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La limitation des importations chinoises, une protection pour l’économie marocaine ?




La limitation des importations chinoises, une  protection pour l’économie marocaine ?
Si l’on regarde la situation critique que connaissent certains secteurs de l’économie nationale au bord de l’asphyxie (sidérurgie, bois, textiles, etc.) et la pression qu’ils exercent sur l’exécutif ; le niveau du déficit de la balance commerciale (196 milliards DH) qui, quoique en léger recul, reste menaçant pour la stabilité macroéconomique du pays (réserves de change et endettement) ; le déséquilibre structurel des échanges avec la Chine en défaveur du Maroc (24 milliards DH, soit 12% de l’ensemble du déficit commercial du Maroc) ; il n’est pas étonnant, qu’en ce temps de disette, le gouvernement soit réceptif à toutes les voix réclamant une limitation des importations via une défense commerciale active, en l’occurrence contre les produits chinois. Mais, en cédant à ces sirènes, va-t-il sauver réellement notre commerce et notre industrie émergente ? Pas si sûr ! 
Tout d’abord, précisons que le niveau des échanges reste encore faible (7,4% de nos importations et 1,2% de nos exportations), comparativement aux partenaires européens (près de 67%). Néanmoins l’évolution des échanges est remarquable puisque les importations ont cru quantitativement et qualitativement, faisant aujourd’hui de la Chine le troisième fournisseur du Royaume chérifien. Lors de la dernière décennie, elles ont augmenté de 20% en moyenne, et elles ne se limitent plus au thé et aux produits de contrefaçons qu’on retrouve dans les quartiers, mais elles se sont diversifiées. Les groupes chinois sont aujourd’hui parmi les fournisseurs de l’équipement et des technologies des entreprises marocaines. Cela constitue un défi au secteur productif marocain, notamment lorsqu’il s’agit d’importations qui concurrencent directement les produits locaux (textile, chaussures, contreplaqué, ronds à béton, etc.). Un tissu productif qui n’est pas toujours en mesure de soutenir la concurrence étrangère. Normal puisqu’il a été protégé pendant longtemps, l’empêchant ainsi de développer son sens de la rivalité et les armes indispensables pour se défendre sur le marché aujourd’hui mondialisé. Le refus de l’apprentissage de la concurrence montre aujourd’hui ses limites puisque le développement de l’industrie nationale, la croissance et l’emploi sont désormais menacés. Mais, faut-il pour autant s’abriter uniquement derrière la défense commerciale ?
Certes, la défense commerciale est un droit garanti par l’OMC pour lutter contre les pratiques de concurrence déloyale telles que le dumping, la subvention ou encore les importations massives non justifiées. Cela dit, l’exercice de ce droit doit être juste et modéré pour plusieurs raisons.
D’abord, pour que ce droit ne se transforme pas en une rente pour certains lobbies qui, à défaut de se mettre à niveau de la concurrence mondiale, réclament toujours d’être protégés au détriment des consommateurs locaux devant payer leur inertie et inefficacité. Il n’y a qu’à se rappeler que depuis les années 90, les producteurs marocains avaient un sursis pour se mettre à niveau en prévision de l’entrée en vigueur de la zone de libre échange avec l’UE. Un engagement qui n’a pas été tenu puisque l’on entend toujours les mêmes doléances et les mêmes requêtes de protection qu’il y a deux décennies. Ensuite, le recours injustifié et abusif aux mesures de défense pourrait déclencher des représailles de la part de  nos partenaires, ce qui compromettra à terme les intérêts de l’économie nationale, si l’on se place dans la perspective de la conquête du grand marché chinois. À ce titre, l’activation des mesures de défenses commerciales doit être faite en coordination avec les Chinois dans le cadre du mémorandum d’entente signé déjà en 2012. Enfin, un abus de la défense commerciale collera au Maroc l’étiquette d’un pays protectionniste, ce qui écornera son image d’économie ouverte nécessaire pour attirer des investisseurs étrangers, notamment dans la perspective de hub pour l’Afrique.
Pour toutes ces raisons, la limitation des importations par l’usage de la défense commerciale doit être mue uniquement par la lutte contre les pratiques de concurrence déloyale et la lutte contre la contrefaçon. Autrement dit, la défense commerciale est légitime tant que les autres partenaires ne respectent pas l’esprit du libre-échange.
 Les mesures de défense commerciale doivent être également circonscrites dans le temps, et surtout elles doivent être mises en œuvre dans un cadre contractuel avec les secteurs concernés : protection contre restructuration. De cette manière la défense commerciale cesse d’être un droit garanti, et devient conditionnelle à la mise à niveau de nos entreprises afin qu’il n’y ait pas de rente ou de détournement de ce droit pour les intérêts particuliers de certains lobbies.
Si la limitation administrative des importations pourrait sembler apporter un bol d’oxygène à l’économie nationale, il ne faut pas céder à la tentation et à la facilité de la protection. La défense commerciale ne peut être considérée comme une stratégie de protection à long terme. Car la meilleure façon de protéger notre tissu productif réside dans le développement de notre compétitivité qui laisse encore à désirer (77ème dans le dernier classement du WEF). Cela passe inéluctablement par l’amélioration de l’environnement des affaires, la baisse de la charge fiscale, la rationalisation des couts des intrants et de la logistique, la chasse à l’excès de réglementations, la lutte contre la corruption et la rente, et la facilitation de l’accès au foncier et au financement.
 
* Maitre de conférences en économie à l’université Sultan Moulay Slimane de Béni Mellal

Article publié 
en collaboration avec 
www.libreafrique.org

Par Hicham El Moussaoui *
Mercredi 7 Mai 2014

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