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La place Taksim d’Istanbul en chantier et en pleine polémique




La place Taksim d’Istanbul en chantier et en pleine polémique
La controverse est à la mesure du projet, géante. A peine lancés, les travaux d’aménagement de la plus célèbre place d’Istanbul provoquent déjà la colère des riverains, qui craignent de voir son âme définitivement s’envoler avec la poussière des pelleteuses.
Depuis dix jours, la place Taksim résonne d’un fracas inhabituel. Aux slogans des manifestations qui ont fait sa réputation et ont rythmé l’histoire de la Turquie a succédé le vacarme incessant des marteaux piqueurs qui l’éventrent. Le coeur de la mégalopole stambouliote a commencé sa mue.
“Ce projet vise à faciliter les transports autour de Taksim, totalement paralysés par une circulation automobile qui a fait de ce quartier un simple lieu de transit”, explique le maire d’Istanbul, Kadir Topbas, “nous allons redonner du sang neuf à Taksim et réserver la place aux seuls piétons qui pourront y déambuler comme sur les Champs-Elysées”.
La première étape des travaux consiste à percer sous la place un tunnel à plusieurs branches par lesquelles transiteront les automobiles qui cohabitent aujourd’hui en surface avec les touristes, l’antique tramway rouge et la monumentale statue des héros de la République turque.
Un chantier de quelque 28 millions de dollars qui, promet la mairie, doit être bouclé en un temps record de huit mois seulement.
Une fois débarrassée de ses embouteillages légendaires, Taksim entamera alors le ravalement de sa façade extérieure. Son futur visage n’est pas encore précisément déterminé mais l’actuel parc et ses rares arbres devraient y laisser la place à des commerces, des cafés, une galerie d’art. “Nous envisageons de reconstruire les baraquements qu’occupait autrefois l’armée”, esquisse le maire, “mais pas pour y accueillir une structure militaire. Nous pourrions y accueillir un centre d’art et de culture”. Encore des années de chantier, surtout si des fouilles archéologiques viennent ralentir son calendrier, et des dizaines de millions de dollars supplémentaires pour accueillir toujours plus de touristes et d’investisseurs, résument les promoteurs du projet.
Ambitieuse, spectaculaire, la future place Taksim rêvée par la mairie d’Istanbul est pourtant loin de faire l’unanimité parmi les quelque 17 millions habitants de l’ex-capitale impériale ottomane.
Outre la grogne, classique, des riverains du chantier contraints de slalomer entre ses barricades et ses tranchées, il y a surtout les critiques de ceux qui redoutent de voir “leur” place transformée en une “jungle de béton” livrée aux capitaux étrangers, aux chaînes multinationales, plutôt qu’à sa population.
“C’est un projet qui va changer le visage de la plus importante place de Turquie et ils l’ont précipité sans consulter personne”, se lamente Akif Burak Atlar, le secrétaire de la Chambre turque des urbanistes à Istanbul.
“Ce projet vise à rendre commercialisable un endroit où finalement seuls les consommateurs seront encore acceptés”, renchérit Ebru Erbas, qui anime le collectif “Solidarité pour Taksim”. “Personne ne s’intéresse au sort des commerces actuels de la place qui font faillite à cause de ces travaux sans aucune considération pour les droits des citoyens”, ajoute-t-il.
Parmi ces opposants, certains n’hésitent pas à voir dans ce projet des arrière-pensées plus politiques. En clair, ils soupçonnent le gouvernement islamo-conservateur du Parti de la justice et du développement (AKP) et la municipalité d’Istanbul, qui porte la même étiquette politique, de vouloir tuer l’identité frondeuse de la place Taksim.
Ancien maire d’Istanbul, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a donné du grain à moudre à ces critiques en affirmant qu’il voulait faire de Taksim un endroit “pacifique”. “Je connais les difficultés de Taksim, je sais ce qu’il s’y passe, nous allons tenter de changer ça”, a-t-il lancé.
Le maire AKP d’Istanbul balaie toutes ces objections d’un revers de main. “D’autres avant nous ont remisé ce projet pour s’épargner les reproches auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés”, s’amuse Kadir Topbas. “Nous y ferons face parce que nous savons que Taksim renaîtra dès que tous ces travaux seront terminés”, pronostique-t-il avec assurance.

AFP
Vendredi 23 Novembre 2012

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