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La dernière attaque des Talibans a révélé leur présence : Les forces spéciales américaines mettent les pieds au Pakistan




Après l’attaque perpétrée mercredi 3 février 2010 par les talibans pakistanais, au cours de laquelle cinq fillettes et trois soldats des forces spéciales américaines ont été tués, de nombreuses questions se posent sur la présence de l’armée américaine dans cette région réputée instable et la tolérance d’Islamabad à des violations de souveraineté perpétrée par son allié.
Quel est le rôle des forces spéciales américaines déployées dans le nord-ouest du Pakistan ? Ont-elles pour mission de former les gardes-frontières pakistanais, d’accompagner les soldats pakistanais à l’assaut des insurgés dans les zones tribales, ou de mener des missions en territoire hostile ?
La question n’est pas clairement tranchée et le chercheur et spécialiste de la Fondation Carnegie Fabrice Potthier déclare qu’il ne serait pas surpris que le Congrès américain demande tôt ou tard des explications à la Maison Blanche. En tout cas, avec ce déploiement d’experts militaires américains en territoire pakistanais, c’est une nouvelle cible qui s’offre aux insurgés pakistanais. Mais l’attaque menée mercredi contre des éléments des soldats américains dans le nord-ouest du pays n’est pas qu’un succès militaire. Les assaillants talibans ont, du même coup, révélé la présence de forces spéciales américaines en mission sur le territoire même du Pakistan.
Officiellement, cette présence s’inscrit dans le cadre d’accord de coopération conclu entre Washington et Islamabad. Cet accord prévoit le détachement au Pakistan de quelque 200 membres des forces spéciales américaines pour entraîner les gardes-frontières pakistanais déployés sur la frontière pakistano-afghane. Cette région du nord-ouest pakistanais est considérée comme l’un des principaux sanctuaires des insurgés afghans, où ils bénéficient de l’aide et l’hospitalité des talibans pakistanais, eux-mêmes en guerre contre Islamabad et responsables des attentats sanglants commis au cours de ces dernières années dans le pays.
Selon Washington, c’est une région-clef dont la reprise du contrôle est impérative à la fois pour réduire la pression militaire sur Kaboul et politique sur Islamabad. C’est cette région qui est régulièrement attaquée par les avions sans pilote américains, qui traquent les chefs talibans, et c’est également là que l’armée pakistanaise a lancé, au mois de mai 2009, une offensive militaire de grande envergure pour reprendre le contrôle de ses provinces frontalières.
A l’évidence, neuf mois après, l’affaire n’est pas réglée. Les attaques de drones se poursuivent à un rythme soutenu et enregistrent quelques succès. Régulièrement nous apprenons la disparition d’un chef rebelle, tué sur le territoire pakistanais lors de l’un de ces bombardements américains. Il est immédiatement remplacé à la tête du mouvement. Mais, les succès de l’armée pakistanaise restent encore fragiles. Si les soldats d’Islamabad parviennent à conquérir le terrain, l’administration d’Islamabad demeure en revanche incapable de le contrôler sur le moyen et long terme.
Cette situation renforce le sentiment d’hostilité à l’égard du pouvoir, considéré comme incapable d’assurer la sécurité des citoyens, de garantir l’intégrité du territoire et de protéger la souveraineté nationale face aux incursions américaines.
L’attaque survenue mercredi contre le détachement d’instructeurs américains alimente cette polémique. D’une part, elle conforte les accusations portées par les insurgés talibans à l’encontre des autorités pakistanaises selon lesquelles Islamabad entretient un double langage contradictoire : l’un à destination de son opinion publique, celui de la souveraineté inaliénable, et l’autre de son allié américain, celui de son engagement indéfectible à ses côtés dans la guerre contre le terrorisme. D’autre part, elle renforce la détestation de l’opinion publique à l’égard des Américains, notamment accusés d’avoir importé le terrorisme au Pakistan après l’invasion de l’Afghanistan en 2001.
Dans l’attaque survenue mercredi, les talibans pakistanais accusent par ailleurs les éléments américains des forces spéciales d’être des mercenaires au service de la compagnie de sécurité américaine Blackwater. Les mercenaires de Blackwater ont la sinistre réputation d’avoir la gâchette facile et de ne pas s’encombrer de scrupules. Cette accusation ajoute au trouble, et les insurgés en retirent tout le bénéfice car c’est évidemment une situation qui plonge le gouvernement pakistanais dans un embarras profond. Islamabad est écartelée entre la nécessité de garder la confiance de son opinion publique, de ne pas décevoir l’armée en l’entraînant dans une impasse militaire, tout en ménageant son allié stratégique, les Etats-Unis. 

MFI
Samedi 6 Février 2010

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