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La corruption, un phénomène normal au Liban




La corruption, un phénomène normal au Liban
Les chiffres alarmant sur la corruption diffusés hier à l’hôtel Phoenicia, Beyrouth par le Réseau National pour la Lutte contre les Pots de Vin, une initiative de l’Association Libanaise de la Transparence (ALT), le volet national de Transparency International, tracent les contours d’un phénomène qui touche tous les aspects de la vie au Liban.
Une enquête effectuée par ce réseau auprès de 250 Petites et Moyennes entreprises privées sur « la corruption du secteur public en 2010 » montre l’ampleur du fléau dont le coût annuel représenterait entre 1,25 à 1,5 milliards de dollars (entre 4 et 5% du PIB) selon l’ONG.
65% des sociétés interrogées affirment avoir payé des pots de vins afin de faciliter ou d’accélérer des procédures administratives. De plus, 38% des entreprises ayant conclu des contrats avec l’administration ont dû payer un pourcentage aux « responsables » afin de faciliter l’obtention de ces contrats.
Le système judiciaire n’est pas épargné puisque seulement 56% des entreprises ayant obtenu gain de cause devant la justice réussissent à effectivement toucher leur argent.
Le contrôle fiscal, l'enregistrement d’entreprises, les prestations publiques essentielles telles que l’électricité, l’eau, le téléphone… donnent lieu au versement de pots de vins. Dans 30% des cas, un pot de vin est indispensable uniquement pour que le dossier puisse suivre son cheminement normal au sein de l’administration.
Le secteur privé tout en se plaignant de la corruption du secteur public et son effet néfaste sur les affaires, n’agit pas contre ce phénomène. Face à une demande de pot de vin, 53% des entreprises payent. Elles n’essaient ni de contacter le supérieur du fonctionnaire corrompu, ni de se plaindre auprès des autorités compétentes.
Et quand le fonctionnaire corrompu est un inspecteur des impôts ; toutes les entreprises payent : 88% en espèce et les 12% en « nature ».
Selon l’indice de perception de la corruption (CPI), indice publié annuellement par l’ONG Transparency International qui classe les pays selon de degré de corruption perçu dans un pays et élaboré à l’aide d’enquêtes réalisées auprès d'hommes d'affaires, d'analystes de risques et d'universitaires résidant dans le pays ou à l'étranger, le Liban affiche un recul de 1.1 points (sur 10) en trois ans, il est passé de 3,6 en 2006 à 2,5 en 2009. Ce qui le place bien loin de la moyenne internationale (4) et la moyenne régionale (3,5).
Le Liban a vécu à partir de 2005 une crise politique et institutionnelle accompagnée d’une grande insécurité, sans parler de la guerre de 2006. Tous ces facteurs ont créé un climat favorable au développement de la corruption.
De surcroît, les élections législatives de 2009 ont joué un rôle important dans la dégradation de la situation au Liban. A cette occasion, le gouvernement et l’opposition ont pratiqué l’achat de votes à outrance. Le prix du vote allait de 100 à 2000 dollars selon le communiqué de presse postélectoral de l’Association Libanaise de la Transparence, sans oublier les services « publics » délivrés à des fins électorales par les hommes politiques ou leurs partisans au pouvoir.
De plus, la corruption se développe au Liban grâce à l’absence des moyens légaux qui garantissent l’état de droit, la bonne gouvernance et la transparence dans les différents secteurs économique, financier et administratif.
Finalement, le danger réel vient de la banalisation de la corruption au Liban qui est devenu pour le citoyen libanais un phénomène normal auquel il est confronté quotidiennement. C’est devenu le seul moyen pour avoir accès à un service quelconque ou même faire avancer les choses.
Les études statistiques réalisées par la société civile et les ONG, comme l’enquête effectuée par le réseau national pour la lutte contre les pots de vins, sont importantes parce qu’elles permettent de révéler l’ampleur du phénomène. Reste à trouver les solutions qui permettent de lutter contre ce fléau.
Certes la stabilité politique et institutionnelle et la sécurité sont impératives pour contenir la corruption mais d’autres moyens d’actions plus directs sont nécessaires ; l’instauration d’un véritable état de droit, la réforme du système électoral, la transparence, l’accès à l’information, la responsabilisation des différents acteurs publics et privés et la mise en place d’une institution indépendante pour la lutte contre la corruption. Enfin, c’est par l’éducation des générations futures que nous pourrons espérer faire reculer la corruption au Liban.

*Docteur en droit
Article publié en collaboration avec www.unmondelibre.org

Par Nadine Abdallah*
Vendredi 23 Juillet 2010

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