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La police mexicaine s'entraîne dans un décor hollywoodien


Les Mexicains sont méfiants quant à leur police



Perché sur une colline sous un ciel gris, le village d'Amozoc de Mota ressemble à un décor de cinéma, avec sa place vide où se dressent une mairie, une église et une école. Soudain, dans une station d'essence, une violente dispute éclate entre deux hommes installés à bord d'un pick-up.
Le premier saisit une arme et abat le second, avant qu'une violente explosion ne secoue l'arrière du véhicule. Presque aussitôt, des officiers armés de fusils d'assaut jaillissent pour arrêter un suspect qu'ils menottent dans un supermarché tout proche.
Nous ne sommes pas au cinéma et pourtant ici tout est faux. Dans ce village fantôme co-financé par les États-Unis, dans le centre du Mexique, s'entraînent de vrais policiers mexicains, fédéraux ou municipaux, en se confrontant à différents scénarios criminels.
Ce "village tactique" inauguré en décembre 2013, l'un des rares au Mexique, est un élément clé dans la lutte contre la criminalité et les cartels de la drogue. Dans ce décor factice, l'objectif est de transformer les forces de police, jusqu'alors décriées par la population.
"Nous avons des agents de police efficaces, mais il y en a aussi certains qui ne le sont pas. C'est un problème pour ceux qui font leur travail correctement", déclare Ricardo Escamilla Montes, 34 ans, un officier de Celaya (centre) venu suivre une formation de deux semaines.
L'académie a formé plus de 16.000 agents provenant des 32 États du Mexique depuis son ouverture en mai 2012. Pour ce projet, l'État de Puebla a dépensé 17 millions de dollars et les États-Unis 5 millions de dollars, alloués dans le cadre d'un accord américano-mexicain de lutte contre le crime organisé signé en 2008.

Relevés de preuves      
Vêtu de la tenue blanche de la police scientifique, Escamilla apprend à recueillir des preuves lors de cet exercice d'homicide.
"Ne t'approche pas trop près du corps", recommande l'instructeur tandis qu'Escamilla tamponne la porte du pick-up pour relever des empreintes et qu'un autre stagiaire s'affaire à photographier des douilles.
En s'inspirant du modèle américain, le Mexique tente peu à peu de professionnaliser son système judiciaire jusqu'alors très opaque, dans un pays où l'intervention de la police municipale se limite souvent à établir un cordon de sécurité autour d'une scène de crime en attendant l'arrivée des enquêteurs.
"Je sens que nous manquons beaucoup de formation", constate José Manuel Gonzalez, 41 ans, un officier d'Ajalpan, dans l'Etat de Puebla, qui suit un entraînement de deux semaines destiné à des policiers de niveau intermédiaire, rapporte l’AFP.
Maria del Carmen Castaneira, aujourd'hui instructrice après avoir enquêté sur le terrain à Puebla pendant 20 ans, raconte comment, un jour, il lui a fallu huit heures pour atteindre une scène de crime, un délai pouvant largement compromettre le relevé de preuves.
En dépit de ces efforts récents pour former des forces de sécurité, les autorités ont du mal à gagner la confiance des habitants.
Illustration des doutes qui persistent: la police mexicaine a abattu fin mai 42 criminels lors d'un violent affrontement avec les membres d'un cartel, dans lequel seul un policier a été tué. La police a expliqué ce succès par une meilleure formation qu'auparavant des agents et un équipement plus moderne, mais la population a accueilli cette nouvelle avec scepticisme. Au final, la commission gouvernementale des droits de l'Homme a décidé de vérifier si des abus ont pu être commis.

Centre de contrôle de la confiance   
Les Mexicains sont méfiants quant à leur police. Un cas d'abus présumé les a particulièrement révoltés et a frappé l'opinion mondiale en septembre 2014: selon les autorités judiciaires, une police municipale de l'État de Guerrero a livré 43 étudiants à un cartel de drogue qui les aurait ensuite assassinés.
"Est-ce que ces méfaits veulent dire que le travail (de formation) accompli n'a servi à rien? En aucun cas", juge Richard Glenn, directeur adjoint de la section antidrogue à l'ambassade américaine de Mexico, qui supervise les projets de formation.
Au contraire, le Mexique prend la bonne direction, estiment les responsables américains, selon qui des améliorations sont observées dans divers endroits du pays, dont l'État de Morelos, où les unités anti-enlèvements ont été formées par le voisin du nord.
Cependant, "il faudra attendre 10, 20, 30 ans pour que le changement soit notable dans tout le pays", affirme M. Glenn.
Selon Darrel Paskett, coordinateur américain du programme de professionnalisation de la police mexicaine, cette formation enseigne aux officiers de police "le bon usage des différentes tactiques pour ne pas mettre la population en danger et pour renforcer sa sécurité".
Mais l'effort passe aussi par un grand ménage dans les rangs de la police pour extirper les mauvais éléments, ainsi que par des incitations financières et professionnelles, affirme M. Paskett.
L'Académie de police est aussi un "centre de contrôle de la confiance" où chaque année 12.000 policiers aspirants ou déjà en service passent au détecteur de mensonge, subissent des tests psychologiques ou encore des examens médicaux pour détecter une éventuelle consommation de drogue. 
Un policier sur cinq déjà en service échoue à ces tests, indique la doyenne de l'Académie, Maria de Lourdes Rosales Martinez.
En mai, un commandant de police de San Pedro Cholula (centre) a été accusé d'avoir assassiné un jeune homme, non loin du camp d'entraînement. Ses hommes avaient suivi le stage. Et le commandant? Mme Rosales Martinez ne sait pas. "La formation doit être permanente", dit-elle.

Libé
Vendredi 24 Juillet 2015

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