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La famille de l’ex-Premier ministre congolais va déposer plainte : 12 Belges accusés dans l’assassinat de Patrice Lumumba




La Ligue francophone des Droits de l’homme accueillait mardi en ses locaux bruxellois une conférence de presse de la famille Lumumba, venue expliquer la plainte qu’elle se prépare à déposer en Belgique contre “12 Belges” pour leur rôle dans la torture et l’assassinat, le 17 janvier 1961, de l’ancien Premier ministre du Congo Patrice Lumumba.
“Notre combat principal est la lutte contre l’impunité”, a rappelé le président de la Ligue, Benoît Van der Meerschen, pour expliquer la décision de son organisation, “parce qu’il est impossible de reconstruire une société quand les plaies restent béantes”.
C’est l’aîné des enfants de la victime, François Lumumba, qui, “représentant la famille” va déposer la plainte, sur laquelle les avocats belges Christophe Marchand et Annemie Schaus “travaillent depuis plusieurs mois avec des confrères étrangers”, ont-ils précisé.
L’écrivain flamand Ludo de Witte, dont les travaux avaient suscité la mise sur pied d’une commission d’enquête parlementaire belge sur l’assassinat (2001) a rappelé les faits, soulignant que le Congo avait connu à l’époque “une sorte de guerre civile entre provinces et au sein du Katanga” entre partisans et opposants à Patrice Lumumba. “Là-dessus s’est greffée une intervention militaire belge qui a donné au conflit un caractère international” - et de citer un diplomate belge selon qui le régime sécessionniste katangais n’aurait pas tenu sans le cadre belge de sa gendarmerie, dirigée par le lieutenant-colonel Vandewalle, “muni d’un ordre de mission du ministère belge des Affaires africaines”, ajoute Ludo de Witte.
C’est sur ce caractère international que la plainte est basée. Me Marchand explique en effet que puisqu’il y a “conflit armé international”, les crimes commis alors peuvent être considérés comme “des crimes de guerre, imprescriptibles pour la loi belge”. Selon ce raisonnement, “les gens nommés par la commission d’enquête belge et celle, antérieure, menée par l’ONU - sources non contestées et officielles - lorsqu’ils sont toujours en vie, peuvent être poursuivis en justice”.
Me Schaus a rappelé pour sa part que “beaucoup d’obscurité demeure” dans cet assassinat, malgré les deux commissions d’enquête. Elle souligne ainsi que “l’acte de décès” de la victime “est lui-même un faux” et que “le droit à la vérité est un droit de l’homme”.
Parce que la plainte n’a pas encore été déposée, les deux avocats ont cependant refusé de donner le moindre détail sur les personnes qu’elle vise. Elle ne repose toutefois pas sur la loi de compétence universelle: “les personnes visées sont belges et nous sommes en Belgique”, a souligné Me Schaus.
En réponse à une question, les avocats ont indiqué que la Fondation Lumumba annoncée en 2001 par l’alors ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel, en guise de geste réparateur au vu des responsabilités dans l’assassinat des autorités belges, responsabilités mises en lumière par la commission d’enquête, “n’a pas été créée”.
Guy Lumumba a souligné que la famille ignore l’endroit où reposent les restes de son père. Ludo de Witte a rappelé qu’à l’époque de la commission d’enquête belge, l’ex-policier Gerard Soete - décédé durant les travaux de cette dernière - avait avoué à des journalistes flamands et allemands avoir longtemps conservé “deux dents” de Patrice Lumumba. Interrogé ensuite sur ce point, il avait dit “les avoir jetées dans la mer” du Nord, mais Ludo de Witte affirme que l’ex-policier lui a laissé entendre en privé que c’était pour avoir la paix. “Après son décès, j’ai appris qu’il y avait eu une perquisition chez lui, qui n’aurait cependant rien donné”, a ajouté l’écrivain.
Le président de la Ligue des droits de l’homme a commenté l’épisode Soete: “Je frémis de penser que la Belgique s’est contentée d’un constat et n’a rien fait d’autre en matière de justice dans cette affaire, alors que certains détenaient des trophées” pris sur la dépouille “de Lumumba”...
Enfin, Me Marchand a souligné que “la Belgique est très active en matière de droit pénal international, mais elle doit d’abord balayer devant sa porte”. Interrogée sur d’éventuelles “pressions” des autorités belges, Me Schaus a indiqué qu’elle pensait que le temps passé depuis l’assassinat “va permettre une plus grande indépendance de la justice belge” sur ce sujet et espérer “qu’il n’y aura pas de pressions”.

D’après La Libre Belgique
Jeudi 24 Juin 2010

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