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La piraterie somalienne a disparu mais les pirates sont toujours là




La piraterie somalienne a disparu mais les pirates sont toujours là
Les pirates qui imposaient leur loi au large des côtes somaliennes ont disparu des écrans radars des navires de guerre déployés dans l'océan Indien. Pourtant, s'ils se font fait oublier, les pirates sont toujours là et certains d'entre eux menacent de reprendre la mer.
 Le procès en cours à Paris de sept d'entre eux, accusés d'avoir attaqué un couple de plaisanciers français et tué le mari, rappelle la violence de leurs expéditions visant à capturer navires et équipages pour obtenir des rançons.
 Le drame s'était noué dans le golfe d'Aden en 2011. Mais, explique John Steed, responsable pour l'Afrique de l'Est de l'ONG américaine Oceans Beyond Piracy (OBP), même s'il reste encore une quarantaine d'otages, "il n'y a pas eu de véritable attaque de pirates contre un navire de marine marchande depuis plus de deux ans".
 "Pour autant, avertit le spécialiste, les pirates ne sont pas partis et rien n'a changé sur le terrain".
La piraterie somalienne, qui avait repris à une échelle industrielle en 2005, a connu son apogée en 2011. Cette année-là, les pirates avaient conduit, selon le Bureau maritime international, pas moins de 237 attaques et retenaient en otages, fin 2011, 216 marins et 11 navires. Les rançons se chiffraient en moyenne à 2 millions de dollars par navire.
Pour la seule année 2011, le coût de la piraterie somalienne a été estimé par OBP à 6 milliards d'euros. Une estimation qui inclut le déploiement de navires de guerre, les primes d'assurances pour les armateurs, les gardes de sécurité privés, les rançons versées et le surcoût de fioul pour des navires marchands contraints d'augmenter leur vitesse ou de rallonger leur itinéraire pour échapper à un abordage.
 Les mesures de lutte anti-piraterie ont fini par porter leurs fruits - les pirates ont abandonné la partie ou ont été arrêtés pour plusieurs centaines d'entre eux - mais, revers de la médaille, la pêche illégale dans les eaux territoriales somaliennes a repris de plus belle.
 Les pirates ayant disparu, "il n'y a plus aucun risque pour les chalutiers illégaux qui peuvent pêcher à volonté", explique John Steed.
 Interrogés au téléphone par l'AFP, d'anciens pirates devenus pêcheurs se plaignent de la présence de ces chalutiers étrangers et menacent de reprendre les armes.
 "A présent nous sommes des pêcheurs mais où sont les poissons? Les bateaux de pêche étrangers prennent tout", dénonce ainsi Abdulahi Abas, un ancien pirate dans la ville côtière de Garaad.
 "J'ai rejoint la piraterie à l'époque précisément à cause de la pêche illégale et maintenant que nous avons arrêté le business de la piraterie, nous ne pouvons même pas pêcher dans nos propres eaux", a-t-il ajouté.
 D'après OBP, des bateaux de pêche étrangers entrent chaque jour dans les eaux territoriales somaliennes en toute illégalité, battant souvent pavillon iranien, espagnol ou taïwanais.
 En mars 2015, des pirates ont attaqué un chalutier iranien, soupçonné de se livrer à la pêche illégale. Les 15 membres d'équipage sont toujours retenus en otages, auxquels il faut ajouter les 26 captifs largement oubliés du Naham 3, un navire taïwanais capturé il y a plus de quatre ans.
 Pour John Steed, l'absence de perspectives économiques et le sous-développement de la côte somalienne rendent la piraterie toujours attractive dans les esprits.
 "Enlevez les navires de guerre, supprimez les gardes armés et tout recommencera", prédit-il.
 L'insécurité qui règne sur la côte somalienne, en partie sous le contrôle des insurgés islamistes shebab, rend très difficile la réalisation d'infrastructures pour développer la pêche (usines à glace, entrepôts) et l'accès au marché.
 Ahed Yare, un ancien pirate installé dans le village côtier de Eyl, qui fut un des principaux repaires de la piraterie somalienne, résume la situation: "Je n'ai pas de boulot et je ne peux pas pêcher librement à cause des chalutiers étrangers".
 "Ils prennent tout le poisson et je vous dis que cela ramènera la piraterie et que cette fois, ce sera encore pire."

Samedi 9 Avril 2016

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