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La lente décrépitude des casbahs




La lente décrépitude des casbahs
Le patrimoine marocain est tellement riche qu’il est reconnu mondialement par les responsables du domaine ainsi que par les  organisations internationales. Cette richesse patrimoniale n’est que le fruit d’un certain nombre de facteurs, à savoir l’histoire, la géographie,  l’économie, la politique... Ces facteurs sont réunis pour faire du Maroc  l’une des destinations touristiques les plus visitées du monde malgré la  grande concurrence des pays de la Méditerranée comme la France, la Turquie ou  la Grèce, qui s’appuient sur leur patrimoine matériel et immatériel pour attirer les touristes. Toutefois, il est important de souligner que le patrimoine n’est pas forcément ce qui encourage les touristes à faire leurs valises et partir vers un pays ou un autre, mais ce sont plutôt les infrastructures, les services et la sécurité qui contribuent au développement de ce secteur. En même temps, cette richesse patrimoniale attire, de plus en plus, d’investissements. Or, sur le terrain, le constat est amer. Le tourisme est un secteur pilier de l’économie marocaine, mais la politique touristique nationale manque d’efficacité.
Au Maroc, comme un peu partout en Afrique du Nord, la culture amazighe est omniprésente. Elle a fortement marqué l’architecture, la musique et la vie quotidienne des habitants. Géographiquement parlant, cette civilisation occupait un large territoire qui allait de l’ouest de la vallée du Nil jusqu’à l’Atlantique (Les Iles Canaries) et de la Méditerranée au nord jusqu’aux pays du Sahel (Mali, Niger notamment). 
Les Amazighs ont toujours été un peuple fort et courageux. Le pouvoir et la puissance de cette grande et magnifique civilisation justifient l’origine de la plupart des villes amazighes qui ont cependant perdu leur identité après que la langue arabe s’est répandue avec l’Islam, ce qui donne l’impression que ce sont des villes arabes. Vu la richesse artistique (la musique, la danse), culturelle (la poésie, les contes, les mythes), linguistique et ethnique de la civilisation amazighe, les héritiers de la culture méditerranéenne d’aujourd’hui peuvent la considérer comme une de leurs civilisations mères. A Drâa, au sud-est du Maroc, les familles amazighes ont subi plusieurs changements au niveau de leur mode de vie ainsi que de leur relation avec les habitudes et les coutumes à cause de l’exode rural, l’émigration, l’urbanisation croissante.
Tous ces phénomènes socio-économiques ont vu le jour dès le début des années 70. Ces années étaient marquées par la construction du grand barrage d’El-Mansour Eddahbi (1972) à Ouarzazate sur Oued Darâa, ce qui a réduit et limité la quantité d’eau tout au long de la vallée sans oublier la forte sécheresse qui a touché la région. Tous ces éléments ont poussé les villageois à aller travailler dans les grandes villes.
Donc, ces superbes «châteaux» de terre rouge qui représentaient jadis la fierté des Draâouas (les gens de Drâa), sont actuellement menacés puisqu’ils tombent en ruine et risquent de disparaitre s’ils ne sont pas restaurés. Il s’agit, en effet, de la  disparition d’un élément irremplaçable du patrimoine amazigh, marocain et mondial, donc d’un pilier de tourisme tout au long de cette vallée. Il est important de signaler que le tourisme culturel est la forme la plus dominante à Drâa. Il a pour but de faire découvrir et visiter les  sites et les monuments historiques. La disparition des casbahs engendrera l’absence d’une grande majorité des touristes, ce qui va influencer négativement l’économie de toute une région.
A Agdz, plusieurs casbahs sont abandonnées malgré leur beauté et leur grandeur. L’une des casbahs les plus connues de la région c’est la casbah de caïd Ali qui a été fondée il y a plus de trois siècles. Elle est située au bord des champs sur une hauteur qui domine le côté gauche de l’oued Drâa. Cette casbah est entourée de tours pour assurer le contrôle de tous les côtés notamment les routes des caravanes, les canaux d’irrigation.
Elle est très endommagée et dans un état de dégradation avancée. La structure des casbahs est liée aux exigences climatiques, à savoir la canicule d’été (+45°C) et le froid d’hiver (+1°C). Les habitants utilisent les étages au rythme des saisons. En hiver, ils s’installent au premier étage et en été, ils occupent les étages supérieurs, donc, les casbahs sont parfaitement adaptées au climat de la région. Récemment, la construction au pisé ne constitue plus la technique la plus utilisée puisque d’autres techniques plus modernes ont vu le jour.
C’est le moment de remettre en question l’ensemble des stratégies touristiques. C’est le moment de valoriser le patrimoine matériel et immatériel au sud-est du Maroc qui reste inconnu du grand public. C’est le moment de restaurer les monuments historiques à Drâa, d’encourager la construction en pisé et de protéger l’identité architecturale. 

Par Lahcen Bouguerne
Mardi 14 Octobre 2014

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