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La fable du chien et du bébé




Un couple épris d’amour sincère, venant de se marier, le temps de s’équiper, pour éviter les affres des crédits, adopte un canidé.  Un jeune chiot de belle race, en guise d’enfant, sans comédie. Altruisme de ces amours des bêtes et des civismes non-dits. Ils adoptent avec la pilule, un chien donc, nommé pour faire rire, Dolby.  Pendant longtemps, frère, fils et gadget, le canin familier fit leurs joies, partageant la table, le pain, le champoing, la brosse et le bain, et parfois le divan du salon ou leur lit jusqu’au matin. Pour un peu, il aurait appris à lire, les caractères écrits et ceux de l’esprit, et aussi à parler, sinon sur Facebook chaque jour, à surfer. Une addiction, une drogue, une perte de temps, c’est vite appris.
Malgré son exil, au sud comme il se doit, ayant pris du ventre et cessé de fumer, un jour qu’il avait  grimpé de grade, notre commandant dit à sa femme marrakchie, de se retourner, non pas chez elle, mais là ! Afin d’éclairer de joies leur amour, leur avenir et leur lit, pour fabriquer un ange, faire un petit, comme on dit. Il brillera d’intelligence le jour et éclairera de mille feux leurs nuits.  Adam ou Eve, Soleil, Lune ou Nour, il aura un nom et un compagnon. Un frère en l’occurrence, de leur chien, pardi. Le chien, aîné fidèle, le premier, fut jaloux du puîné. Mais il fut vite sensible aux câlins redoublés de ses protecteurs et amis. Des excuses en somme ! N’est-il pas inscrit dans leur passeport et leur livret ? Il tend l’oreille, les chiens en ont de parfaites.
Il voit l’écho chez le gynéco. On lui présente le bébé qui bouge. Il attend lui aussi de voir et de sentir cet autre ET!  Il est venu. Fiat lux ! La grande maison s’éclaira. Chacun avait sa chambre, ses jouets, son nonos, sa peluche ou sa poupée dans son lit. Il fallait bien que le couple, fort discret, ait encore d’intimes envies. Alors vive l’indépendance de chacun dans sa famille ou en son pays.
Un soir, endormi après de belles ardeurs, et sur de célestes cieux, encore accroché, notre héros fut surpris par des aboiements et des cris!  Tremblant, coléreux comme il se doit, amis apeuré, il pense en même temps au bébé et au canidé. Il se leva impromptu pour s’enquérir de ce qui se passe, car il n’avait pas trop bu.  Le drame était à son comble. Des fictions, il en avait sur la presse trop lu. Des drames dans les familles, il en avait au tribunal trop vu. Il commence par le salon, là, il le voit, le chien, tout étendu, sanglant. Il pense aux victimes des guerres. Il avait perdu bien des amis et à la télé trop vu, impuissant, inutile, à regret. A bas les colons ! Vous m’avez, compris!
La démocratie chez Dieu est de laisser les hommes, librement s’occuper de leurs affaires, sans l’obliger à intervenir… Et le destin et la miséricorde, les miracles, qu’en fais-tu ? Le traître gît là. Sale chien ! Pense-t-il! Un rictus effroyable dessine ses canines développées. Le sang, rouge comme le nôtre, gicle de sa gueule noire et serrée, parmi les nauséabonds crachats qui coulent sur le tapis. Couché sur le côté gauche, sa bave sort de ses narines élargies. Ayant peur pour le bébé, il veut d’abord comme, l’expert qu’il est, éliminer l’ennemi.
Liquider le traître et déloyal criminel. Son nabot, son Nabil, son cabot, son Aminatou Sabri, l’extrême terroriste, qui fait le Daech, maintenant chez lui. As-tu oublié tout ce que j’ai fait pour toi ? Les câlins, les promenades, les sorties, les biscuits de marque, les viandes pour chiens ? Les médicaments, les vaccins, les chiennes que je te faisais venir pour calmer tes ardeurs et leurs chaleurs afin de les engrosser ! Et laisser ta progéniture chez les gens bien, comme héritage de ta race et comme postérité…Une fortune que j’ai perdue, pour toi, et qui n’est guère remboursée par la Sécu ! Tout cela, ça a été pensé en un éclair de temps.
