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La dénucléarisation : Un mythe au temps des menaces




La dénucléarisation : Un mythe au temps des menaces
La dénucléarisation de la planète fut et demeure jusqu’à présent la préoccupation majeure d’une grande partie d’organisations internationales comme l’AIEA. Cet objectif est utopique si l’on se réfère à la nature de la société internationale qui, d’après la définition wébérienne, est conflictuelle et accentuée, en cela, par les grandes questions géopolitiques non résolues.
Le conflit arabo-israélien demeure jusqu’à présent sans issue dans un Moyen-Orient où la guerre persiste depuis plus de 60 ans. Cette région géographique devient un véritable champ de guerre ouvert. On peut citer à cet égard la guerre interminable en Afghanistan contre un jihadisme inlassable. De même l’hostilité entre les deux puissances nucléaires, l’Inde et le Pakistan, est alimentée par le litige autour du Cachemire. La Russie mène sa propre guerre autour du Caucase, espace vital pour le tigre blanc, face aux mouvements séparatistes d’une part et d‘autre part, face aux projets d’extension de l’OTAN.
La Russie continue de voir dans le bouclier anti-missile déployé en Europe une menace directe à sa sécurité nationale. En réponse, elle installe ses batteries de missiles balistiques sur toutes ses frontières dont le tracé n’est pas encore résolu.  
Le conflit sino-américain qui oppose les deux puissances nucléaires peut être qualifié de guerre froide. Selon les Américains, les Chinois ne sont pas clairs par rapport à leur industrie militaire. La suspension des accords de coopération militaire par la Chine sème le doute chez les Américains. Ces derniers taquinent de temps en temps le panda chinois. Tantôt via des manœuvres militaires avec la Corée du Sud ou via les ventes d’armes à Taïwan, tantôt en invitant le Dalaï Lama à se rendre aux USA, on peut ajouter à ce cocktail les ingrédients d’espionnage dont les scandales surgissent de temps en temps.
Faut-il encore ajouter que les Américains se considèrent depuis 2003 en guerre permanente contre «l’axe du mal», ce qui implique que le budget de la défense américaine pèse lourdement sur l’économie nationale sachant que les républicains continuent de faire pression sur l’Administration Obama pour ne pas mettre fin à l’héritage de Bush en matière  de lutte contre le «terrorisme».
Ce climat d’hostilité et de rivalité, qui pèse lourdement sur les relations internationales fait d’elles un champ fertile pour les tentations de se doter d’une arme de destruction. N’est-il pas alarmant de voir notre planète assise sur plus de 23000 têtes nucléaires? Réalité attristante d’après les  estimations de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Sachant que 90% de ce stock est en possession des  cinq pays reconnus comme Etats dotés de l’arme nucléaire par le Traité de non- prolifération nucléaire (NTP). N’est-il pas encore attristant de voir autant d’hypocrisie dans le comportement des puissances mondiales? De pratiquer une politique de «deux poids deux mesures» dans leur approche d’une part de la question de la prolifération nucléaire dans le monde et d’autre part, du nucléaire iranien en particulier.
N’est-il pas mieux pour Obama de se rallier au dogmatisme de son allié français Nicolas Sarkozy qui, lors du vote du 24 septembre 2009 à l’ONU du texte 1887, prévoyant de «créer les conditions pour parvenir à un monde sans arme nucléaire», a reconnu l’illusion de mettre fin à la prolifération nucléaire dans le contexte mondial actuel en répondant à Obama : «Nous vivons dans le monde réel, pas dans le monde virtuel». D’ailleurs, ce dogmatisme français remonte aux années 80, lorsque François Mitterrand avait dit : «La pièce maîtresse de la stratégie de dissuasion de la France, c’est le chef de l’Etat, c’est moi» du fait que l’emploi de l’arme suprême relève du président. C’est dans ce contexte de menaces, de courses aux armes de destruction massive, à l’acquisition de la technologie nucléaire, que l’Iran développe lentement mais sûrement son programme nucléaire et négocie souverainement son attachement à cette technologie et son caractère pacifique.

