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La foresterie au Maroc : enjeux et perspectives




La foresterie au Maroc : enjeux et perspectives
Parmi les ressources naturelles, la forêt joue un rôle essentiel : c’est unécosystème multifonctionnel qui imprime sa marque sur le paysage, tout en apportant une contribution fondamentale à l’amélioration du climat, à la protection contre les risques naturels, à la récréation, etc. Elle revêt aussi une grande importance dans la réduction de la pauvreté en tant qu’élément essentiel du système de production rural, constituant un espace vital fonctionnel avec tous ses produits.
 Le domaine forestier national couvre 9 millions d’hectares et connaît une diversité biologique importante qui le place au 2ème rang, dans le bassin méditerranéen, après la Turquie. La forêt marocaine n’est pas seulement un système écologique ouvert où l’homme trouve les conditions nécessaires à son existence et à son épanouissement mais un produit social, celui d’une économie et d’une forme d’exploitation à l’origine de l’émergence d’interactions conflictuelles entre des activités humaines et des contraintes écologiques devenues de plus en plus fortes.  Les problèmes et contraintes de la foresterie au Maroc sont nombreux et complexes. Ils sont liés :
1. A la forte pression d’une population riveraine,pauvre et intimement dépendante de l’exploitation des ressources naturelles se traduisant par une demande accrue en bois de chauffage, en parcours et à la pratique des délits ; 2. Aux conditions climatiques aggravantes, notamment pour la régénération et la santé des peuplements; et 3. Aux modes de gestion et d’aménagement adoptés (approche trop conservatrice induit par un stockage du matériel sur pied et par conséquent une prédisposition au dépérissement, insuffisance de moyens humains et matériels permettant la sauvegarde et la valorisation des ressources, l’approche concertée et  participative prônée reste insuffisante et ne permet pas une sauvegarde réelle des ressources naturelles).
 Parmi les enjeux auxquels doit répondre la foresterie au Maroc, on note :
 1.  Les changements climatiques constituent l’un des plus graves problèmes environnementaux auxquels le Maroc est confronté. Le réchauffement continu de la température déclencherait une vaste gamme de problèmes climatiques qui pourraient avoir des répercussions considérables sur l’environnement, la santé et l’économie. Le Maroc avec son climat méditerranéen et une aridité structurelle commence à connaître des événements extrêmes (inondations, sécheresses accrues, perte en biodiversité et transformation dans les structures et architectures des peuplements ; migrations des espèces en latitude et en altitude ; dépérissement et difficulté de régénération d’un certain nombre d’espèces emblématiques). Ainsi, il est devenu impératif d’intégrer la composante adaptation aux changements climatiques dans les planifications stratégiques et programmes opérationnels avec une urgence d’opter pour des approches proactives permettant de limiter ses effets.
 2.     La valorisation des ressources : A travers le monde, la plupart des décisions de planification et de mise en valeur sont prises en fonction de facteurs économiques, obéissant aux forces qui s’exercent dans un système de libre-échange. Si ce nouveau paradigme porte en lui ses propres limites et ses propres risques, il serait utopique de l’ignorer et de fonder nos efforts en vue de l’utilisation rationnelle de l’environnement sur des valeurs entièrement différentes. On dit souvent que la forêt marocaine contribue pour près de 2% au PIB agricole et 0.4% du PIB national. Cette contribution ne tient compte que des valeurs d’usage directe réalisées dans le cadre de filières économiques intégrées au marché. Sa contribution réelle est estimée à 10% du PIB agricole si l’on tient compte des revenus tirés directement par les populations riveraines.
La prise en compte des autres aspects (oxygène,récréation, protection des eaux, des sols et de la biodiversité…) ramènerait ce taux à des proportions nettement supérieures. Le déficit en connaissance et la sous-valorisation du rôle économique des ressources forestières marocains ont des conséquences directes, en particulier la pénalisation de la forêt dans la stratégie d’affectation des terres par rapport aux autres formes d’utilisation de l’espace; l’insuffisance des ressources financières destinées au secteur forestier au profit de besoins à rentabilité immédiate; le transfert de valeur ajoutée importante générée par les forêts aux autres secteurs de l’économie; une faible incitation à l’investissement privé en forêt et la reconstitution des peuplements forestiers : Pour ce volet trois questions sont à poser : Pourquoi nous reboisons? Est-ce qu’il n’existe pas d’autres moyens pour reconstituer nos forêts autres que le reboisement ? Est-ce que notre approche actuelle du reboisement est la meilleure pour assurer la reconstitution ?
