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La conférence de l’UPM, un an après: Comment repenser la Méditerranée




La conférence de l’UPM,  un an après: Comment repenser la Méditerranée
L’année 2008 a été une année d’espérance. Peut-être s’agit-il d’un faux espoir, voire d’une simple illusion ? Je dis cela avec le recul que me procure mon implication dans les questions euro-méditerranéennes. J’ai accompagné le processus de Barcelone depuis son lancement en 1995 à travers l’organisation de FORA de la société civile. Le dernier en date s’est tenu à Marseille à l’automne 2008 et avait pour thème « Circuler et vivre ensemble dans l’espace Euromed ». J’en ai transmis les conclusions aux ministres des Affaires étrangères réunis pour la première fois dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée, dans la cité phocéenne les 3 et 4 novembre 2008. J’ai surtout eu l’honneur d’être présent le 13 juillet à Paris au lancement de l’Union pour la Méditerranée. Derrière la déclaration finale, j’ai discerné une volonté d’agir, d’obtenir des résultats concrets. C’est cet aspect des choses qui m’a fait espérer. Et j’ajouterai que cet espoir est partagé par la société civile que je représente ; cette société civile pourtant si diverse, si multiple, où chacune de ses composantes possède sa propre vision des relations euro-méditerranéennes, son propre jugement et où, cependant, Israéliens et Palestiniens croient ensemble à la paix.
Les conférences d’Oslo et de Madrid avaient fait naître également l’immense espoir de voir les relations israélo-arabes s’apaiser, d’autant plus que ces sommets avaient reçu le soutien des responsables politiques situés au plus haut niveau. Le processus de Barcelone s’est construit en prenant pour acquis cet espoir. L’assassinat de Yitzhak Rabin nous a ramenés à la réalité, en même temps qu’il signifiait une grande défaillance du processus de Barcelone, surtout après l’élimination du grand Arafat. Cependant, le processus de Barcelone a quand même produit plusieurs résultats positifs, dont celui de mobiliser la société civile, résultats qui furent évalués à Malaga à l’occasion de Barcelone +10.
Ainsi, à la suite du premier forum civil Euromed qui s’est tenu à Barcelone en 1995, ont suivi toute une série d’autres à Malte (1997), Naples (1997), Stuttgart (1999), Valence (2002), etc. Le premier forum civil dans un pays du Sud fut organisé à Marrakech en 2006. L’action de la plateforme Euromed, qui a été créée juridiquement au Luxembourg en 2005, et de la société civile qui y participe repose sur le principe simple que le développement et la sécurité ne sont possibles qu’à condition que la paix règne dans l’espace euro-méditerranéen et qu’un Etat Palestinien indépendant voie le jour.
Pour sa part, l’Union pour la Méditerranée entend recréer du liant entre les États et les peuples au travers de six grands projets concrets. Nonobstant leur intérêt certain, je regrette que la culture et la jeunesse y aient été occultées. La jeunesse est l’avenir de l’espace euro-méditerranéen. Les responsables politiques peuvent se réjouir de réunir autour d’une même table un représentant palestinien et un représentant israélien. Mais les photos de famille réalisées à ces occasions sont de peu d’influence sur ce que les jeunes vivent et voient tous les jours. L’invasion de Gaza, le meurtre des personnes civiles innocentes, la destruction de l’infrastructure restent un point noir dans cette première année de l’UPM. Les images qui ont circulé ne créent que la haine et la vengeance devant l’inefficacité et l’incapacité de l’Europe, l’Europe qui croit au droit de l’Homme, à la justice, à légalité, et l’Europe qui doit croire à deux Etats qui vivent côte à côte en paix.
Le conflit qui a ravagé a de ce point de vue plus marqué les esprits que le sommet de Paris du 13 juillet 2008. Les représentants de la Plateforme étaient présents dans plusieurs réunions à Bruxelles, à Paris, à Madrid, ou ailleurs, pour plaidoyer pour la position de la société civile dans sa multitude et ce vis-à-vis de la paix... Ils ont surtout constaté à quel point tout le monde était impuissant. Ce qui pose la question du rôle que l’Europe veut exercer au Proche-Orient, ainsi que celle de sa capacité à instaurer la paix ou de participer à des systèmes qui peuvent réaliser cette paix. À moins qu’il ne faille s’en remettre encore et toujours aux Américains. À cet égard, l’élection de Barack Obama et le discours qu’il a tenu au Caire le 4 juin 2009 offrent peut-être de nouvelles chances pour le processus de paix. Dans le même temps, le discours de Benyamin Netanyahou prononcé le 14 juin 2009 à Tel Aviv suscite plus d’inquiétudes et de doutes qu’il n’en lève.
L’Union pour la Méditerranée constitue certainement une bonne base pour repenser la Méditerranée. Reste à déterminer la forme sous laquelle on peut reconstruire l’espace euro-méditerranéen. Dans cette réflexion, il importe de ne pas laisser la jeunesse méditerranéenne en déshérence, sous le coup des seules images de violence et de conflit. Ce sont là les maux – et non la conséquence – de l’intégrisme si souvent dénoncé par les responsables politiques. Cette violence se nourrit des écarts sociaux et économiques, de l’insuffisante démocratisation des pays du Sud et du non respect du droit à la libre circulation des citoyens méditerranéens, surtout de la part des pays du Nord… La paix demeure un enjeu, un objectif incontournable. Elle n’est inaccessible qu’à condition d’œuvrer tous ensemble en ce sens. La plateforme Euromed peut être l’enceinte où peuvent se retrouver toutes les parties prenantes, dont les institutions qu’elles soient gouvernementales ou non gouvernementales, ainsi que les intellectuels et les experts, afin de fournir aux responsables politiques de nouvelles pistes pour la paix et d’exiger d’eux qu’ils assument leurs responsabilités politiques en ce domaine, pour répondre à l’une des attentes des citoyens Euromed, qui est la paix juste et durable dans la région, la paix qui est la clé de la sécurité, de la stabilité, du développement, et de la démocratie dans la Méditerranée. C’est aussi l’outil pour repenser la Méditerranée et donner une grande force au processus de Barcelone et l’UPM.

*Président de la plateforme non-gouvernementale EuroMed
(Transcription d’une intervention devant la conférence organisée le 19 juin dernier à Paris par la Fondation pour l'innovation politique)

Par Abdelmaksoud Rachdi*
Lundi 13 Juillet 2009

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