sur la protection de la libre circulation sur les mers.
Une autre piste consisterait à engager un véritable dialogue politico-stratégique au moment où les Etats-Unis et d’autres pays en Europe et en Asie poussent l’option d’un bouclier antimissile. La Chine n’est guère favorable à ces projets de défense anti-missiles. Comme, du temps du général de Gaulle, la dissuasion nucléaire avait rapproché la France de la Chine, un dialogue permettant de réfléchir ensemble à nos doctrines nucléaires, de dissuasion et de désarmement pourrait être utile. La Chine pourrait être un partenaire privilégié des réflexions sur la dissuasion dans le contexte géopolitique nouveau que nous connaissons. En parallèle et par souci d’équilibre, les évolutions militaires de la puissance chinoise devraient faire dès maintenant l’objet de plus d’échanges réguliers entre la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Etats-Unis.
Il pourrait être également intéressant d’envisager la création d’un programme spécial de formation des officiers supérieurs chinois dans une grande université française, dans un cadre civil et avec le soutien du gouvernement français, en collaboration avec des institutions spécialisées (IHEDN, INALCO...). Ce programme, s’inspirant de ce qu’avaient mis au point la Kennedy School of Government à l’université de Harvard ou le programme Young Leaders de la French-American Foundation, permettrait une meilleure connaissance réciproque et un repérage des futurs grands dirigeants militaires. Cela répondrait au besoin de connaissance des composantes de la puissance militaire chinoise et nous permettrait d’avoir davantage de possibilités discrètes d’influer sur cette puissance. Notre offre pourrait par exemple porter sur la formation à la coordination entre défense et diplomatie ou sur le travail interministériel en matière de stratégie, domaines sur lesquels nous disposons d’atouts forts avec des structures qui ont prouvé leur efficacité comme le SGDSN.
Les rapports civilo-militaires, autre enjeu de taille à la veille de l’arrivée d’une nouvelle équipe au pouvoir en Chine à l’horizon 2013, constituent un autre domaine concret dans lequel la France a une expertise reconnue et une expérience qu’elle pourrait partager. L’épisode du passage du bombardier furtif chinois durant la visite du Secrétaire à la Défense américain Robert Gates, dont l’équipe civile chinoise a déclaré ne pas avoir eu connaissance préalable, témoigne de l’importance fondamentale du développement du rapport civilo-militaire. De même, une proposition de formation de ce type de la France serait bienvenue dans la mesure où Hu Jintao et la Commission Militaire Centrale viennent d’approuver un grand Plan de Développement des Talents des militaires, avec pour horizon 2020.
Cependant, toute évolution significative de notre rapport à la Chine reste liée à la question de l’embargo sur les ventes d’armes, mis en place par l’Union européenne suite aux évènements de Tiananmen de 1989. Les diplomates américains sembleraient s’inquiéter de « commentaires récents suggérant que l’UE pourrait envisager de lever son embargo sur les ventes d’armes à la Chine »11. De fait, un travail de fond doit être mené, avec l’Allemagne et la Grande-Bretagne, sur les conditions qui influencent la décision européenne : un audit pourrait être mené sur la situation des droits de l’homme en Chine, des clarifications demandées par rapport à Taïwan et aux mers de Chine du sud. Pour peser l’impact qu’aurait une décision de levée de l’embargo européen sur la qualité des relations euro-asiatiques et transatlantiques, une évaluation objective de l’état des rapports de force dans la région et des intentions de chacun devra être menée. L’opinion publique européenne comptera enfin, celle-ci n’étant peut-être pas encore prête pour accepter une levée de cet embargo.
La modernisation des forces armées chinoises apparaît comme une conséquence logique, et légitime, de sa montée en puissance économique et stratégique.
Elle marque un tournant vers l’extérieur et la mer. Si la puissance stratégique et militaire chinoise n’est pas la première mondiale, la rapidité de sa montée ne saurait être sous-estimée. Le recours à des stratégies de containment et la crispation de type « guerre froide » face à une Chine dont la puissance militaire augmente, est particulièrement inopérant et contre-productif, d’autant que l’ascension politique, militaire et économique de la Chine ne porte pas en elle-même une menace directe contre nos intérêts. Elle pourrait, au contraire, se révéler une opportunité,
à condition que la France soit plus présente stratégiquement et ne se focalise pas exclusivement sur les échanges économiques.
 Nous disposons d’atouts permettant de proposer à la Chine des coopérations dans des domaines stratégiques qui pourraient intéresser le pouvoir chinois et ses élites militaires. Tout ceci sera néanmoins conditionné par les évolutions face à certaines incertitudes, la stabilité intérieure de la Chine (au vu de l’inégale répartition des richesses), les effets du développement des technologies de communication, et enfin l’évolution du système chinois vers moins d’opacité sur ses capacités et ses intentions réelles. Au delà, l’ascension de la puissance militaire chinoise pose plus que jamais la question de la construction de l’Europe politique et du renforcement de la défense et de la diplomatie européenne. Un tel mouvement est-il possible ou faut-il craindre encore un raidissement sur les intérêts purement nationaux dans les années à venir ?
Doit-on craindre une division des européens sur la question des relations avec la Chine ?

(Haut fonctionnaire français,
spécialiste des questions de défense)
Article publié dans le cadre des « Notes » de la Fondation
Jean-Jaurès

Par Roger Hauteville
Mercredi 13 Juillet 2011

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