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La plage d’Amazonie, empreinte d’une mine illégale




En Amazonie, il est une “plage” qui n’est autre qu’une énorme étendue de sable et d’eau polluée creusée par les pompages d’une mine illégale, source de financement de groupes armés et de pollution pour le poumon de la planète.
A 115 km de cette “plage”, située dans le département reculé de Guainia (est de la Colombie), près du village de Campo Alegre, un “dragueur” pompait autrefois des masses de sable mêlé d’or. Mais cette plate-forme flottante, installée sur un affluent de l’Inirida, a été détruite le 26 novembre, lors d’une intervention militaire brasilo-colombienne contre l’activité minière clandestine.
“Plages” et “dragueurs” pullulent dans cette région du parc naturel de Puinawai, l’une des plus importantes zones protégées de Colombie, où se trouvent trois réserves indigènes.
Peu peuplé, avec en moyenne un habitant pour deux km2 et une présence minime de l’Etat, le département de Guainia, encastré entre le Venezuela et le Brésil, suscite les convoitises pour ses innombrables richesses minérales, bien que les mines y soient interdites depuis 2012.
L’impact “le plus grave” de cette activité minière illégale “est la déforestation car elle déclenche une spirale de dégradations”, dit à l’AFP Juan Francisco Garcia, ingénieur forestier, invoquant notamment les dégâts causés par la machinerie lourde.
Pour la seule année 2014, 140.000 hectares de forêt ont été détruits en Colombie, dont la moitié dans la jungle amazonienne.
Mais l’ensemble des dégâts est difficile à évaluer. “Depuis 2010, nous n’avons pu établir de carte de l’impact de l’activité minière illégale en Amazonie, faute d’accès au terrain”, déplore Andrés Llanos, de l’ONG Gaia Amazonas, spécialisée dans la protection de l’environnement.
Les autorités attribuent la responsabilité de l’exploitation minière aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), principale guérilla du pays, engagée depuis 2012 dans des négociations de paix avec le gouvernement.
Mais, selon les services du Procureur, “tous les groupes armés illégaux” actifs en Colombie sont impliqués, qu’ils soient mouvements guérilleros ou gangs criminels.
Les mines légales ont apporté 2,3% du PIB en 2012, soit 8,5 milliards de dollars. Mais plus de la moitié des sites exploités sont en fait illégaux, selon des statistiques officielles. “L’activité minière illégale rapporte plus que la cocaïne”, affirme le colonel Jorge Rojas, qui a coordonné l’opération dans le Guainia, avec au bilan 24 arrestations.
Un gramme d’or coûte 27 dollars dans cette région et 10% de l’exploitation reviennent aux Farc, selon le colonel Rojas, tandis qu’un kilogramme de cocaïne vaut environ 965 dollars et est beaucoup plus difficile à écouler.
“L’éradication des cultures illicites a fait que d’autres sources de financement se sont développées”, ajoute M. Garcia, spécialiste de la substitution des plantations de coca, composant de base de la cocaïne.
Cette région du Bouclier guyanais du nord-est de l’Amérique du Sud, une des formations géologiques les plus anciennes de la planète, est riche en or, mais aussi en coltan ou colombite-tantalite, un métal stratégique pour la haute technologie.
“Le marché international pour le coltan est énorme, de la Silicon Valley au Brésil”, précise Rodrigo Botero, coauteur du livre “Les routes de l’or illégal”, qui traite du thème en Colombie, au Pérou, au Brésil, en Equateur et en Bolivie.
Dans l’Amazonie colombienne, qui représente près de la moitié du territoire de la Colombie, les institutions publiques sont quasi inexistantes.
“Nous pouvons toujours démanteler... quand ils sentent l’Etat absent, ils reviennent”, déplore Danny Julian Quintana, directeur du Corps technique d’investigation (CTI) des services du Procureur.
En outre, les habitants, comme ceux du hameau de Zancudo, près du dragueur démantelé, n’ont pas d’autre choix que de travailler pour ces exploitations illégales. “Les alternatives ici sont pêcher le poisson-chat, le saler ou tirer des lianes”, justifie César, 39 ans, qui rechigne à donner son nom, de crainte d’être identifié par ses employeurs.
Les mineurs gagnent environ 500 dollars mensuels, un salaire élevé pour la région. Mais le prix à payer pour leur santé est aussi très haut. Ils passent jusqu’à 24 heures sous l’eau, avec des pauses de 15 minutes, dans une rivière où “il n’y a plus de poisson”, tant elle est contaminée par le mercure utilisé pour l’extraction de l’or.
“C’est du pur esclavage”, dénonce Rodrigo Botero.

Mercredi 30 Décembre 2015

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