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La passion de Joséphine Baker pour le Maroc : "Marrakech est une chanson du souvenir qui m’est chère”




La passion de Joséphine Baker pour le Maroc : "Marrakech est une chanson du souvenir qui m’est chère”
Dans les années 20-30, Joséphine Baker a visité plusieurs pays d’Europe, d’Amérique et d’Afrique. Mais, le Maroc était, pour elle, un souvenir inoubliable. Elle a aimé ce pays de tout son cœur. Quand elle arrivait en terre marocaine, elle faisait la conquête de Marrakech. Cette ville cosmopolite lui avait ouvert ses portes comme on feuillette les pages d’un livre. C’est à la ville ocre que sa vie emprunte son visage le plus beau. «Marrakech, la perle du Sud, le carrefour de l’Afrique blanche et de l’Afrique noire, ses palmiers de légende, ses vieux remparts et leurs portes cloutées, son Aguedal, ses bassins d’eau claire, ses tombeaux des grands chefs, ses mosquées. Tous les nomades, parait-il, en rêvent depuis des siècles, au fond du désert».
La passion de Joséphine Baker pour le Maroc rappelle celle d’Anaïs Nin. Dans ses mémoires, elle rendait hommage à la culture marocaine qui a exercé une étrange fascination sur elle, car celle-ci constitue l’une des cultures de l’histoire humaine. Une partie de ses mémoires est une longue chronique de ce pays. Son récit dépeint l’univers des Marocains dans les années trente, les images gardées dans sa mémoire sont à la fois senties et ressenties: «J’ai vécu là des jours si beaux. J’allais n’importe où en Afrique. Je revenais là… ».
Le voyage stimulait Joséphine Baker ; c’est pour elle le mouvement, la découverte. Mais c’est aussi beaucoup plus que cela. C’est l’équilibre de l’âme. Dans ses mémoires, elle avoue que le Maroc est pour elle un refuge, une terre de paix, et quel soulagement dès son arrivée; l’installation fut délicieuse, le séjour parfait: «Mes grands amis de Marrakech m’offrirent une fête qui dura toute la nuit, comme un conte des Mille et Une nuits. Des Marocains en burnous voisinaient dans le patio sous les lianes en fleurs. Des fleurs rouges comme du sang. Une musique arabe passait entre les colonnes de marbre, aussi douce que les lumières».
De toutes les villes du Maroc, Marrakech était pour elle, une légende, riche comme les contes des Mille et Une nuits ; sa première impression des Marrakechis est ineffaçable:«Le rendez-vous des curieux, des photographes, des charmeurs de serpents, des conteurs, ça grouille dans la poussière, ça chante au soleil, ça marchande, ça crie, ça hurle, ça sent la friture, la canelle et la menthe, les épices, la cuisine des sorciers et des guérisseurs, les herbes, les têtes d’oiseaux qui sèchent,les pattes de singes qui pourrissent».
Arrivée à Marrakech, Joséphine Baker résida à l’hôtel de la Mamounia: «Il est célèbre dans le quartier de Bab Djedid».  Ensuite, elle voulut avoir un logement pour ne pas se sentir dans un endroit qui n’eut convenu à ses goûts: «J’ai voulu avoir ma maison pour vivre comme les Arabes. J’en ai trouvé une dans la Médina, près de la Koutoubia, qui élève ses trois boules d’or au-dessus des terrasses de la ville. C’était au fond d’une impasse étroite, perdue, serrée entre des murs». Elle demeura quelques jours. Ce furent des jours heureux, dans cette vieille maison calme:«où il y a des orangers. Et des colonnes de marbre fin comme des jeunes filles, et des ombres épaisses. Tu entres où tu veux maintenant. Toutes les portes sont ouvertes sur le patio comme un bloc de lumière jusqu’au ciel. Tu n’as qu’à soulever   une tenture au hasard des arcades».
Quand Joséphine Baker abondonnait Paris pour Marrakech, c’était afin de trouver la ville qu’elle aimait et les charmeurs qui l’animaient. C’était dans ces places et ces rues chaudes que le réel et l’irréel se mêlaient, que le fantastique social offrait ses plus évidentes perfections.
Joséphine Baker était une errante dans la charmante ville, heureuse et se cherchant sans cesse, on l’admirait. Ceux qui l’ont bien connue, ceux qui l’ont aimée, ils savaient tout ce qu’il y avait en elle comme bonté et passion généreuse et qu’elle était enfin, une artiste de cœur dans toute la force du mot. Sa vie était aussi une romance. Ame romantique, elle avait trouvé dans le souvenir de quoi satisfaire son goût de la grandeur:«Et je chante une chanson du souvenir qui m’est chère aujourd’hui, entre toutes les chansons du souvenir».
Au milieu de tous ses souvenirs, il y eut une chose admirable: l’accueil chaleureux et l’hospitalité que Joséphine Baker garda jusqu’au bout:«J’ai accepté l’hospitalité de Si Mohamed, qui fut plus tard, lui aussi, durant notre principale randonnée à travers l’Islam, de Marrakech à Damas, un magnifique et généreux chevalier. Que Dieu lui rende tout ce qu’il a fait pour moi dans le palais de ses pères, au bout de la petite rue du Derb Allilidj. Ses trois filles sont dans mon cœur, avec lesquelles j’ai porté la djellaba de laine, si douce».
Il y a dans les mémoires de Joséphine Baker des images pleines de charme. La plus belle image, pour elle, c’était Marrakech. Elle a adoré cette ville d’une passion toute platonique, et qui le sera toujours. Marrakech était son amour, cet amour qui procrée la vie, qui dissipe les angoisses.
Marrakech était son aventure, la plus merveilleuse, la plus imprévue, la plus originale, elle n’en a jamais de semblable:«Permettez que je m’attarde encore à Marrakech, avant d’être malade. On voit les montagnes couvertes de neige depuis l’automne jusqu’aux jours du printemps, et les petits ruisseaux coulent parmi les grands palmiers, qui sont comme des mâts de navires, avec un bouquet de palmes dans le haut».
Joséphine Baker ne devait jamais oublier les jours pleins d’agrément et de bonheur qu’elle allait couler, pendant des jours en terre marocaine, c’est là qu’elle a ajouté un second mythe au premier, celui d’un Maroc, espoir et évasion pour les artistes désireux d’échapper à un vieux continent usé. Le tableau du Maroc tel qu’elle a tracé dans ses Mémoires, est sentimental. Il révèle cependant un effort de finesse et d’amour pour concilier les sentiments qui animent deux mythes: un paradis et une terre, asile des artistes:«J’ai appris l’Histoire avec amour, cela me passionne. Je voudrais savoir tout ce que les hommes de toutes les couleurs ont fait depuis que le monde existe».
Bien des journaux intimes ont été publiés, mais peu d’entre eux marquent aussi profondément le lecteur que celui de Joséphine Baker. Joséphine Baker n’était pas une artiste comme les autres. A l’âge où d’autres débutent, elle était déjà une déesse de légende. Cette aura qui émanait d’elle, lui donnait cette allure d’artiste charmante et lui permettait d’être une légende.

MILOUDI BELMIR
Vendredi 30 Octobre 2009

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