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La crise économique suscite une renaissance du cinéma grec




La crise économique suscite une renaissance du cinéma grec
La crise qui dévaste la Grèce depuis six ans, en braquant les projecteurs sur le pays, a paradoxalement engendré une renaissance de son cinéma qui rafle les récompenses dans les festivals. 
La récession qui a coûté à des dizaines de milliers de familles leur emploi ou leur logement a suscité l'intérêt pour des histoires parfois dramatiques que les cinéastes ont su raconter malgré des budgets restreints. 
Ainsi l'an dernier, Alexandros Avranas, 36 ans, remporté le Lion d'argent du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise avec "Miss Violence", film sur le suicide d'une jeune fille de onze ans, et le prix du meilleur acteur pour Themis Panou.
En 2009, "Canine", de Yorgos Lanthimos, 41 ans, portrait d'une famille grecque dysfonctionnelle, a gagné le prix "Un certain regard" à Cannes, avant d'être nominé comme meilleur film étranger aux Oscars, du jamais vu en Grèce depuis plus de 30 ans.
"La crise a mis la Grèce sous les projecteurs, et cela a stimulé les cinéastes", estime Grégory Karantinakis, directeur général du Centre du cinéma grec (CCG), l'organisme public de soutien au cinéma grec.
De fait, un flux ininterrompu ces dernières années d'images sur les manifestations anti-austérité, parfois violentes, ont attisé l'intérêt pour le pays. "Les gens ont essayé de comprendre ce qui s'y passait", résume-t-il.
Yorgos Lanthimos a remporté le prix du meilleur scénario à la Mostra 2011 avec "Alps", où un groupe d'acteurs aident les autres à faire leur deuil en incarnant leurs chers disparus. Le voilà maintenant sur la scène internationale, dirigeant son premier film en anglais, "Lobster", drame amoureux futuriste avec Colin Farrell et Rachel Weisz.
Le cinéma grec connaît ainsi une vague de succès sans précédent depuis Theo Angelopoulos, décédé en 2012, Palme d'Or du Festival de Cannes pour "L'éternité et un jour" en 1998.
"La crise a été d'une aide inattendue, en faisant se rencontrer des gens très créatifs et en les contraignant à travailler ensemble", remarque l'acteur d'origine grecque Georges Corraface, connu aussi notamment en France et aux Etats-Unis.
Il souligne "l'extraordinaire travail réalisé avec presque rien", et "le buzz" créé par ce nouveau cinéma grec dans les festivals. Les troubles sociaux ont toujours inspiré l'art, remarque M. Karantinakis. Dans un pays où le chômage atteint 27% de la population et touche 60% des jeunes, "beaucoup de choses couvaient sous la surface, et la nouvelle génération de cinéastes éprouve la nécessité de les dire, et même l'urgence", remarque Yorgos Zois, 33 ans, ancien étudiant en mathématiques et physique appliquées. Primé pour des courts métrages, il entame la réalisation de son premier long.
Mais avec la crise, les finances du cinéma se sont aussi taries.
Avant, le secteur comptait sur les subventions du CCG et de l'ancienne télé publique ERT. Mais depuis cinq ans, les subsides du CCG ont chuté de 35% et les ventes de tickets de 45%. Et l'an dernier, le gouvernement a fermé ERT du jour au lendemain, gagnant d'un coup 2.000 emplois publics pour se conformer aux préconisations de ses créanciers internationaux.
Ce tarissement a curieusement réveillé le secteur, qui ne compte désormais plus sur l'Etat. "Avant la crise, les réalisateurs demandaient 300 à 500.000 euros par film, maintenant, ils les font pour 100.000", indique sous couvert d'anonymat un connaisseur du secteur.
Et la qualité ne semble pas en pâtir : "Quand il y avait de l'argent, sur une quinzaine de films tournés chaque année, il pouvait n'y en avoir que deux effectivement projetés en salle, et certains réalisateurs s'en fichaient", résume ce spécialiste.
 

AFP
Jeudi 3 Avril 2014

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