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La présence du thème du chat dans le paratexte




“Et plus si d'affinités” est un titre qui se promène  dans un mouvement ondulé entre les terroirs du verbal et du scriptural. Il fait  d' emblée référence au chat qui est à cheval aussi entre le dit et l'écrit. Cette expression utilisée  dans les sites de chat pour inviter le visiteur à une éventuelle rencontre, est utilisée ici par le scripteur pour inviter le lecteur à sa rencontre, à la rencontre de ses personnages, mais aussi à une rencontre avec soi-même sous le ciel du chat. Or cette rencontre au pluriel se veut  réflexive dans la mesure où l'image réveille chez le récepteur des puissances latentes; elle invite le lecteur, par sa charge sémantique indéniable, à ne pas s'installer à demeure, à ne pas rester emprisonné dans l'enceinte ingrate de la consommation, mais à investir  ses virtualités imaginatives dans la compréhension et le décodage de cette création artistique, afin de  nourrir  sa culture visuelle  et extraire la philosophie qu'elle charrie.
Moha Souag ne laisse aucune âme sensible échapper à l'ensorcellement de sa couverture qui semble être par sa dimension esthétique et par sa charge sémantique une œuvre d'art. Le créateur a donc investi autrement son aura artistique et l'a mise au service de l'expression calligraphique; il représente une feuille rose et vierge qui a été déflorée par la couleur sanguine d'une arobase mise en vedette. Ce logogramme qui marie en principe entre le nom de l'utilisateur  et le site de chat dans lequel il  est inscrit, démissionne ici de sa fonction ordinaire pour  former  selon les termes de Merleau Ponty « La chair du visible »; il se libère de sa géométrie  pour  se forger dans un corps nouveau, le corps du cœur, et danser avec un paradigme de signifiés dans un labyrinthe de symboles.            
L'arobase, comme étant une lettre,  fait référence au fossé  qui sépare la savoir de l'analphabétisme; tout récepteur ignorant ce signe semble donc être analphabète;  ce signe fait  référence à la notion du savoir qui se véhicule à travers la lettre. Or ce savoir est ici d'ordre sentimental, il nous initie aux affaires du cœur  sous la sphère de l'informatique. A travers cette source pléthorique qui déborde de sens et de symboles ésotériques,  l'écrivain nous fait donc découvrir une autre apparence des choses, comme si ce monde était couvert d'un voile; il assume le rôle du guide du peuple; l' instinct du professeur qui l'habite le pousse à déchirer le rideau invisible qui sépare le « moi » de l'univers, ou plutôt du chantre des combats de survie dans  l'arène sociale. Souag adopte le culte  de Victor Hugo, il est le « porteur de feu » , un Prométhée qui dérobe l'étincelle sacrée aux dieux pour l'offrir aux hommes, pour les faire sortir de l'obscurité  , de la torpeur où maintiennent le mensonge, la propagande  et la lâcheté aux lumières .L'analyse  de l'arobase nous a ouvert  les yeux sur la notion du « savoir sentimental », mais que dire de l'arrière-plan rose de ce  que nous osons appeler tableau ?
Le rose  est la  couleur des roses, cette tautologie a des origines légendaires qui sont en relation avec Vénus, la déesse de l'amour dans la mythologie romaine. La légende dit qu'à l'origine les roses  étaient blanches, mais un jour Vénus, volant au secours d'Adonis, menacée par Mars, jaloux  et maladif, se piqua le pied avec une épine, et son sang colora la fleur en rose. A l'instar de cette déesse mythologique, les personnages de Moha Souag   en volant sur  les contrées  de l'Internet se sont piqués avec l'angle pointu de l'un de ces cœurs entourés d'arobase qui sont implantés dans tous les recoins de l'univers virtuel; le sang qu'ils ont déversé a coloré  l'arrière-plan, qui était blanc, par le rose en laissant le logogramme   tout saignant. Nous aurons donc affaire à des personnages qui souffrent des répercussions fatidiques de l'Internet et du chat sur leurs vies. Nous avons bien dit les personnages de Moha Souag pour ne pas dire l'auteur lui-même, parce que toutes les créatures sont imprégnées par leur créateur Italo Calvino  corrobore cette position dans La machine littérature; il affirme que : « Ce n'est jamais qu'une projection de soi que l'auteur  met en jeu  dans l'écriture ». Ce souvenir  produit donc  chez l'artiste une ivresse de l'intériorité, laquelle intériorité se traduit par des lettres libres et spontanées, mais surtout parlantes !   
Le chat est donc le terrain sur lequel la machine artistique se met en marche; son culte est chanté dans la cathédrale du paratexte pour inviter tous les ascètes de l'Internet et de la littérature à assister au spectacle des belles lettres. L'œuvre devient sous le signe de « @ » une école qui enseigne le savoir sentimental, mais ses enseignants étaient des boucs émissaires que la littérature a jetés dans le flux et le reflux de l'expérience et d'où ils se sont sortis tous sanglants. Ces images poétiques qui traduisent la façon par laquelle l'écrivain habite le monde nous arrache de notre univers réel pour  nous empêtrer dans l'univers diégétique ou bien dans la chair du texte.

* Professeur de français


Sofia Benjelloun Touimi *
Mercredi 30 Juin 2010

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