Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

La majorité gouvernementale menace l’équilibre des pouvoirs»:A Rabat, l’opposition parlementaire débat de son rôle sous la Coupole




«Le Maroc est en ébullition. Il y a des manifestations de colère, de protestation et d’indignation un peu partout, à  Larache, Mohammedia, Marrakech. Où est le gouvernement? Est-il seulement à l’écoute de ce qui se passe? Lorsque j’entends  demander où est l’opposition,  je rétorque qu’il faut plutôt s’interroger sur l’absence du gouvernement alors que les Marocains n’en finissent pas d’investir la rue et de multiplier les marches». Depuis les bancs de l’opposition, l’Usfpéiste Driss Lachgar a bien du mal à cacher son mécontentement face à l’inaction et la torpeur de l’Exécutif ultra-conservateur. 
Ce mardi soir à Rabat, l’opposition parlementaire représentée par l’USFP, le RNI et le PAM, a essayé de réfléchir à son rôle, à l’ombre de la nouvelle Constitution et des prérogatives qu’elle lui confère. Grâce à cette rencontre organisée par le centre Achorouq pour la démocratie, les médias et les droits de l’Homme, que préside Mohamed Aujjar, membre du bureau exécutif et poil à gratter du Rassemblement national des indépendants, le débat a été publiquement ouvert sur le rôle d’une opposition qui fait ou refait l’apprentissage de l’opposition à un gouvernement et une majorité dont le projet de société et l’interprétation de la démocratie ne sont pas exactement en phase avec la vision moderniste portée par des partis comme l’USFP, le RNI ou le PAM.
Le gouvernement Benkirane et sa majorité font-ils cas de l’opposition parlementaire, et, surtout, des prérogatives importantes que lui accorde la Loi suprême? Non, répond péremptoire Mohamed Aujjar. «Le chef de gouvernement a annoncé à la télévision le report des élections sans en référer à l’opposition. Les anciens gouvernements, même ceux pas vraiment démocratiques, ont toujours associé  les partis de l’opposition à la question de la date des élections», fait-il valoir.
Le constat est très vite tombé : l’équilibre des pouvoirs exécutif et législatif est une chimère sous la Coupole.  Face à un gouvernement qui se parle à lui-même et une majorité qui, au lieu de s’investir dans la législation et l’élaboration des lois,  préfère occuper le terrain des questions orales –histoire de couper l’herbe sous les pieds des députés de l’opposition, les motifs d’inquiétude sont nombreux. Le député et membre de l’instance exécutive de l’USFP, Driss Lachgar, ne craint pas de parler d’un déséquilibre des pouvoirs et d’une majorité qui se parle à elle-même, dans le cadre du contrôle de l’Exécutif.  « Je crains que la nouvelle Constitution ne soit gérée dans le cadre de son application par des mentalités qui n’existaient pas même lors des années difficiles et noires », lâche-t-il.
 
Un chef de file pour l’opposition
 
Au Parti authenticité et modernité, on n’hésite pas à parler d’une dérive qui tend à la dictature en pointant un doigt accusateur en direction de la majorité gouvernementale et du PJD qui en conduit le leadership. On le sait, PAM et PJD ne sont pas en odeur de sainteté.
Et ce mardi soir à l’occasion de cette rencontre sur le rôle de l’opposition, la députée pamiste Khadija Rouissi n’a pas manqué de le rappeler. Ces gens-là, dit-elle, ne considèrent pas que la démocratie  réside dans des valeurs et des principes.  «Pour eux, la démocratie, c’est une majorité aux commandes et une minorité qui n’a pas de droit. C’est ce qu’ils essaient de faire pour l’opposition parlementaire qu’ils considèrent comme une minorité. Aujourd’hui plus que jamais, nous devons constituer une force pour protéger la démocratie. Nous devons nous présenter en alternative face au discours populiste qui prévaut », affirme celle qui est l’une des vice-présidentes de la Chambre des députés.
Mardi à Rabat, l’opposition a fait vœu d’organisation pour contrer la tentation et la dérive du parti «unique».  Le député RNI, Hassan Filali, fait partie de ceux qui regrettent l’absence de coordination entre les groupes parlementaires de l’opposition. «Il faut bien le dire, nous n’avons pas réellement un chef de file de l’opposition», soupire cet élu de la nation qui rêve de l’unification des rangs de l’opposition parlementaire et d’un nouveau règlement intérieur de la Chambre basse permettant enfin aux groupes parlementaires de l’opposition de jouer le rôle qui doit être le leur en démocratie.
L’actuelle opposition est-elle suffisamment outillée pour se faire alternative et force de propositions? C’est  un universitaire sceptique, Manar Slimi, qui se pose la question. «On a l’impression que l’actuelle opposition n’est pas encore bien assise. On constate surtout sa faiblesse et son déphasage avec la société. Dans tous les pays, l’opposition change, se renouvelle. Est-ce vraiment le cas chez nous?», se demande-t-il.  
Une opposition forte mais qui doit être aussi crédible pour être audible. L’universitaire Ahmed Lemdessni en appelle à des leaderships irréprochables.

«Des leaders irréprochables»

«Pour servir d’exemple, les leaders doivent être irréprochables. L’opposition est elle aussi une maison de verre. Ses dirigeants  ne doivent rien avoir à se reprocher». Les accusations dont a fait récemment l’objet le président du RNI, S. Mezouar, sont encore dans toutes les oreilles et n’en finissent pas de résonner.
L’ombre d’Ali Yata, leader du PPS, n’en finit pas de planer. Seul député représentant les anciens communistes sous la Coupole, Yata incarnait à lui seul une opposition farouche au gouvernement en place. Problème, il n’y a pas en la matière de recette magique, mais des procédures, des textes et une cohérence à faire valoir au nom de la démocratie et de l’équilibre des pouvoirs. «L’équilibre des pouvoirs dicte un gouvernement fort et une opposition qui le soit tout autant. Le gouvernement Benkirane a tout intérêt à trouver en face de lui une opposition forte s’il veut donner le meilleur de lui-même. Attention, l’opposition que nous représentons a autre chose à faire que d’attendre au tournant Benkirane et ses troupes. Nous ne courons pas derrière les fauteuils du pouvoir», prévient l’Usfpéiste Driss Lachgar avant de rappeler aux mémoires rétives toutes les batailles menées par les partis de l’opposition représentés au Parlement depuis l’installation du gouvernement Benkirane. «De la question des incompatibilités, au débat sur l’immunité accordée aux militaires en passant par la nomination aux hautes fonctions et l’affaire Amina mariée à son violeur, nous avons été là pour donner à réfléchir, tirer la sonnette d’alarme, en tout cas faire avancer le débat», conclut ce cacique du parti de la Rose.

Narjis Rerhaye
Jeudi 21 Juin 2012

Lu 802 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toute circonstance, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | TV en direct | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito










www.my-meteo.fr

Votre navigateur ne supporte pas le format iframe
Votre programme TV avec Télé-Loisirs