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La énième ineptie de Lahcen Daoudi


Le ministre de l’Enseignement supérieur condamne à mort les étudiants non anglophones



Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Lahcen Daoudi est, à vrai dire, un obstiné du radotage. En effet, depuis qu’il est à la tête de ce département important, il n’a cessé d’errer de bricolage en rafistolage. 
La dernière illumination du ministre  pjdiste est celle exigeant des étudiants de maîtriser la langue anglaise, sinon ils ne pourraient pas soutenir leurs thèses, tout en sachant que la plupart des ministres ne maîtrisent nullement l’anglais. Y compris lui-même et le chef du gouvernement qui s’est récemment rendu en Belgique en vue de recevoir des cours intensifs d’anglais.
A titre de rappel, Daoudi est titulaire  d'une  licence,  d'un  DEA  et  d'un  doctorat  de 3ème  cycle  en  sciences économiques délivrés par l'Université de  Lyon, en sus d'un doctorat dans la même discipline obtenu à l'Université de droit de Fès ; diplômes qui ne portent nullement la marque de fabrique de la langue de Shakespeare. Loin s’en faut.
Et cerise sur le gâteau, pour cet homme qui manie avec une excellente maîtrise les langues arabe et française et qui ne s’est jamais exprimé publiquement en anglais, cette dernière langue est la plus importante au monde. Il a d’ailleurs déjà dit dans un entretien en 2014 avec «La Vie économique» que «c’est l’anglais qui est maintenant la langue des sciences. Les Français eux-mêmes n’ont plus le choix, l’anglais leur est devenu indispensable. Qu’on fasse nos études en arabe, en français ou en russe, l’anglais s’impose à tout le monde». Il a également affirmé dans un entretien accordé à un quotidien marocain que «l'on ne maîtrise ni l'arabe ni le français, donc il faudrait surtout maîtriser l'anglais, et étudier alors en arabe, et ce pour mieux profiter des références scientifiques qui sont surtout en anglais».
Personne ne conteste le fonds de cette déclaration du ministre de l’Enseignement supérieur, mais le fait de l’appliquer illico aux doctorants actuels sans passer par une phase transitoire et de les priver de soutenir leurs thèses dès septembre prochain en a laissé perplexe plus d’un.
Tout le monde sait, certes, que l’utilisation d’une langue commune est une nécessité vitale pour la recherche, que l’anglais s’est imposé à ce propos et que cette situation sera bien difficile à modifier.
Le simple réalisme impose donc à tous les chercheurs, s’ils veulent faire connaître leurs travaux, de les publier en anglais, sinon ils seront condamnés à n’être connus que par la petite fraction des scientifiques du domaine qui sont capables de lire cette langue (environ 2 % en ce qui concerne le français), et à être ignorés par tous les autres. C’est donc les condamner à n’avoir probablement aucune influence sur le cours de la science. C’est aussi les priver du regard critique des meilleurs spécialistes internationaux du sujet, ce qui peut être rassurant pour certains chercheurs, mais qui est aussi une perte de chance pour la qualité de leurs travaux. 
Mais est-ce le cas pour des thèses de doctorat qui, généralement et à part quelques rares exceptions, ne sont qu’une compilation et une mise en perspective d’un savoir issu de travaux de recherche fondamentale ou appliquée?
En outre, n’était-il pas du devoir d’un ministre qui préside aux destinées du ministère de  l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation des cadres depuis le début du mois de janvier 2012 de mettre en place avec diligence un système qui aurait pu durant les quatre années et des poussières de son mandat solutionner le problème dont il a parlé en cette veille d’élections législatives d’une manière aussi populiste qu’inacceptable ?
Inacceptable ? Les posts sur Facebook et les commentaires sarcastiques qui ont fusé sur la Toile en attestent. A titre d’exemple, un internaute a rappelé que «le ministre dit que l’étudiant ne peut obtenir son doctorat s’il ne maîtrise pas l’anglais et que cette décision entrera en vigueur dès septembre prochain. Mais la question qui s’impose : tous les ministres pjdistes maîtrisent-ils l’anglais ? Les dirigeants qui ont soutenu leurs masters et doctorats dans des langues autres que l’anglais seront-ils concernés par cette décision ? Et puis le gouvernement permettra-t-il aux étudiants du peuple de bénéficier de bourses pour apprendre l’anglais tout en sachant que les coûts de ces cours sont très élevés? ».
Pour sa part, Abdelkrim Madoun, président du Syndicat national de l’enseignement supérieur, a vivement critiqué cette décision de Lahcen Daoudi tout en la qualifiant d’absurde et d’illogique, car « elle est tout bonnement loin de la réalité ».
Dans une déclaration à Libé, il a affirmé que le ministre de l’Enseignement supérieur n’a pas le droit de décider à ce propos, car les enseignants chercheurs et les laboratoires dont dépendent les étudiants connaissent à merveille la réalité du terrain et peuvent décider en conséquence. 
Pour lui, « l’idée en soi n’est pas mal, mais l’appliquer sans préparation, sans étude et sans concertation avec le corps enseignant, est une absurdité. Ce changement nécessite au moins une stratégie s’étalant sur plusieurs années ». Et de conclure que les appels répétitifs des dirigeants du PJD à la substitution de l’anglais au français sont intimement liés à «l’idéologie de ce parti qui s’acharne contre la langue française ».
Leurs élus avaient d’ailleurs déposé, en mars 2014, une proposition de loi, exigeant de l’Etat une « protection de la langue arabe (…) à l’oral comme à l’écrit», « sa préservation de toutes les influences étrangères » et « l’élaboration de programmes et de plans (…) à même de rehausser son niveau et la généralisation de son usage ». Poussant leur logique jusqu’au bout, ils avaient même prévu des amendes allant jusqu’à 5.000 DH contre les messages publicitaires diffusés dans une langue étrangère et dit non à la généralisation du baccalauréat français dans l'enseignement public. Mais des encouragements à apporter à l’étude de l’anglais, nenni. A part quelques déclarations aussi tonitruantes qu’inutiles, rien n’a été entrepris. Entre autres exemples à ce propos, il convient de rappeler cette déclaration faite en mars 2015 par Benkirane qui s’est complu récemment à apprendre la langue de Shakespeare à la sauce belge. «Soyons clairs, nous sommes tous d'accord à propos de la primordialité de l'enseignement des langues, et que nous devons pousser nos étudiants à être excellents à la fois en anglais et en français, or si nous devions choisir, nous favoriserions l’anglais parce que c’est la langue de la science, de la technologie et de l’économie », avait-il annoncé devant ses ouailles lors d’une conférence consacrée à la réforme de l'enseignement et de la formation.    


T. Mourad
Lundi 23 Mai 2016

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