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La grande mosquée de Moscou : Symbole de la loyauté des autorités à l’égard des musulmans




La grande mosquée de Moscou : Symbole de la loyauté des autorités à l’égard des musulmans
La Mosquée historique est construite dans le quartier moscovite de Zamoskvoretchié au début du XIXe siècle, en l’honneur de la vaillance des régiments tatars et bachkirs qui ont combattu contre Napoléon au sein de l’armée russe. Quelques années plus tard, une medersa est ouverte et la mosquée est agrandie, mais elle s’avère bientôt trop petite pour tous les croyants. De plus, certains musulmans doivent traverser toute la ville pour s’y rendre.
Vers 1894, la puissante communauté tatare habitant le quartier Mechtchanski demande aux autorités moscovites l’autorisation d’y construire une autre mosquée. Ce qui lui est refusé sous différents prétextes pendant plusieurs années.
Les plans sont dessinés en quatre mois. La construction d’une mosquée en pierre “avec des salles semi-enterrées et des galeries au rez-de-chaussée” débute le 25 juin 1904. Cinq mois plus tard, le 27 novembre 1904, le premier imam de la mosquée Badriddine Alimov demande à la municipalité de Moscou l’autorisation de célébrer le culte, ce qui lui est immédiatement accordé.
La construction de la mosquée a coïncidé avec la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et certains historiens sont enclins à penser qu’elle a été érigée, tout comme la première mosquée de Moscou, pour rappeler la vaillance des musulmans russes engagés dans les combats.
La mosquée devient le symbole de la loyauté des autorités russes à l’égard de ses sujets musulmans, ce qui est très important en cette période naissante de révoltes populaires.
La révolution de 1905-1907 permet l’épanouissement du mouvement national tatar, donc du mouvement musulman. Vingt deux représentants des communautés musulmanes de Russie, membres du parti “Ittifak al-Muslimin”, sont élus à la Douma de la première législature (1906). Des journaux en langue tatare et dans d’autres langues nationales paraissent non seulement à Kazan et à Orenbourg, les deux grands centres musulmans du pays, mais aussi à Saint-Pétersbourg et à Moscou.
La révolution de 1917 interdit tous les mouvements nationaux et religieux. De nombreux dignitaires religieux, dont des musulmans, sont victimes de la répression. La plupart des églises, synagogues et mosquées sont fermées et détruites en URSS, celles qui subsistent sont placées sous le contrôle strict des autorités.
L’Empire russe comptait quelque 12.000 mosquées au début du XXe siècle. Au milieu des années 1980, il n’en reste plus que 343 dont la plupart sont situés en Asie Centrale.
La Mosquée historique de Zamoskvoretichie est fermée dans les années 1930. L’imam khatib Abdoulla Chamsoutdinov est arrêté puis fusillé, accusé de fomenter des attentats contre trois usines, des gares ferroviaires et des ponts. Les autres imams de Moscou sont eux aussi victimes de la répression et le bâtiment de la Mosquée historique est confisqué aux croyants. Il ne reste plus que la Grande Mosquée aux fidèles moscovites.
Durant les années 1950, Moscou commence à promouvoir ses liens avec les pays de l’Orient. La visite de la Grande Mosquée est obligatoirement inscrite au programme des dirigeants orientaux qui effectuent une visite en URSS. Il s’agit de donner un exemple éclatant de l’amitié des peuples. Le président égyptien Gamal Abdel Nasser, le président indonésien Sukarno, le chef de la révolution libyenne Mouammar Kadhafi et d’autres chefs d’Etat africains et asiatiques ont prié à la Grande Mosquée.
La tradition de conduire les leaders étrangers à la mosquée de Moscou est maintenue après l’effondrement de l’URSS. Le cheikh Ravil Gaïnoutdine, président du Conseil des muftis et de la Direction spirituelle des musulmans de la Russie européenne, y a rencontré le président iranien Mohammad Khatami, les Premiers ministres libanais et malaisien, Rafik Hariri et Mahathir Mohammad.
Aujourd’hui, les leaders des pays musulmans en visite en Russie sont témoins d’une renaissance spirituelle sans précédent. En l’an 2000, le nombre des mosquées atteint presque le niveau d’avant la révolution de 1917. Rien qu’à Moscou, il y a six mosquées.
Mais la Grande Mosquée attire toujours des dizaines de milliers de musulmans pour qui prier dans ce lieu saint est une des traditions les plus chères.
A l’heure actuelle, la mosquée est un centre non seulement spirituel, mais aussi politique et social. Elle abrite le siège du Conseil des muftis de Russie que dirige le cheikh Ravil Gaïnoutdine.
L’Université islamique de Moscou est rattachée à la grande Mosquée. Dirigée par le recteur Marat-hazrat Mourtazine, elle dispense des cours d’arabe, de langues nationales et enseigne les fondements de l’islam aux adultes et aux enfants.
 Aujourd’hui Moscou compte près de 2 millions d’adeptes de l’Islam, sur une population totale de 8,533 millions (1er janvier 2003). La municipalité de Moscou et les autorités fédérales envisagent de reconstruire et d’élargir la mosquée, d’octroyer une aide financière aux autres mosquées.

Libé
Vendredi 26 Juillet 2013

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