Etendu, le chien noir, fait peur au militaire blond. Il va se lever et lui sauter dessus. Il mérite la mort. La lame du « tcharmil » qu’il avait gardée, au grand dam de sa dame, plonge, frappe et replonge dans le corps de l’animal étourdi. Là, entre les côtes, là dans le cœur, elle perce les entrailles de l’animal inconscient, qui ne verse ni cri ni profère d’aboiements.
L’animal ingrat, fait enfant et ami à la fois, est mort ! Mort, tué par la main de son maître et père à la fois ! Anéanti. Je vous fais grâce de ce qui lui coule de derrière, ce qui n’ajoute rien à la bonne  description ni à la religiosité, toute pudique des moralistes que nous sommes.
Ayouch n’étant pas là, je ne peux verser dans son style, excrémentiel ou bellement érotique, sans impunité de votre part, lecteurs. Le chef est aux larmes. Il pense au fils, à son état et son destin ! Anéanti, lui aussi !  Bref, puisque l’on s’est dans le verbiage trop attardé, le chef se dirige vers la chambre du fils. L’horreur est à son comble. Le lit est sanglant avec des tâches rouges qui dégoulinent sur le petit. Un serpent est tapi à ses côtés. Pour une fois et à regret, l’enfant turbulent s’est assagi. Le chef est devenu livide comme un spectre, un revenant, un mort vivant. Le chef, tel un zombi de l’espace, bouge sa torche et fait de la lumière. Il n’en croit pas de ses yeux. L’enfant, le sien, ne fait que dormir, sagement, il respire, lentement comme le ferait une musique angélique, sans être aucunement stressé. Et comble de bonheur et d’abattements pour le père, heureux en pleine scène tragique, il sourit ! Vite, vite l’hôpital…Mais c’est lui le médecin.
 Son fils, Moussa, baigne au milieu d’un Nil de sang. Un sang curieusement limpide mais stagnant, qui s’est arrêté de couler. Il finit par remarquer que le serpent n’a pas de tête !  Que s’est-il donc passé ? Devinez !  Le chef, heureux, perplexe et complexé, revient sur ses pas et va vérifier le cadavre du chien. Sa gueule, maintenant béante, laisse voir à la lumière, la tête du naja, toute collée sur la langue du chien qu’elle avait mordu et de par son venin mortel, tué. Le venin rend le sang incoagulable !  Vous comprenez que le chien, entendant le sifflement du serpent à sonnettes, a des  réminiscences !
« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? ». Ce vers du passé, lui revient à l’esprit. Il n’est pas du tout sot, l’animal ! Il avait senti le danger qu’encourait son jeune ami, Moussa. Le fidèle et courageux chien court, court et saute! J’en ai la chair de poule.
 Dans la pénombre, il s’est rué dans la chambre pour sauver le petit. Sans bruit, une bravade de héros, qui mérite des lauriers, un poème épique! Ya Maâlem !  Ainsi font les hommes de grand acabit. Ils s’empressent de punir, de châtier pour se venger. Difficile de leur en vouloir, à nos maîtres, n’est-ce pas ? Car, en cas de danger, il ne faut pas tergiverser, mais oser et y aller de ce pas.  A vous messieurs, qui nous regardez, sans haine mais avec un doute discourtois, je vous lance cette exorde  pourtant. Hâtez-vous de comprendre, avant d’occire bêtement.  
Morale de l’histoire : méfiez-vous des chiens, même si ce sont vos proches gardiens. Ils peuvent adopter vos enfants et prendre pour cibles vos épouses. Méfier-vous des chiens, sincères et droits, ils peuvent être plus fidèles en amitié que les humains. Mais, si vous leur arrachez un os, attention à vos doigts. Ça s’est  passé hier chez les plus grands et ça pourrait se passer demain sur votre prochain. L’homme, les canidés et les félins sont inconstants. Courageux et loyaux, souvent tendres et reconnaissants, leur amitié peut les pousser au sacrifice suprême, si ce n’est à votre pire trépas.  

 *  Président de l’Association des amis des myasthéniques au Maroc

Par le Dr. Moulay Ahmed Idrissi
Mercredi 26 Août 2015

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