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La capitale économique dispose d'aires de jeu insuffisants au regard de ses besoins

Le déficit en infrastructures sportives se creuse




La capitale économique dispose d'aires de jeu insuffisants au regard de ses besoins
Saïd a rendez-vous avec ses amis à 10h00 devant la salle couverte du quartier. Ils envisagent de jouer un match de football. Un match revanche après la défaite de la semaine dernière. Ils sont tous prêts et enthousiastes. Pourtant, le portail de la salle est encore fermé. Saïd et ses amis s'impatientent, voilà une semaine qu'ils se préparent. La salle tarde à ouvrir ses portes et le gardien semble absent. Il est 10h45. Le temps passe lentement. Peut-être que la salle ne va pas ouvrir. Sous un soleil de plomb, ils ne peuvent que prendre leur mal en patience, mais ne désespèrent pas. Ils ont décidé de jouer sur l'une des places du quartier, malgré les menaces des habitants d'appeler la police et le risque d'un coup de soleil. Cette scène comme tant d'autres dévoilent le manque d'espaces sportifs à Casablanca. Une réalité qu'on ne peut pas nier facilement. Il suffit d'observer tous ces jeunes qui jouent dans les rues et boulevards ou ceux qui font leur jogging là où il ne faut pas pour en être convaincu. La métropole dispose d'une infrastructure sportive regroupant 9 complexes, 54 stades et terrains de foot, 7 espaces sportifs, 6 salles couvertes et 4 en cours de construction. Ces infrastructures sont réparties sur 10 préfectures et 16 arrondissements. Elles sont censées répondre aux besoins d'une population estimée plus de 5 millions d’habitants.
Pour de nombreux observateurs, ce réseau reste modeste tant au niveau qualitatif que fonctionnel, puisqu'un grand nombre de ces infrastructures est mal entretenu ou dans un délabrement très avancé faute de moyens conséquents.
Elles souffrent aussi de leur inadaptation et insuffisance au regard de la massification et de la diversification de la pratique sportive, ainsi que d'une mauvaise répartition sur l'ensemble du territoire de la ville, ce qui empêche une pratique sportive saine et permanente. A qui la faute donc ? A qui incombe cette situation ?
A en croire Saadallah Yacine, chef de la division sport, au Conseil de la ville, la responsabilité de cette situation incombe aux arrondissements chargés de la gestion de ces infrastructures sur le plan administratif. En effet, ces derniers manquent de budget et de gestionnaires d'infrastructures sportives (ingénieurs, techniciens…). Le budget annuel d'un arrondissement consacré au sport ne dépasse pas quelques millions de centimes. Il représente 5 à 10% du budget général et il est alloué uniquement aux bourses pour associations sportives. Parfois, les arrondissements peuvent procéder à l'entretien de ces infrastructures, mais il s'agit le plus souvent de simples retouches (badigeonner les murs, changer des ampoules…), alors que l'entretien d'un seul stade peut coûter le double du budget ou plus pour certains arrondissements. Exemple: l'entretien du stade Larbi Zaouli a coûté 500.000 DH, celui du complexe El Amal 800.000 DH, celui du complexe Mohammed V 1 million de DH. La rénovation de celui-ci en 2006 a coûté la bagatelle de 10 millions de dirhams. Le chef de la division sport pointe également du doigt une gestion entachée de pratiques clientélistes et de favoritisme, pour des raisons électorales ou partisanes. Ainsi, chaque élu demande-t-il l'ouverture de ces infrastructures aux membres de sa “famille” politique ou aux gens du quartier qu'il souhaite voir voter pour lui. Saadallah Yacine ne mâche pas ses mots à l'égard des clubs sportifs et des bénéficiaires de ces infrastructures. Ces gens manquent d'esprit citoyen et n'hésitent pas à dégrader par leurs actes irréfléchis ces infrastructures. Il fait allusion au hooliganisme enregistré lors de la défaite d'un club ou d'un autre à l'occasion des manifestations sportives. Cette mauvaise gestion et ces comportements délictueux ont un coût financier très lourd : 10 millions de DH annuellement y compris les charges d'eau et d'électricité, l'entretien des terrains (vestiaires, tribunes, gazon, etc). Face à ces accusations, certains élus ne se voilent pas la face. Ils partagent en grande partie le diagnostic du Conseil de la ville. D'après Aziz Moumen, un élu communal de l'arrondissement de Ben M'Sick, la gestion des infrastructures sportives manque effectivement de transparence et de bonne gouvernance. Elle est affectée par l'improvisation et le népotisme. Mais, il précise qu'on ne peut pas accuser uniquement les arrondissements de tous les maux. Certaines infrastructures sportives sont sous le contrôle direct et la gestion de Conseil de la ville et portent, ealles aussi, les stigmates d'une mauvaise gestion. Aziz Moumen précise que, malgré tout, certains arrondissements réalisent avec l'aide d'autres partenaires (Conseil de la région, Conseil préfectoral, INDH) des projets sportifs à la hauteur des attentes des usagers. Il donne l'exemple de la salle de sports de Ben M'Sick entièrement équipée par l'INDH avec un budget de 700.000 DH.
Que faut-il faire ? Faut-il encore confier la gestion de ces infrastructures aux arrondissements ? Selon la charte communale, le président du Conseil de la ville, une fois élu, a le droit de fixer les compétences de chaque arrondissement, de limiter le nombre de ses fonctionnaires, etc. Et du coup, la gestion et l'entretien des ces infrastructures reviennent forcément au Conseil de la ville. Un Dahir stipule d’ailleurs que le Conseil de la ville peut s'approprier toute infrastructure sportive dont la superficie dépasse 1 hectare. Mais ce droit passe inaperçu et l’on préfère fermer les yeux pour des raisons purement politiques ou électoralistes.
Pourtant, pour remettre de l'ordre et combattre l'anarchie, la division de sport au Conseil de la ville mène depuis peu, une politique visant à sensibiliser les décideurs locaux à prendre conscience de l'importance d'une bonne gestion. Ainsi l'abandon de la culture de la gratuité dans l'utilisation des infrastructures sportives s'impose-t-elle de plus en plus.
Une mesure a été votée dans ce sens. Elle impose une participation de l'ordre de 50 DH aux particuliers et 200 DH pour les clubs sportifs et les sociétés privées. Cette disposition vise à sensibiliser les usagers et à garantir des revenus pour chaque infrastructure.
Une décision largement contestée surtout dans les quartiers populaires, et par les clubs sportifs qui manquent de ressources financières. Certains avancent même que cette mesure ne va pas changer grand-chose. Au contraire, elle va encourager la corruption et le favoritisme.
Pour preuve, les différentes salles de sport publiques qui ont abandonné la gratuité souffrent toujours du syndrome de mauvaise gestion.
Les responsables doivent donc savoir que le sport contribue efficacement à l'amélioration de la santé et à l'équilibre de la population, qu’il est un facteur de régulation des tensions sociales, que seules des infrastructures sportives de qualité sont le cadre privilégié pour former un sportif de haut niveau et un préalable pour son développement.

Hassan Bentaleb
Samedi 21 Novembre 2009

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