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La composition normalisée régionale du français entre nouveauté et copiage




La composition normalisée régionale  du français entre nouveauté et copiage
Voilà plus de dix ans que le MEN a chargé les AREF de régionaliser les compositions normalisées de fin d’année pour les classes de 6ème année du primaire, de 3ème année du cycle secondaire collégial et de 1ère année du baccalauréat. A cet égard, chaque académie régionale se penche sur les propositions des enseignants des différentes disciplines dans les trois cycles, les étudie minutieusement (comme l’on dit) et sort avec une proposition jugée plus appropriée et plus accessible.
Prenons au début l’exemple de la langue française au collège ! La composition normalisée régionale porte sur le programme du 2ème semestre. Elle obéit au schéma classique : texte accompagné de questions de compréhension, de langue (grammaire et communication) et d’une production écrite. Concernant le support, du moment que le 2ème semestre est marqué par l’étude d’une œuvre intégrale (L’île au trésor de Stevenson ou Sans famille de Malot), on opte, le plus souvent, pour des textes de type narratif. Un professeur de français suggère alors un extrait qui serait à la portée d’une grande majorité des apprenants ; lequel devrait contenir des faits de langue liés notamment aux subordonnées circonstancielles. Ainsi élabore-t-il un questionnaire clair et précis qui s’achève par la formulation d’une consigne visant à produire un texte dégageant une idée ou un thème remarquable dans le support étudié. En revanche, un grand nombre de professeurs, afin de ne pas «se casser» la tête en concevant chaque année une nouvelle proposition, se contentent de renvoyer le même document à chaque fois que la note académique l’exige. Toutefois, notre intention n’est pas de nous étaler sur ce point.  C’est plutôt au niveau du choix final du normalisé régional que nous ferons quelques remarques.
Dans cet intervalle, nous rappelons que des AREF choisissent des normalisés déjà suggérés par d’autres académies les années antérieures. Cela se manifeste soit par le fait de recopier le même texte (comme si la littérature francophone était limitée), soit en reformulant les mêmes questions autrement. Le copiage, consciemment ou non, nuit aux enjeux pédagogiques de l’enseignement du français. La richesse et la variété des supports ainsi que des questionnements permettront, assurément, de mieux apprendre la langue. C’est pourquoi nous nous demandons si la commission chargée de choisir la composition normalisée régionale n’est pas au courant de ce qui se passe dans les autres AREF du Royaume au moment où elle concède telle ou telle proposition. Par ailleurs, en cheminant du côté des épreuves proposées, nous constatons qu’elles se caractérisent manifestement par leur trait répétitif et machinal, chose nettement contestée dans les notes académiques qui s’arrêtent longuement sur l’innovation ainsi que la dissimilitude entre l’épreuve proposée et les normalisés précédents. Nous ignorons, malheureusement, jusqu’à présent pourquoi l’on passe à côté de ce point fondamental inscrivant l’esprit de normalisé dans l’originalité et la nouveauté.
Pour ce qui est de la composition normalisée régionale de la 1ère année du baccalauréat, il est évident qu’elle est centrée sur le choix d’un extrait de l’une des trois œuvres littéraires programmées, à savoir Antigone de Jean Anouilh, La Boîte à merveilles d’Ahmed Sefrioui et Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo. Certes, chaque AREF propose annuellement un extrait différent, nonobstant nous remarquons que d’autres AREF proposent les mêmes textes et recopient presque les mêmes questions de l’étude du texte. La seule modification concernerait le sujet de rédaction. Conséquemment, un élève qui étudierait les autres examens - actuellement fort disponibles sur le net-  pourrait tomber sur  une épreuve déjà vue et traitée. Ce qui nous pousse à nous interroger sur les objectifs de l’enseignement du français au cycle secondaire qualifiant: serait-il rentable de programmer et d’étudier les mêmes œuvres littéraires chaque année scolaire? D’un point de vue organisationnel, les professeurs du secondaire qualifiant sont invités à respecter un canevas au niveau de la formulation des questions. Celui-ci met l’accent sur la contextualisation de l’extrait proposé, son analyse (compréhension, étude stylistique et rhétorique…) et les réactions personnelles. A propos du sujet de rédaction, il s’agit de bâtir une argumentation congrue sur un thème d’actualité ou une réflexion développée dans l’étude des trois ouvrages comme la peine de mort, la solitude, les liens familiaux… Quelques épreuves rappellent les critères d’évaluation de l’écrit qui  portent souvent sur le respect de la consigne, la richesse du vocabulaire, la correction linguistique, la pertinence des arguments (…) qui ne sont pas pris en considération lors de la correction du fait que le correcteur donne une note globale de la production de l’élève sans prouver pourquoi il lui a accordé telle ou telle note. Ce qui justifie le caractère arbitraire, parfois même aberrant, des compositions normalisées régionales de français.
Il paraît, somme toute, que la conception du normalisé s’écarte de la normale. Un véritable travail rationnel de la part des professeurs qui proposent les épreuves ainsi que des commissions préposées à concrétiser les suggestions des enseignants doit s’incruster dans la conscience des parties prenantes. Mettre fin au copiage et enraciner l’esprit d’innovation est une priorité, une nécessité et un défi ayant pour objectif primordial de sauver un enseignement qui semble se noyer dans la monotonie et la répétitivité. 


Par Noureddine Fadily Professeur de français à Fkih Ben Salah
Lundi 27 Octobre 2014

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