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La faute politique de Mohamed Ouzzine

Le ministre de la Jeunesse et des Sports limogé par le Roi




La faute  politique de Mohamed Ouzzine
Premier Conseil de gouvernement de l’année 2015 ce jeudi 8 janvier sans Mohamed Ouzzine. Celui qui a été ministre de la Jeunesse et des Sports dans l’Exécutif Benkirane a présenté sa démission au chef du gouvernement qui l’a soumise au Roi. Et mercredi 7 janvier, aux environs de 15 heures, la première alerte de l’Agence Maghreb arabe presse tombe : le Souverain a démis de ses fonctions Mohamed Ouzzine, suite aux résultats de l’enquête effectuée après le scandale de la pelouse inondée du Complexe Moulay Abdellah, à Rabat. Un tweet du ministère de la Communication a très vite confirmé la nouvelle en donnant un peu plus de détails : le Souverain a accepté la démission du ministre de la Jeunesse et des Sports. L’information fait le tour des rédactions et des états majors partisans. Pas vraiment une surprise pour le personnel politique appartenant à la coalition gouvernementale. Pour Mohamed Ouzzine, les dés étaient jetés depuis plusieurs semaines déjà.
« La décision de départ de M. Ouzzine était prise depuis une semaine. C’était inéluctable. Nous savions qu’il devait quitter le gouvernement. C’était juste une question de jours. Laenser a bien essayé de résister, tentant de défendre jusqu’au bout l’un des siens. Mais il s’est très vite rendu à l’évidence. La responsabilité politique et administrative du ministre de la Jeunesse et des Sports dans la rénovation du stade était clairement engagée», confie un ministre en vue.
En fait, et selon nos informations, Abdelilah Benkirane attendait le retour du chef de l’Etat, en voyage privé en Turquie avant que la procédure ne soit lancée : rien ne pouvait être décidé en l’absence du monarque. « Si le chef du gouvernement propose la nomination ou la démission de ministres, c’est le Roi qui nomme ou démet de ses fonctions, sur proposition du chef du gouvernement, un ministre. Selon le communiqué du Cabinet Royal, le ministre de la Jeunesse et des Sports, informé du contenu du rapport qui le met en cause, a demandé au chef du gouvernement de soumettre à l’appréciation Royale une requête pour qu’il soit démis de ses fonction. Fort de l’article 47 de la Constitution, le Roi a limogé M. Ouzzine, celui-là même qui en a fait la demande auprès du patron de l’Exécutif», explique un constitutionnaliste.
A l’évidence le ministre de la Jeunesse et des Sports, éclaboussé par le scandale du complexe Moulay Abdellah survenu en plein Mondialito, a été poussé vers la sortie. Sa démission –trop tardive- est une manière de lui sauver la face.
Il n’empêche, c’est une première sous le régime de la Constitution adoptée en 2011. La démission d’un ministre mis en cause dans une enquête est un signe de bon fonctionnement des institutions. Le communiqué du Cabinet Royal ne manque pas d’ailleurs de le souligner. Une fois informé du contenu du rapport d’enquête conduite par le ministre de l’Intérieur et celui de l’Economie et des Finances et «partant de l’esprit de responsabilité» , Mohamed Ouzzine a présenté sa démission. Ainsi donc, il n’est pas interdit de démissionner, contrairement à ce que font valoir les responsables gouvernementaux qui prennent trop goût aux lustres de la ministrabilité. « Il est sûr qu’Ouzzine a évolué au fur et à mesure que l’enquête avançait. Au lendemain du scandale, il criait haut et fort qu’il ne démissionnerait jamais et que sa responsabilité politique n’était pas engagée. Souvenez-vous, il avait même traité les Marocains qui diffusaient les images de la pelouse inondée de traîtres et de cinquième colonne. Les choses ont très vite changé quand le Roi est intervenu le 19 décembre en le suspendant partiellement de ses fonctions et en ordonnant une enquête. Sur le plan sémantique, on a vu les éléments de langage des Harkis évoluer. Laenser est allé jusqu’à déclarer à la presse que si la responsabilité de Mohamed Ouzzine est établie, il démissionnera du gouvernement. « Oublié le temps des déclarations fracassantes de la belle-mère du ministre de la Jeunesse et des Sports et dame de fer du Mouvement populaire qui affirmait à la presse que son gendre était ministre et non pas plombier ou maçon », rappelle un brin ironique ce journaliste. Les dysfonctionnements, les défaillances, les erreurs commis dans le processus de contrôle des travaux réalisés dans le Complexe sportif Moulay Abdellah ont été relevés dans le rapport qui établit clairement «la responsabilité politique et administrative directe du ministère de la Jeunesse et des Sports, ainsi que celle de l'entreprise, dans les dysfonctionnements enregistrés au niveau de la réalisation de ce projet». La liste est longue. Elle a surtout été rendue publique dans le communiqué du Cabinet Royal: défauts dans le drainage des eaux, aménagement de la pelouse du stade ne respectant pas le cahier des charges, lacunes dans la qualité des travaux effectués par l’entreprise en charge du projet, dysfonctionnement dans le processus de contrôle réalisé par le ministère de la Jeunesse et des Sports ainsi que le maintien de la programmation du Complexe sportif Prince Moulay Abdellah pour abriter une grande manifestation sportive internationale alors que le stade risquait de ne pas être prêt comme cela a d’ailleurs été le cas.
Qui succèdera à Mohamed Ouzzine à la tête du département de la Jeunesse et des Sports? Une chose est sûre: ce sera un Haraki. Et jusqu’à jeudi, le secrétaire général du MP, Mohand Laenser, n’avait encore fait aucune proposition à Abdelilah Benkirane.

Narjis Rerhaye
Vendredi 9 Janvier 2015

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