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La nouvelle : L’esprit du guérisseur des cœurs




La nouvelle : L’esprit du guérisseur des cœurs
Le serviteur du mausolée quitta les lieux. Après une courte absence, il revint accompagné du policier, à qui il expliquait  la situation : 
«Voici toute l’affaire telle qu’elle s’est passée».
Le policier réfléchissait en levant la tête vers le ciel, pendant que le saint se dirigeait vers lui en disant : « Vous êtes le maître de la situation ! »
Le policier dit : « C’est une affaire compliquée et entourée de risques. Elle a besoin d’une personne intelligente pour la dénouer.
«On va interpeller la fille, et vous commencez votre interrogatoire tout de suite puis vous réquisitionnez les bijoux au nom de la loi. A ce moment-là, nous allons intervenir pour que vous la relâchiez. Et  une fois libérée, elle s’envolera telle une colombe, et ne remettra plus les pieds dans ces lieux de toute sa vie»
Le policier dit : « Mais je n’aime pas être injuste ». 
-Le serviteur dit : «Mais quelle injustice, c’est une voyou ! Une malhonnête ! Une voleuse ! »
Le policier dit : « Ce qui serait injuste, c’est de partager le butin en trois parties égales ! »
Les deux hommes se turent puis le saint dit : « Si tu n’étais pas un ami, on réglerait l’affaire tout seuls, sans faire appel à tes services.»
«Si vous n’y étiez pas contraints, vous ne recourriez pas à moi»
«N’aie pas d’arrière-pensées mon ami ! »
«J’aurai la moitié et vous vous partagerez l’autre moitié»
«Tu exagères mon ami ! »
«Ne perdez pas de temps ! »
Le policier se tut un moment puis il reprit :
 « Mais il nous faudrait un bijoutier pour peser, examiner, et évaluer.»
«Penses-tu qu’il le fera gratuitement ? »
«Et qu’est-ce que tu fais gratuitement toi ? »
«Nos parts ne seront plus les mêmes alors ! »
«Vos parts ne seront plus les mêmes ! »
«Mais on doit se partager les frais tous les trois»
«Tu as l’air d’oublier que tu t’adresses à la loi»
«Je t’en prie cher ami ! »
«La loi ne ferme pas les yeux gratuitement.»
Le saint dit : « Mais c’est moi qui ai fait la trouvaille».
Le serviteur dit : « Et c’est moi le responsable du mausolée»
Le policier dit avec nervosité : « Je vais vous rendre riche au lieu de  vous conduire en prison ! N’est-ce pas là les limites de la bonté ? »
Un silence lourd de tristesse et de résignation enveloppa les deux hommes.
On remet le trésor au policier qui proposa de le présenter à un joaillier. Les deux hommes insistèrent à ce qu’ils l’accompagnent. Au moment où ils allaient partir, un aveugle avancé dans l’âge, tenant par la main un jeune homme souffrant de la même infirmité apparut. Il se dirigeait titubant vers le mausolée. Les trois hommes décidèrent de ne pas partir avant de s’assurer de ses desseins. Le vieillard arriva au seuil  du mausolée, tendit la main et demanda à haute voix : « Où est le serviteur du mausolée ? »
Le policier lui dit : « Il paraît qu’il est malade. Tu peux revenir demain».
Mais le vieillard rétorqua : « Une porte fermée n’empêchera pas la miséricorde du bon Dieu d’atteindre celui qui en a besoin, surtout si le bon Dieu décide qu’elle l’atteigne».
Il appuya la tête du jeune homme sur la porte et lança : « Ô toi guérisseur des cœurs brisés ! Je vous présente mon fils. Mon pauvre fils qui a perdu la vue au cours d’un accident et a cessé depuis de subvenir à ses besoins. Pas un seul médecin n’est capable de le guérir. Couvrez-le du parfum de votre bénédiction ! ».
Les trois hommes  allaient partir quand une voix interpella le jeune infirme. Celui-ci s’écria : « Ô Dieu des grands cieux ! »
Le vieillard lui demanda : « Qu’est-ce que tu as mon fils ? »
-« J’entends une voix »
-« Quelle voix mon  petit? » 
-« La voix du guérisseur des cœurs brisés »
-« Cela ne peut être que la sienne»
Les trois hommes se regardèrent inquiets. Le vieillard colla l’oreille sur la porte puis il demanda : «Qu’est-ce que tu as entendu fils ? ».
-« Sa voix m’a atteint au fond du cœur».
Le policier dit sévèrement : « Allez !C’est fini pour aujourd’hui. Revenez demain ! ».
Le jeune homme s’écria : « Je ne partirai pas ! Il m’appelle ! »
Le policier s’écria à son tour : « Je suis policier et je te dis que je n’entends rien»
Le jeune homme se  récria de  toutes ses forces  : « Tais-toi !  Laisse la voix de la miséricorde atteindre mon cœur ! »
-« Mais c’est contraire à la loi ! »