L’Iran nucléaire : enjeux  et menaces

La non-prolifération nucléaire, comme Les droits de l’Homme, la lutte contre le terrorisme, sont certes des messages nobles, justes, voire légitimes que l’on peut défendre. La société internationale a été souvent mobilisée derrière ces slogans, mais l’histoire a démontré que le messager n’est pas souvent crédible. L’Occident, avec à sa tête les USA, a fait preuve souvent de mauvaise intention. La guerre de l’Iraq a donné l’exemple de manipulation et tromperie. N’ont-ils pas menti sur les armes de destruction massive afin d’obtenir des Nations unies ledit droit d’ingérence, chose qui s’est avérée fausse, et dont le prix était très lourd : des centaines de milliers de morts, des mutilés de guerre, des sans-abri, des femmes violées, des prisonniers torturés, humiliés et un pays détruit presque retourné à l’Age de pierre. A l’ère de Bush fils, les USA avaient qualifié l’Iran d’«Etat voyou» en l’inscrivant sur la liste des pays de «l’axe du mal». En effet, l’Occident a accusé l’Iran d’avoir dissimulé une partie de son programme nucléaire à des fins militaires, chose que les Iraniens ont démentie, en insistant sur le caractère pacifique de leurs programmes. Faut-il préciser que le mobile des Américains n’a jamais été la lutte contre la prolifération du nucléaire par l’Iran mais plutôt de contrer le régime des Ayatollah qui constitue une menace à leurs intérêts dans la région. Preuve à l’appui, les Américains n’ont jamais fait d’objection à ce programme à l’époque du shah Pahlavi où l’Iran au côté d’Israël était leur partenaire stratégique voire le principal pilier de leur domination au Moyen-Orient.
Personne ne peut douter que l’Iran a souvent fait objet de menace de la part de plusieurs ennemis : les mollahs en Afganistan, des groupes radicaux au Pakistan, l’opposition armée «guerriers de Dieu » qui a fait souvent de l’Irak et du Pakistan, des bases arrière de leurs opérations militaires contre la république islamique iranienne. A noter aussi que les frontières d’Iran sont pour la plupart des frontières de guerres, les flottes et les bâtiments de guerre américains ne sont pas loin de son territoire, chose qui constitue une menace permanente pour l’Iran. D’autant plus qu’Israël qui demeure le principal ennemi des Iraniens, est doté d’un arsenal nucléaire de plus de 200 cents têtes, refusant toujours de signer le traité de non-prolifération nucléaire et d’ouvrir par conséquent le site de Dimona aux inspecteurs de l’AIEA, ce qui fait jusqu’à présent du programme nucléaire israélien une énigme pour la société internationale. Il est capital d’ajouter que l’embargo économique et technologique imposé à l’Iran depuis la révolution de 1979 a affecté largement l’industrie pétrolière en empêchant le pays de construire ses raffineries, situation aggravée par le départ des compagnies pétrolières. Par ailleurs, l’augmentation de la demande intérieure avec l’essor économique et démographique du pays, surtout en matière d’électricité, a rendu le développement de l’énergie nucléaire un choix plus ou moins rationnel.
De même, les Iraniens avaient déclaré en 2005 que leur réserve en pétrole serait épuisée d’ici 9 décennies et d’ailleurs un peu plus de la moyenne de vie des réserves mondiales qui est actuellement fixée à 50 ans, sauf une découverte considérable capable de changer la donne. N’est-il pas rationnel encore d’anticiper afin d’éviter le pire ? Celui de se trouver un jour à la merci des pays monopolisant cette technologie ?
Sous cet angle, l’objectif des Iraniens de se positionner dans le monde des puissances nucléaires n’est pas seulement légitime, mais davantage une nécessité pour préparer l’avenir des générations. Les Etats-Unis, comme les vieilles puissances savent bien que les grands enjeux de l’avenir sont la course aux métaux rares, la prolifération nucléaire et les énergies renouvelables… De ce fait, cette guerre de l’ombre avec l’Iran «l’embargo, les assassinats des savants, les attaques cyber-nettes» n’est que la partie visible de l’iceberg. L’objectif de ces puissances n’est autre que le monopole et la mainmise sur le savoir et la technologie. L’Iran, comme la plupart des  pays émergents, cherche à s’approprier  les atouts nécessaires pour devenir une puissance mondiale, d’où le choix du nucléaire  comme théâtre de combat avec l’Occident.
Que faire donc? Les Iraniens déterminés plus que jamais quant à l’acquisition de cette technologie autour de laquelle s’est greffé un nationalisme très fort et un Occident qui envisage tous les scénarios possibles pour empêcher le programme nucléaire iranien d’arriver à ses fins. Au sein du Pentagone et du Conseil de la sécurité nationale, «on travaille d’arrache-pied dans le plus grand secret pour mettre en place une stratégie d’endiguement de l’Iran», écrit Davide Sanger dans un article paru le 17/11/2011 au New York Times. Avant d’ajouter : «Les premiers éléments de cette stratégie sautent aux yeux : le bouclier anti-missile installé pour des milliards de dollars par les Etats-Unis sur le territoire de leurs alliés arabes et le projet du Pentagone de déployer davantage de navires de guerre et de dispositifs anti-missile dans le Golfe persique. En coopération avec une coalition de six Etats arabes chapeautés par l’Arabie Saoudite».
La crainte des Occidentaux est que l’Iran puisse acquérir suffisamment de technologie et d’expertise en matière nucléaire. «L’aspect le plus alarmant est qu’une part croissante de cette technologie nécessaire pour assembler un devis nucléaire est produite localement», écrit Pierre Jolicoeur (chercheur associé au CEPES à l’Université de Québec). Dès lors, le Mano a Mano avec le camp occidental avec à sa tête les USA et l’AIEA ne cessera pas, au moins dans les prochains mois.

Lahcen Aqartit / chercheur
Jeudi 29 Mars 2012

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