La réponse à ces questionscruciales et qui sont le cœur du métier du forestier ne peut avoir lieu que dans le cadre d’un débat national où seront conviés les forestiers, les chercheurs, les enseignants, les professionnels… je note que la majorité des aménagements forestiers, entrepris jusqu’à présent, recommandent deux passages au niveau des groupes de régénération. Dans le premier passage, il faut tabler sur la régénération naturelle, en prévoyant, parfois, de l’assister par des crochetages et apport de graines. Ce n’est qu’au deuxième passage et en cas de non installation de la régénération naturelle qu’on peut faire appel à la régénération artificielle par plantation.
Cependant, il y a lieu de reconnaître que le reboisement est une chaînecontinue, constituée de plusieurs maillons interdépendants, qui débute depuis la récolte des graines, en passant par la production de plants sains et vigoureux, jusqu’à la préparation du sol, les travaux de plantation et d’entretien. Sans oublier qu’il faut d’abord commencer par l'identification des caractéristiques écologiques du site proposé pour le reboisement et de l'essence qui s'y adapte, des techniques à suivre et
surtout assurer son acceptation sociale. La réussite de l’opération finale reste tributaire de la bonne exécution de chaque maillon de la chaîne.
La mise en défens est une pratique utilisée par les forestiers pour protéger une zone après une intervention sylvicole qui pourrait mettre en péril le renouvellement de la forêt si cet espace n’était pas protégé contre le bétail. Considéré comme une soustraction «temporaire» au droit d’usage et en vue d’éviter les conflits avec les usagers au moment de sa mise en place, l’administration forestière a instauré une compensation d’une valeur de 250 DH/ha, à condition que les usagers s’organisent et respectent la mise en défens. Cette mesure qui reste insuffisante et doit être accompagnée, notamment par la conclusion de contrats de partenariat entre l’administration et les usagers de l’espace, permettant une meilleure utilisation des ressources, sous l’encadrement des forestiers (actions de dépressage encadré, fauchage dans les mises en défens, activités forestières comme le reboisement..), la réalisation d’actions de développement socio-économiques, l’utilisation de l’indemnisation pour réduire la pression pastorale et l’amélioration génétique du troupeau en visant une réorientation des pratiques pastorales actuelles vers un élevage intensif plus rentable.
L’évolution démographique des zones péri-forestières accentue la demande en terres agricoles et crée des besoins croissants en bois et en ressources pastorales : Le domaine forestier marocain est délimité et géré par l’administration des eaux et forêts, à qui incombe la responsabilité de sa sauvegarde, son développement et sa valorisation. Les riverains de cet espace, reconnus dans les PV de délimitation comme bénéficiaire de droits d’usage, se trouvent souvent dans des conditions climatiques et de précarité extrêmes.
Ces Marocains, très dépendants des ressources naturelles, forestières particulièrement, perçoivent ces ressources comme une alternative compensant le retard de développement enregistré par le Maroc au niveau de ses zones enclavées, surtout montagneuse. Si auparavant l’exercice de droits d’usage se faisait en équilibre avec les capacités de production des écosystèmes forestiers, il n’est plus le cas actuellement et peut compromettre la pérennité des ressources à moyen et long termes. Le système de production est devenu « sylvo-pastoral » avec une faiblesse des filières économiques en aval (viande, lait, laine, bois) et des tendances pouvant conduire
à la disparition de l’espace collectif pastoral par une sédentarisation accélérée des éleveurs, associée à une «melkisation» des terres collectives, fixation des troupeaux en montagne et arrêt des mouvements de transhumance. Les aménagements, entrepris par les forestiers, ont essayé de répondre à cette problématique et ont adopté une démarche participative et concertée.
Effectivement au moment de la réalisation de ces aménagements,plusieurs analyses liées à la zone péri-forestière et des analyses de
filières prometteuses sont réalisées ; aussi des ateliers participatifs sont-ils tenus avec les usagers de l’espace, et leurs remarques et suggestions sont traduites au niveau du plan d’aménagement forestier et au niveau d’un schéma d’aménagement de la zone péri-forestière. Le problème se pose au moment de la réalisation des prescriptions des aménagements forestiers, qui reste tributaire, d’après l’approche suivie (concertée et participative) de la réalisation des actions prévues au niveau du schéma d’aménagement de la zone péri-forestière, qui ne dépend pas, généralement, des compétences et des attributions des forestiers, mais d’autres départements ministériels (agriculture, travaux publics, intérieur…). Les usagers de l’espace sont, aujourd’hui plus que jamais, conscients qu’ils ont une carte gagnante à jouer, celle des ressources naturelles au travers desquelles ils essaient d’imposer une dynamique de développement de leurs territoires.
