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La frénésie des cours privés




C’est une nouvelle preuve de la crise de l’école publique;  une illustration de l’échec du projet d’un système éducatif national rêvé et pensé par les pères de l’indépendance.  L’année scolaire n’a pas encore livré tout son bilan, les résultats définitifs du bac ne seront connus que vers la dernière semaine de juillet mais déjà une frénésie s’est emparée du marché des cours privés. Les parents, les familles sont aux abois et vivent une véritable angoisse…décrocher par exemple le diplôme du baccalauréat n’est plus synonyme d’une délivrance. Il ne donne plus prétexte à la fête; au mieux, c’est une joie de courte durée qui cède la place à de grandes interrogations chargées d’incertitudes: que faire? Comment faire?...Les spécialistes des affaires juteuses s’emparent de ce nouveau créneau porteur pour proposer  des cursus de préparation afin d’accéder à des classes elles-mêmes préparatoires: un  circuit infernal où se livre une compétition discrète mais féroce. Il faut voir l’engouement des familles, les sacrifices déployés afin d’assurer à leurs enfants une issue dans cette jungle moderne pour se rendre compte de ce nouveau drame social: qui pour inscrire son fils nouveau bachelier dans un cursus fiable, qui pour assurer à sa fille un soutien en mathématiques ou en langue étrangère…Bref, la formation aujourd’hui est une course d’obstacles.   
Ce chemin de croix  commence d’ailleurs très tôt avec l’explosion intervenue vers les années 80 du parc des écoles privées à l’échelle élémentaire et primaire. L’école publique qui avait vu les jours dans l’enthousiasme des premières années de l’indépendance a été acculée à la faillite; délaissée, délabrée, livrée à elle-même, elle devient très vite   le refuge des “sans abri” scolaire; ceux qui n’avaient pas les moyens de se payer une scolarisation privée. Un système éducatif à deux vitesses a pris forme au sein de notre paysage social.  Une dichotomie qui va se prolonger avec la faillite du collège public, devenu le nouveau parent pauvre de l’enseignement public. Le lycée a maintenu une forme de résistance mais déjà la bipolarisation va toucher l’enseignement supérieur.  Et les bacheliers du lycée public sont obligés de se mettre en situation de trouver de nouveaux atouts pour affronter l’impasse universitaire. Les facultés ont perdu au niveau de leur image globale malgré les efforts louables menés ici et là autour des nouvelles filières mais la fracture scolaire est devenue un abîme et seules les familles fortunées ont les moyens de supporter la nouvelle guerre des classes au détriment de la cohésion sociale. La marchandisation de l’enseignement est devenue une donne tangible;  le savoir est devenu une valeur cotée en bourse; les parents la cible privilégiée des spécialistes du marketing. 

Mehdi Benomar
Mercredi 8 Juillet 2009

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