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La place Tahrir s’embrase : L’armée égyptienne sous la pression des manifestants




La place Tahrir s’embrase : L’armée égyptienne sous la pression des manifestants
Sameh Attallah appartenait à la «majorité silencieuse» des  Egyptiens, ceux qui avaient confiance dans l’armée pour conduire la transition post-Moubarak. Aujourd’hui, les choses ont changé. Convaincu que le Conseil suprême des forces armées (CSFA) veut se maintenir au pouvoir, il a rallié les manifestants. «Je faisais partie de ceux qui n’ont pas manifesté après le départ de Moubarak et la promesse de l’armée de protéger la révolution», dit ce jeune homme de 29 ans rencontré place Tahrir. «Mais je dois dire à présent que l’armée semble confisquer la révolution du peuple», ajoute-t-il parmi les débris et dans les effluves des gaz lacrymogènes. Pour nombre d’Egyptiens, neuf mois après la chute d’Hosni Moubarak, la confiance dans l’armée s’est envolée. La sécurité n’a pas été rétablie et les troubles sont repartis alors que l’Egypte doit vivre à partir de lundi ses premières élections libres depuis des décennies. Au lieu de se tenir scrupuleusement au-dessus de la mêlée politique, le gouvernement intérimaire désigné par les généraux a mis le feu aux poudres en proposant des dispositions constitutionnelles qui, si elles étaient retenues dans la future Loi fondamentale, mettraient l’armée à l’abri de tout contrôle civil. Ce sont ces propositions qui ont provoqué l’inquiétant regain de tension observé depuis le week-end dernier: les affrontements ont éclaté à l’issue d’un rassemblement organisé par les islamistes et les libéraux pour les dénoncer. «Une lutte féroce pour le pouvoir se développe le long de lignes idéologiques, religieuses et sociales, et l’armée tente peut-être de jouer un petit jeu pour maintenir ses privilèges. C’est une lutte pour le pouvoir, les ressources, les chasses gardées et l’autorité», explique Fawaz Gerges, spécialiste du Moyen-Orient à la London School of Economics.
«Ce qui s’est passé ces derniers jours constitue la fin de la lune de miel entre l’armée et de nombreux Egyptiens», ajoute-t-il. Selon un diplomate occidental, ce qui est en jeu, pour l’armée, se résume à la défense de trois types d’intérêts particuliers. Les généraux, le seul pilier du régime de Moubarak à avoir survécu à son départ, veulent tout d’abord la garantie qu’ils ne finiront pas dans un tribunal comme l’ex-raïs.Ils entendent aussi préserver les tentaculaires intérêts économiques de l’armée, qui vont des usines d’armement à la production de biens ménagers. Enfin, ils veulent maintenir les privilèges et le statut de l’armée. «Quitter le pouvoir serait le meilleur moyen de préserver ces intérêts, mais quitter le pouvoir sans les bonnes garanties exposerait ces intérêts. C’est leur gros problème: leurs intérêts seront toujours vulnérables», poursuit ce diplomate. Depuis samedi, la foule réunie place Tahrir réclame le départ du maréchal Mohamed Hussein Tantaoui. «Tantaoui = Moubarak», peut-on lire sur de nombreux murs du Caire. Celui qui dirige le Conseil suprême des forces armées (CSFA) fut pendant vingt ans le ministre de la Défense de Moubarak. L’armée affirme qu’elle n’a pas voulu déloger les manifestants de la place Tahrir, mais simplement protéger le bâtiment voisin du ministère de l’Intérieur. Les généraux ajoutent qu’ils s’en tiennent au calendrier de la transition, dont les législatives qui doivent débuter lundi prochain sont la première étape. L’élection présidentielle ne devrait pas intervenir avant la fin de l’année prochaine ou le début 2013. Mais les appels à une accélération du processus se font entendre de plus en plus fort. Responsables politiques et mouvements activistes qui furent en pointe pendant les journées révolutionnaires exigent que le scrutin présidentiel soit organisé dès avril, dans la foulée des élections parlementaires.
L’armée, pour l’heure, ne dévie pas de son calendrier. «L’armée n’interviendra pas dans les manifestations de Tahrir pas plus que les élections ne seront différées. Les violences et le chaos disparaîtront par eux-mêmes, progressivement», dit un officier. Reste que les images de policiers soutenus par l’armée chargeant et matraquant des manifestants place Tahrir ont ravivé les sombres souvenirs de la révolution qui a balayé Hosni Moubarak l’hiver dernier. «Juste après l’éviction de Moubarak, nous avions tous le sentiment que le Conseil militaire nous soutenait et nous protégeait. Mais les morts et les blessés de ces jours-ci, sur lesquels l’armée ferme les yeux, montrent qu’ils sont complices», dit Ahmed Hassan, 26 ans.

REUTERS
Mercredi 23 Novembre 2011

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