Les zones de montagne sont considérées comme le château d’eau du Maroc et participent pleinement à la régulation et à la mobilisation des ressources hydriques qui seront utilisées pour l’agriculture, l’eau potable ou pour la production d’électricité. Dans ce sens, on demande aux habitants des zones de montagne de conserver les ressources naturelles, et ainsi conserver les ressources en eau, alors qu’ils n’en tirent pas un profit direct, sinon cette eau constitue une menace permanente, vu les dégâts causés en cas de crue et d’inondations. En l’absence d’une vraie politique de montagne et des formes de compensation équitable et raisonnée des services rendus, l’effort de conservation assuré, jusqu’à présent, par les zones de montagne risque de ne pas être éternel.
Les pratiques délictueuses sont devenues monnaie courante. Les délits decoupe de bois vifs, à travers des bandes organisées, menacent, considérablement, la pérennité des peuplements. S’ajoutent aussi les coupes d’écimage, d’émondage et d’ébranchage, fréquents par endroits, et pendant certaines périodes de l’année. Les forestiers, seuls, ne peuvent apporter une solution efficace et durable à ce problème. Une résolution, en profondeur, de ce problème inquiétant doit intégrer deux approches, faisant intervenir tous les acteurs concernés (Gendarmerie Royale, autorités provinciales et locales, CR, départements gouvernementaux, HCEFLCD usagers…) :
1. Application stricte de la législation en vigueur en vue d’arrêter l’hémorragie (pour cela, il faut mettre des moyens humains etmatériels conséquents, pour veiller et suivre l’évolution des peuplements, patrouiller au niveau des grands axes routiers et juguler le marché informel existant lié à la vente de bois illicite au niveau du consommateur final) ;
2.Approche de développement socioéconomique intégrée des zones péri-forestières, en faisant profiter les populations riveraines de leurs ressources, d’une façon légale, encadrée et contractuelle.
Les communes rurales connaissent un essor de développement grâce au patrimoine forestier situé sur leur territoire. En vertu du «Dahir de 1976» relatif à l’organisation de la participation des populations au développement de l’économie forestière, les communes rurales perçoivent l’intégralité du montant des ventes des produits forestiers issus de leur territoire, à condition de verser au moins 20% du montant pour réaliser des actions à caractère forestier. Chose qui ne se fait pas généralement et les usagers des espaces forestiers ne sentent pas, généralement, une amélioration de leurs conditions de vie suite à l’utilisation de ces recettes. Chose qui les pousse à s’opposer de plus en plus aux travaux de sylviculture et de reconstitution. Dans ce sens, il serait peut être judicieux de réfléchir sur les  moyens permettant à une partie de ces recettes d’aller directement, dans un cadre contractuel, aux associations d’usagers pour en faire des projets de développement socioéconomique et d’amélioration des revenus.
D’après ce qui précède, la stratégie pour le développement de la forêtmarocaine doit prendre en compte deux dimensions importantes :
- Ladimension de développement humain, à travers le développement local et la création d’activités génératrices de revenus ;
- La dimension écologiqueet de pro-activité envers les changements potentiels. Cette stratégie doit se baser sur une approche participative et partenariale à travers la responsabilisation des acteurs locaux pour la réalisation des plans de développement des massifs, sur une base contractuelle et partenariale.
 Une vision patrimoniale de la forêt marocaine où tous les acteurs et départements concernés par cet espace, seront réellement impliqués dans le partage des responsabilités de développement de ces zones pourrait apporter des solutions adéquates et durables. Aussi, les forestiers responsables de la préservation et du développement de ce patrimoine et qui œuvrent, souvent, dans des conditions particulièrement très difficiles, sacrifiant leurs vies sociale et familiale, et mettant en péril parfois leur vie, doivent sentir, pour un meilleur rendement, que leurs efforts sont reconnus et valorisés, surtout que la gestion des ressources naturelles n’est plus une affaire d’Etat, mais une affaire mondiale.

Par Mohammed Benslimane
Lundi 4 Juillet 2011

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