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La culture de l’infantilisme politique et social




La culture de l’infantilisme politique et social
L’on assiste partout dans le monde à des débats intellectuels, scientifiques, politiques et sociaux importants, car les peuples modernes s’impliquent de plus en plus impérativement pour défendre leur droit au bien être, à la démocratie et à la liberté. Dans cette perspective, les médias, les NTIC ne sont pas en reste, qui se mettent bien volontiers au service des uns et des autres dans l’intérêt supérieur de la collectivité. Mais comparativement à ce qui se passe ailleurs, l’environnement idéologique, au sens positif du terme, est sous les tropiques d’une rare pauvreté, pour ne pas dire stérile. Or les problèmes fondamentaux, notamment en Afrique, sont les plus nombreux et les plus criards. C’est pourquoi l’absence de réflexion et de recherche de solutions risquent bien, si l’on y prend garde, de faire de l’Afrique, encore une fois, un simple passager du train de l’Histoire universelle. En effet, qu’il s’agisse de privatiser, de faire partie de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ou de la francophonie, d’appartenir au Commonwealth, ou à la zone lusophone, de créer des parcs nationaux, de sauvegarder des espèces (animales ou végétales) menacées de disparition, d’équiper une armée nationale, de former chez les maîtres des cadres nationaux, de vacciner les populations contre la typhoïde, le sida, de produire telle ou telle matière première, d’intégrer la mondialisation des marchés, etc., tout, absolument tout est décidé et réalisé relativement et conformément aux besoins et intérêts étrangers. L’Afrique n’a donc pas de projet de développement propre, encore moins de projet de société propre, autonome, indépendant.
Ce constat nous amène, dans le cas particulier de la Côte d’Ivoire, à attirer l’attention sur un facteur extrêmement grave et pernicieux : la primauté accordée aux réalités secondaires au détriment des problèmes fondamentaux qui préoccupent les citoyens. Plus concrètement, il s’agit de montrer de quelle manière l’esprit du peuple est détourné des problèmes de fond vers des considérations parfois futiles –souvent savamment entretenues ! Trois phénomènes nous permettront d’illustrer cette situation.
Premièrement, le culte de la personnalité apparaît comme une entrave majeure à la prise de conscience des vrais problèmes. Cette pratique, avec le temps, est devenue une HABITUDE (au sens premier de ce qui est « général et permanent » très néfaste au double plan politique et social. Tous les présidents de ce pays depuis l’indépendance, de gré ou de force, n’y ont pas échappé. 
Ce phénomène a engendré une floraison incommensurable de clubs de soutien ; le défilé des communautés régionales et tribales à la Présidence de la république pour rendre hommage, faire allégeance, dire ses remerciements à la faveur de la nomination d’un cadre à un poste important, etc. Chaque Président est donc toujours perçu comme un dieu, un être irremplaçable, un être parfait… Tout le contraire de ce que les principes républicains depuis les « Lumières » européennes au XVIIIe siècle ont prescrit pour se substituer à la monarchie. 
Une telle pratique ne serait pas un mal si elle n’occasionnait pas en même temps le développement de clans, de courtisans impitoyables et d’opportunistes sans foi ni loi. Dans ce contexte, il est clair que l’Etat n’est plus représenté que par la figure d’un homme. La moindre réalisation est versée à son crédit personnel, et non à sa mission d’utilité publique et, en définitive, le subjectif finit par l’emporter sur l’objectif dans la conduite des affaires de la nation.
Le deuxième phénomène se caractérise, sans exagération, par l’inculture politique, du sommet à la base. Il y a en effet une absence totale et réelle d’idéologie, de projet et de programme au plan politique et social. Les stigmates que portent les partis politiques sont très visibles : tribalisme, népotisme, etc. Dès lors, les discours politiques, juridiquement vides et peu soucieux du «politiquement correct», n’ont que faire de l’analyse objective et rationnelle des problèmes fondamentaux auxquels sont confrontés les citoyens. L’une des conséquences de cette inculture est sans conteste le non respect des textes ! Les textes régissant les partis politiques, ainsi que la constitution elle-même, n’échappent pas à la volonté des uns et des autres d’imposer le diktat d’une minorité soucieuse de préserver ses prérogatives.
Enfin, le troisième phénomène que nous appellerons ici la «prééminence des épiphénomènes» consiste au manque de discernement. Les vrais problèmes concernent, pêle-mêle, les questions telles que l’éducation, l’emploi, l’immigration, le foncier, la nationalité, la juste répartition des richesses, la transparence dans la gestion des revenus pétroliers, la condition paysanne, la transformation locale des matières premières, l’indépendance de la justice, l’autonomie du parlement, les dépenses de l’exécutif, les abus de biens sociaux, l’impunité, la moralité des dirigeants, la sécurité, la place et la valeur du secteur informel, le logement, la prolifération des bidonvilles, l’assainissement urbain, le niveau des impôts et taxes, les infrastructures rurales, l’aménagement du territoire, la dégradation de l’environnement, l’exploitation illicite du patrimoine forestier, etc. Sur ces sujets vitaux, pourquoi n’y a-t-il pas de débats publics, de conférences nationales, de colloques et de consultations diverses pour déterminer les conditions du développement ? Pourquoi, à l’inverse, trouve-t-on indispensable et urgent de toujours mobiliser tous les moyens et toute la population pour des affaires sans intérêt véritable ? A l’opposé des ONG internationales qui se préoccupent de certains problèmes fondamentaux, la quasi-totalité de nos associations n’ont pour vocation que de soutenir l’œuvre ( ?) d’un individu, ou plutôt de lui témoigner son indéfectible soumission…
Dans son ouvrage « Qu’est-ce que les Lumières », le philosophe allemand Kant affirmait que «La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchis depuis longtemps d’une direction étrangère, reste cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteur des premiers. Il est si aisé d’être mineur !»
Dans notre contexte, faut-il mettre en cause la «paresse» et la «lâcheté», ou plutôt la difficulté de se débarrasser d’une habitude vieille de cinquante ans ? Mais cela suppose que chacun, le leader et le laudateur, prenne conscience que cette pratique est plus néfaste que bénéfique dans la conduite des affaires républicaines et nationales si, bien entendu, l’on a aussi conscience que l’intérêt général est supérieur à l’intérêt personnel.
 
* Université Alassane Ouattara, Côte d’Ivoire
Article publié par le think tank ivoirien 
Audace Institut Afrique 

Par Christophe Yahot *
Samedi 29 Mars 2014

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