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La difficile mise au pas des salafistes de Bosnie


Quelque 190 Bosniaques, dont 50 femmes et 60 enfants, sont en terre de jihad



Dans sa salle clandestine de Tuzla, Emir Cajic "pratique l'islam tel qu'il est, non comme quelqu'un souhaite qu'il soit": cet imam radical a opposé en mai une fin de non-recevoir aux autorités islamiques de Bosnie qui exigent que les communautés comme la sienne reviennent sous leur tutelle.
Directeur de la police de l'entité croato-musulmane de Bosnie, Dragan Lukac a recensé "une soixantaine de communautés radicales" comme celle de ce salafiste qui cite en références des théologiens égyptiens ou saoudiens, étrangers à la tradition musulmane libérale du pays.
Ce sont tantôt des communautés paysannes, tantôt des groupes qui prient dans des logements particuliers car ils ne se reconnaissent pas dans les imams appointés par le grand mufti de la Communauté islamique de Bosnie, Husein Kavazovic.
Barbe non taillée, yeux bleus vifs, pantalon coupé aux chevilles, Emir Cajic, 38 ans, reçoit sous un drapeau noir frappé d'un sabre et de la "chehada" (profession de foi musulmane), dans sa salle ouverte en 2013 à Kula, regroupement de maisons pauvres au-dessus de Tuzla.
Après plusieurs années au Caire, il refuse de passer sous les fourches caudines de la Communauté islamique chargée de former tous les imams et de les nommer dans les mosquées du pays impérativement placées sous son contrôle.
Pour Emir Cajic, elle prône un islam dévoyé et corrompu: "L'islam est l'islam. Il ne peut pas être libéral ou conservateur. Il est unique."
Minoritaire parmi les quelque 1,5 million de musulmans, cet islam rigoriste importé par les moudjahidine arabes et afghans lors du conflit inter-communautaire (1992-95) n'a guère préoccupé les autorités jusqu'au départ en Syrie et en Irak de quelque 300 Bosniens et des attentats contre des militaires et un policier en 2015.
Ces "dzemat" (communautés) clandestines, souvent wahhabites, regrouperaient 2 à 4.000 personnes, "pas toutes terroristes potentiels", tempère Dragan Lukac. Emir Cajic évoque un millier de fidèles. On les trouve notamment à Sarajevo, autour de Tuzla ou dans l'ex-fief "moudjahidine" de Zenica (centre-est).
Mais, rappelle Vlado Azinovic, spécialiste de l'islamisme radical à la Faculté des sciences politiques de Sarajevo, "cela fait 25 ans que les Bosniens ont été initiés au salafisme", "nous avons nos propres autorités (radicales) désormais". Certains qui ont côtoyé ces combattants sont devenus des figures du mouvement, comme Nusret Imamovic, parti en Syrie, ou Husein Bosnic, condamné pour avoir incité au jihad.
"Plus de la moitié des Bosniens partis en Syrie et en Irak sont passés" par ces dzemat, relève Vlado Azinovic. Leurs leaders ont souvent été "recrutés par des étrangers, envoyés dans le Golfe", puis "renvoyés en Bosnie pour du prosélytisme."
Emir Cajic dénonce le jihad syrien, qui conduit à la "fitna", la division entre musulmans. Toutefois, à la place de Nusret Imamovic à qui "l'Etat préparait 20 ans de prison", il aurait "probablement fait la même chose."
Quelque 190 Bosniaques, dont 50 femmes et 60 enfants, sont en terre de jihad. Une cinquantaine sont rentrés, en Bosnie ou ailleurs. Vlado Azinovic insiste sur leurs "liens forts" avec "la diaspora, en Autriche, en Suisse, en Allemagne". Selon un rapport de 2015 d'un centre de réflexion de Sarajevo Atlantic Initiative, ces combattants "représentent une menace directe pour la sécurité de la Bosnie-Herzégovine, mais aussi de la région et au-delà".
Vlado Azinovic redoute qu'"une petite partie de cette communauté salafiste soit sensible aux appels de l'Etat islamique" à mener des actions violentes où ils sont.
Fin 2015, des membres d'une "dzemat" clandestine de Sarajevo ont été arrêtés, soupçonnés d'avoir fomenté un attentat à la voiture piégée. Ce serait "la première tentative élaborée d'attaque de cette ampleur contre la population", analyse Vlado Azinovic.
Selon un responsable de la Communauté islamique, Ismail Smajlovic, 38 des 67 dzemat "rebelles" identifiées ont été contactées. La moitié est revenue dans le giron officiel.
Dans une offensive manifestement coordonnée avec les autorités, les réfractaires subissent depuis mi-mai le zèle de l'administration: vérification de permis de construire, amendes, patrouilles policières. Ismail Smajlovic juge "normal que l'Etat s'emploie à appliquer ses règles".
"Ils pensent que c'est le bon moment pour en finir avec nous", résume Emir Cajic. S'il doit fermer sa salle, il ira prier ailleurs, dit-il.

Lundi 30 Mai 2016

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