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La plupart des systèmes en vigueur échouent à préparer les diplômés à des vies productivesA quand la réforme de l’éducation dans le monde arabe ?
Un juge d’Arabie Saoudite a récemment choqué de nombreux saoudiens et l’opinion publique mondiale en confirmant une décision de mariage entre une fillette de 8 ans et un homme de 47 ans. Cette affaire a porté à la conscience publique une pratique qui est cachée depuis trop longtemps et protégée de la discussion publique et de la critique. Cette décision n’est pas unique en son genre. Un autre cas récent et très médiatisé concernait une fillette de 10 ans qui demandait le divorce après avoir été forcée par ses parents à se marier avec un homme de 30 ans, qui, prenant avantage de son pouvoir, la violait. Il est scandaleux que soient permis de tels mariages forcés. Pourtant, ceux qui sont familiers des systèmes d’éducation dans le monde arabe ne sont pas surpris.
Des systèmes éducatifs traditionnels consternants, abolissant la pensée critique, rendent possible le fait que de telles pratiques d’un autre âge continuent, protégées derrière une vision locale, étroite, et non réfléchie de la religion. Les décisions comme celle en Arabie Saoudite sont le produit d’un système d’éducation en échec. Certaines sociétés arabes ont failli lamentablement à produire des générations bien préparées, capables de rattraper la plupart des recoins du monde. Le cursus éducatif saoudien par exemple, qui allie la mémorisation de textes par cœur et l’acceptation non critique de pratiques tribales, maintient le pays en arrière. Il ne prépare pas les étudiants à faire face à la modernité, ni à être des acteurs productifs au sein d’une économie de plus en plus globalisée. En dépit du flot de milliards de l’argent du pétrole vers l’éducation publique, les étudiants saoudiens sont parmi les plus mauvais en mathématiques ou en sciences. A côté du faible enseignement dans ces matières, le coupable principal est la suppression du raisonnement critique. L‘investissement impressionnant dans une infrastructure d’enseignement supérieur n’a pas produit de rendement positif. C’est comme si l’État avait acheté l’ordinateur le plus puissant mais en ayant négligé les logiciels pour le faire tourner. La plupart des systèmes éducatifs arabes échouent à préparer les diplômés à des vies productives. Chaque année des milliers d’étudiants sortent des universités avec des diplômes en Charia (la loi islamique) ou en littérature arabe. La grande majorité d’entre eux sera au chômage, sous-employée ou sinon, embauchée dans la bureaucratie publique en expansion, ce qui contribuera à renforcer des États inefficaces. Penser par soi-même, qui est une pré-condition de l’entrepreneuriat comme de la démocratie, est tout simplement supprimé du cursus. Il n’est alors pas surprenant que des juges condamnent des fillettes innocentes à leur malheureux sort. L’Arabie Saoudite et d’autres États arabes devraient s’inspirer des politiques d’éducation des Etats-Unis ou de l’Inde par exemple, qui ont transformé l’éducation pour en faire un moteur essentiel de la croissance économique. Claudia Goldin et Lawrence Katz de l’Université de Harvard ont montré que le retour sur investissement en éducation est énorme. Les diplômés des collèges (cycle universitaire court) dans les systèmes éducatifs privés obtiennent des retours substantiels sur leurs investissements en temps et en argent. Le désir des américains d’investir en capital humain, pas simplement pour les élites mais aussi pour les masses, a alimenté la prospérité américaine. La clé n’a pas été cependant la quantité d’investissement mais le raisonnement critique qu’il permettait. A l’inverse, l’Arabie Saoudite déverse de l’argent dans une éducation publique gratuite avec l’objectif de perpétuer une orthodoxie religieuse dispensée par des enseignants mal préparés. La mémorisation par cœur impliquée dans ce processus a plus à voir avec l’endoctrinement que l’éducation. L’investissement dans l’éducation en Inde a tiré des millions d’individus de la pauvreté à travers une impressionnante croissance économique réelle. L’ancienne premier ministre Indira Ghandi a pu dire jadis : « l’éducation est une force libératrice, et aujourd’hui elle est aussi une force de démocratisation, faisant tomber les barrières de castes et de classes, lissant les inégalités imposées par la naissance et les circonstances de la vie ». Cette force libératrice n’a pas été simplement financée par l’État comme l’a encore démontré James Tooley de l’Université de Newcastle dans son dernier ouvrage « A Beautiful Tree ». Les pauvres investissent largement à partir de leurs maigres ressources pour assurer l’éducation de leurs enfants. Le résultat de cette éducation orientée vers les compétences et la pensée critique a été la croissance des secteurs de haute technologie en Inde, une perspective que l’on n’imaginait même pas il y a quelques années à peine. La tâche à laquelle font face de nombreux pays arabes est de reconnaître la priorité de l’éducation sur la simple scolarisation. La réponse n’est pas juste de dépenser plus d’argent : l’alchimie n’a pas échoué du fait d’un manque d’investissements dans les académies d’alchimie. Un cursus centré sur la mémorisation du dogme devrait être réformé pour permettre la pensée critique, un ingrédient clé pour échapper au retard institutionnalisé. C’est aussi vrai du retard juridique qu’économique. Une réforme éducative de part en part, qui implique non seulement de l’argent mais aussi des solutions éducatives de marché ainsi que la pensée critique, pourrait produire des juges plus inspirés. (Le premier est doyen associé à la Harris School for Public Policy Studies de l’Université de Chicago et le second analyse au Cato Institute et vice-président des programmes internationaux à la Fondation Atlas). Article publié en collaboration avec www.unmondelibre.org Vendredi 8 Mai 2009
Par Raja Kamal et Tom Palmer
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