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La culture de la pastèque au banc des accusés

Une catastrophe écologique plane sur Zagora




La culture de la pastèque au banc des accusés
Zagora court un risque écologique sans précédent. Ses ressources hydriques sont menacées d’épuisement si rien n’est fait pour mieux gérer la culture de la pastèque accusée de consommer trop d’eau.  Les écologistes de la région tirent la sonnette d’alarme et mettent en garde contre une éventuelle catastrophe.   Ils viennent même d’adresser une lettre dans ce sens au chef du gouvernement demandant son intervention pour mettre un terme à cette gabegie. 
« On constate qu’il y a de plus en plus d’agriculteurs qui investissent dans cette culture. Certains viennent d’autres régions du pays. Leur nombre est estimé aujourd’hui à 1.000 et la surface cultivée a atteint 5.000 hectares cette année », nous a expliqué Jamal Akchbabe, président de l’Association des amis de l’environnement à Zagora (AAEZ). 
Une nette progression par rapport aux années précédentes. En  2010, la région a enregistré la culture de 350 hectares avec une production de 18.000 tonnes et un chiffre d’affaires de 60.000 DH/ha. 
Selon notre source, cet engouement s’explique par les caractéristiques climatiques de la région.   En effet, la culture de la pastèque demande un sol chaud, humide, bien drainé et assez riche avec des températures journalières moyennes de 22 à 30° C. « Zagora réunit l’ensemble de ces qualités et permet aux agriculteurs une production précoce, ce qui leur permet de commercialiser leurs marchandises avant les autres régions du Maroc voire de l’exporter », nous a-t-elle précisé. 
Mais l’envers du décor est on peut plus surréaliste. En effet, le développement de cette culture dans cette région précise semble absurde puisqu’elle  endure une pénurie d’eau dramatique conjuguée à l’augmentation de la salinité de l’eau potable. « La culture de la pastèque épuise les ressources hydriques. La production d’une seule pastèque demande 60 litres d’eau, ce qui signifie que, la production de ces trois dernières années a épuisé 3 millions de m3, soit l’équivalant des réserves de trois barrages moyens », a déclaré Jamal Akchbabe qui s’attend au pire si rien n’est fait à temps : « Il faut s’attendre à une détérioration de milliers de palmiers, à la disparition de plusieurs oasis, à la désertification des terres agricoles et à l’intensification des flux migratoires vers le Nord », nous a-t-il précisé.  
Le président d’AAEZ sait de quoi il  en retourne. Il sait que la dépendance d’une économie basée sur l’agriculture consomme près de 85% des eaux souterraines et superficielles. Une réalité confirmée par des statistiques officielles qui ont révélé que 400 millions de m3 des réserves en eaux superficielles du bassin du Draâ sont entièrement destinées  à l’irrigation de 26.000 ha et 88% des ressources d’eaux souterraines estimées à 100 millions de m3 sont dédiées à l’irrigation et seulement 12% à la distribution de l’eau potable. 
Les mêmes statistiques ont révélé que les besoins en eau dans le bassin du Draâ étaient estimés à 617 millions de m3 en 2010 et pourraient atteindre 642 millions de m3 en 2020 dont  610 millions de m3  destinés à l'agriculture et 32 millions de m3 à l'eau potable. 
Une situation appelée à s’aggraver davantage vu la pollution due au rejet des déchets solides et liquides dans l'espace écologique et les quatre millions de tonnes de déchets toxiques rejetés par la mine de Blida. «Le réseau d'assainissement liquide se déverse dans l'oued Draâ à 150 m seulement du réservoir d'eau potable de la ville. C'est déplorable», a-t-il regretté. 
 Du côté des pouvoirs publics, c’est silence radio. Pour eux, cette culture a impulsé une dynamique économique et sociale dans la région. Elle a permis la création de milliers de postes d’emploi et l’entretien de centaines de familles. Une réalité que ne nient pas les écologistes de la région en estimant, néanmoins, que le prix en sera élevé.

Hassan Bentaleb
Mardi 24 Décembre 2013

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