-« Tais-toi ! Le guérisseur des cœurs chuchote quelque chose dans mon oreille !  Parle Ô guérisseur des cœurs !».
La voix du jeune infirme attira l’attention de quelques personnes curieuses paraît-il, qui, pieds nus, commençaient à investir la cour, couverts de leurs djellabas bleues. Ils se mirent à suivre la scène avec intérêt, tout en se parlant bas. Les trois hommes pressentirent qu’un danger était  éminent. Le saint et le serviteur du mausolée incitaient le policier à intervenir avant  que  les événements ne les dépassent. Le policier piaffa et cria d’une voix grossière et autoritaire :
-« Jeune homme cesse de délirer !»
Le jeune homme à son tour cria de  toutes ses forces : « Le guérisseur des cœurs m’interpelle ! »
-« Cesse de délirer ! »
Le vieillard pria le policier en disant : « Aie pitié de lui ! Ne vois-tu pas qu’il est jeune et faible ? ».
-« Mais il est en train de semer le désordre ! ». Le vieillard dit :
-« Laisse-le écouter les paroles du marabout ! ça ne fait de mal à personne.»
Plusieurs voix parmi les assistants répétèrent : -« Cela ne fait de mal à personne ! ». 
Quant au jeune infirme, il continua de parler au mausolée en disant : « Ô guérisseur des cœurs,  soyez sûr que  je vous entends ! Ta voix me remue le fond du cœur. Je grimpe à travers les cieux ».
Des voix du peuple lancèrent : « Dieu tout puissant soit béni ! ».
Le policier cria : « Supercherie ! C’est un défi à la loi. Va voir un autre marabout, ou un médecin de l’Etat ! »
Le conservateur du mausolée dit : « Le temps des miracles est révolu». 
Des vois de la foule se remirent à tonner : « Que le bon Dieu tout puissant soit béni ! »
Le jeune infirme continuait d’adresser son discours confidentiel  au marabout : 
« Que ta voix est belle Ô guérisseur des cœurs. Elle est douce comme la clémence,  discrète comme le secret  et précieuse comme la lumière ».
Le policier se récria : « Un charlatan qui  provoque des réunions sans la permission des autorités ! ». 
Le jeune continuait de discourir pour autant : « Je vous écoute de tous mes sens. Je vous écoute, vous qui annoncez la lumière et l’espoir». 
Le policier avança de quelques pas vers l’assistance  et s’écria : « Au nom de la loi, je vous ordonne de vous disperser ! »
Plus d’une voix répétèrent : « Laisse-nous voir le miracle ! »   
-« Partez ou je vous oblige de partir par la force ! »
-« Aucune force ne nous empêchera de voir un miracle béni ! »
Le policier attaqua, la foule se défendit sans quitter d’un pouce sa place. Et le jeune infirme de crier :
 « Qu’on ouvre la porte ! Qu’on ouvre la porte ! C’est un ordre du guérisseur des cœurs !»
Un bruit s’éleva au milieu de la foule  et quelques voix lancèrent : 
« Ouvrez la porte ! »
« Ouvrez la porte ! ».
Le jeune infirme  proclama : «Il me fait signe de m’approcher de  lui !». 
Des voix ordonnèrent dans un zèle démesuré : «Ouvrez la porte, l’âme voudrait se rendre !»
Le conservateur du mausolée dit : « Je n’ouvrirai pas la porte par souci de sécurité et de respect de la loi».
A ce moment-là, le jeune infirme se mit à pousser la porte de ses épaules pendant que les cris de l’assistance s’accroissaient. Le policier essaya de l’en empêcher par la force ; mais le jeune homme le poussa violemment en le projetant loin sur le sol. La foule se déchaîna, et les trois hommes furent obligés de s’écarter pour ne pas être lynchés. La porte fut ouverte sous les coups violents du jeune infirme. Les cris inondèrent la cour telles des déflagrations. Le jeune homme  entra sans aucune hésitation tâtonnant tout de même çà et là pour  retrouver son chemin jusqu’à ce qu’il disparût. Un silence profond régna. On  aurait dit que les âmes des assistants s’étaient concentrées tout entières  dans leurs regards curieux. Pendant un moment, le temps s’arrêta et le lieu s’anéantit. Soudain, un cri s’éleva de l’intérieur. Le jeune homme réapparut devant la porte titubant. Il leva les bras vers le ciel et proclama : « Dieu m’est témoin que je vois ! Dieu m’est témoin que j’ai recouvré la vue ! ».
Il examina les visages de ceux qui, stupéfaits, se taisaient.
-« Je vois la lumière ! Je vois les gens ! J’ai vu l’Esprit du marabout ».
-« L’Esprit du marabout ?! ».
-« Je l’ai vu sous la forme d’une jeune fille enchaînée ! ».
-« Dieu est grand ! Dieu est grand ! ».

A suivre

Traduit par Sahraoui Faquihi
Lundi 30 Juin 2014

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