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La démocratie, fille du peuple




On devrait sans doute s’interroger sur ce qui va advenir en Egypte, évoquer les risques, mesurer les dangers. Et pourtant nous laisserons ces questions pour demain. Aujourd’hui, nous avons juste envie de faire un arrêt sur image, de ne pas sécher ces larmes qui ont soudain envahi nos yeux, de ne pas calmer l’émotion qui nous a transpercés soudain durant cette après-midi de la délivrance qui prenait soudain des allures de printemps. Arrêt sur ces foules en liesse, sur ces visages transfigurés.
Il n’est pas question ici d’argent. Le bonheur qui se répandait sans frein dans les rues du Caire et de toute l’Egypte comme une nouvelle sève à l’annonce du départ du Président Moubarak, avait simplement à voir avec la liberté. Les Egyptiens ont décroché leur lune : la démocratie. Et c’est cela qui est impressionnant.
Quelle belle, quelle magnifique victoire ! Qu’ils sont allés chercher par milliers, par centaines de milliers, par millions. Avec leurs tripes, avec leur incroyable entêtement, et jeudi dernier, avec leurs chaussures levées en signe de dernière révolte, d’ultime menace envers ce dictateur malade du pouvoir et de lui-même et qui, jusqu’au bout, n’aura rien compris de son peuple, ni de l’honneur d’être leur chef.
Le monde arabe, qu’on a tant dit allergique à la démocratie, nous a offert sa deuxième révolution pacifique. Une révolution sans chef, une révolution du peuple. Donnant à l’Orient sa «chute du mur», comme à Berlin en 1989, qu’on espère pour l’Egypte, la Tunisie et tout ce continent, la porte vers les libertés. Comme le Berlin de l’époque, cette révolution nourrit nos idéaux et donne une issue à nos désespoirs. En prouvant à nouveau que ceux qui bafouent les libertés et les droits élémentaires des peuples, n’ont pas la vie éternelle. En prouvant à nouveau qu’à un moment, surgissent toujours des hommes et des femmes, sortant de leur réserve, de leur routine, mettant leurs vies en danger avec une générosité folle, sans violence ni provocations, non pour accaparer le pouvoir mais au contraire pour le libérer et lui rendre sa légitimité et son sens.
Les jeunes du monde entier avaient compris cet historique vendredi que rien n’est une fatalité, que le sort n’est jamais scellé et que personne n’est condamné à l’obscurité d’un pouvoir qui muselle, ponctionne, humilie. Ils savent aussi, et le monde entier avec eux, qu’ils disposent désormais d’une arme redoutable à opposer aux dictateurs de tous poils. Les réseaux sociaux, souvent vus comme des outils narcissiques, sont devenus le nouveau réseau sanguin de la démocratie mondiale. Plus d’un dictateur, plus d’un usurpateur dormira désormais mal car il sait qu’il n’a plus la maîtrise du pouvoir absolu. C’est simplement fabuleux.

* Journaliste belge

PAR BEATRICE DELVAUX *
Mercredi 16 Février 2011

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