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«La mort peut être source de vie» : Les dons d’organes en manque de communication




«La mort peut être source de vie» : Les dons d’organes en manque de communication
 
Le don d’organes, un sujet brûlant toujours d’actualité. Toutes les conditions s’y prêtent et pourtant les initiatives demeurent  timides. Cela est d’autant plus déplorable que la législation marocaine est pour une fois très avancée en la matière et offre un cadre légal satisfaisant pour permettre des greffes dans de bonnes conditions tout en évitant le trafic d’organes. La position de l’islam est pour sa part très positive et tend à encourager ce genre de dons. Pourtant, le blocage est bien présent et traduit sans nul doute l’insuffisance de communication en la matière. Le sujet demeure entouré de beaucoup de  flou. C’est pour combattre toutes ces croyances à la peau dure, que des journées de sensibilisation sont organisées. La dernière en date est celle organisée ce mardi par le ministère de la Santé en partenariat avec le Centre hospitalier Ibn Sina Rabat, sous le thème « La mort peut être source de vie ». L’intitulé est très éloquent et traduit à lui seul tout le sens de la problématique vu l’absence de conscience en la matière. L’occasion également de procéder à l’inauguration d’une banque de tissus au sein de l’hôpital des enfants à Rabat. Un projet qui a nécessité une enveloppe budgétaire de presque 5 millions de dirhams, comme l’a expliqué Pr Cherif Mountassir Chefchaouni, directeur du CHU de Rabat . La moitié est destinée à l’aménagement sachant que les bâtiments existaient déjà. L’autre moitié est dédiée à  l’équipement. Selon lui, le budget de fonctionnement, hors salaires, est estimé à 3,5 millions de dirhams par an.
Dans une allocution d’ouverture, Ismaili Alaoui Moulay Mostafa, inspecteur général au sein du ministère de la Santé, n’hésite pas à parler « de savoir-faire qui souffre de faire savoir ».  D’après lui, les infrastructures sont disponibles, les compétences humaines sont de haut niveau, d’où l’ouverture de la banque. Il faut investir dans la communication . « Les professionnels de la santé et l’ensemble de la population devraient être sensibilisés à ces dons », insiste-t-il. Tout un chacun devrait se sentir concerné. 
« La position de l’islam est une position positive du fait qu’il considère ces dons comme des actes de charité agréés par Dieu ». C’est ce qu’a expliqué Mohammed Hassan El Gharbi, cardiologue et conférencier. Il va de soi que de tels actes sont encadrés par des conditions à même d’éviter tout trafic, poursuit-il. 
 
Ce qui rejoint la loi marocaine voire internationale en la matière. Ces dons ne sauraient être autorisés, entre vivants, dès lors qu’ils portent sur des organes vitaux tels que le cœur, le foie, vu leur fonction. C’est la position  générale du fiqh islamique, rapporte El Gharbi. Comment expliquer dès lors cette réticence? D’après  El Gharbi, cela trouve ses origines dans une croyance profondément ancrée dans les mentalités et qui n’a pas lieu d’être sur le plan religieux. Les gens ont tendance à croire que leur corps ne leur appartient pas mais appartient à Dieu. Certes on ne peut porter atteinte à notre corps, explique-t-il  voire s’automutiler mais delà à étendre la règle à l’ensemble de la vision, il y a un amalgame.
Et le cadre réglementaire ? C’est bien évidemment la loi 16-98 qui est en cours  depuis le 25 août 1999. Maître Soukaina Doukkali, juge responsable des affaires de dons d’organes au sein du tribunal de 1ère instance de Rabat, explique que les procédures de dons sont très simples. Les déclarations sont recueillies aussi bien de la part des donneurs qui souhaiteraient faire ces dons  d’organes de leur vivant que de ceux qui les mettraient à disposition après leur décès.  La procédure se passe à huis clos en présence d’un magistrat et d’un greffier. 
L’esprit de la loi est de préserver les intérêts de tous les intervenants. Elle prévoit des sanctions très strictes en cas d’infraction. Mais d’après Mme Soukaina, son travail sur le terrain n’a pas manqué de faire surgir certains « dysfonctionnements » . En cas de décès, s’il est avéré que le défunt avait fait une promesse de dons d’organes, les membres de sa famille, autorisés dans ce sens par la loi, peuvent soit appuyer ce don soit le refuser. Le dernier mot leur revient. Si par contre le défunt avait déposé une déclaration faisant part de son refus, cette volonté doit être respectée. D’après Me Doukkali, la volonté du mort devrait être respectée dans les deux sens.
Par ailleurs et toujours d’après Me Doukkali, les dispositions de la loi gagneraient à être plus efficaces si elles autorisaient les médecins agréés à disposer plus facilement des organes des morts en cas de mort cérébrale. Vu le nombre d’accidents  de la circulation que connaît notre pays, beaucoup de vies seraient sauvées, conclut-elle.
On sait maintenant ce qui nous reste à faire.  A bon entendeur…
 
 

NEZHA MOUNIR
Mercredi 18 Juillet 2012

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