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La campagne “Je ne m’appelle pas Azzi” lancée sur fond de polémique sur le racisme

Ce que d’aucuns qualifient d’actes racistes, les autres les taxent de discrimination




La campagne “Je ne m’appelle pas Azzi” lancée sur fond  de polémique sur le racisme
Les Marocains sont-ils racistes ? Cette question n’a rien de nouveau, bien qu’elle soit devenue récurrente.  Entre ceux qui taxent les Marocains de racistes et ceux qui estiment que ces derniers sont tolérants et ouverts sur les autres peuples, le fossé ne cesse de s’élargir.  Le débat risque même de s’enflammer davantage avec le lancement aujourd’hui de la première campagne nationale contre le racisme destinée à combattre les stéréotypes, les clichés et toute la panoplie du racisme ordinaire chez nos compatriotes.   
En effet, le concept même de racisme reste flou et équivoque dans la tête des initiateurs de cette campagne. Et son utilisation ne semble pas avoir été soumise à une quelconque  méthodologie scientifique. « Le terme racisme a été mal utilisé. Il renvoie à une réalité qui n’a rien avoir avec celle de la société marocaine», nous a précisé Abderrahim Hmyeme, chercheur en psychologie sociale.  Même constat de Hassan Amarii, spécialiste des questions de migrations et d’asile : « L’utilisation du mot racisme a été un peu exagérée et il est difficile de l’appliquer à la société marocaine à l’instar d’autres sociétés notamment européennes ».   
Selon le Centre interfédéral pour l’égalité des chances des Pays-Bas, le concept de racisme n’est, en effet, pas facile à cerner objectivement.  Il s’agit plutôt  d’un terme propice à la subjectivité puisque chargé de connotations psychologiques et idéologiques qui sont fortement sujettes à l’influence des phénomènes sociaux et politiques.  De son côté, Le Petit Robert [édition de 1976] définit le racisme comme une : « Théorie de la hiérarchie des races, qui conclut à la nécessité de préserver la race dite supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres. Ensemble de réactions qui, consciemment ou non, s’accordent avec cette théorie ». Il s’agit donc d’une idéologie, d’un ensemble d’idées et de croyances propres à une époque, à une société ou à une classe qui se fonde sur des différences biologiques, réelles ou supposées, ou encore sur la base de leur appartenance ethnique, nationale ou religieuse. Il a une portée plus large que la discrimination raciale.«Au Maroc, on est loin d’avoir le racisme comme idéologie d’Etat ou comme culture. On est plutôt face à des actes discriminatoires qui demeurent individuels et qui ne s’inscrivent pas dans la durée », nous a expliqué Hassan Amarii. Des propos que partage Abderrahim Hmyeme qui estime, pour sa part, qu’on ne peut pas traiter les Marocains de racistes s’ils ne rejettent que les seuls Africains sur la base de leur couleur de peau. « Un rejet qu’on ne peut qualifier de racisme parce qu’il touche également les Marocains qui ont la peau noire.  Il s’agit plutôt, dans le cas d’espèce, d’une pratique discriminatoire qui trouve ses origines dans les représentations sociales qui ont toujours véhiculé l’image du noir comme esclave », nous a-t-il indiqué. 
Nos sources excluent également le concept de xénophobie définie comme « hostilité à ce qui est étranger ». Pour eux, les Marocains ont été toujours ouverts sur d’autres races et ethnies. « Les Marocains n’ont jamais perçu l’autre ainsi que ses coutumes, ses traditions ou ses comportements comme étranges voire menaçants », nous a précisé ce chercheur en psychologie sociale, tout en précisant que cela n’empêche pas que les préjugés et les clichés existent bel et bien et qu’il faut rompre avec eux.
De son côté, Abou Baker El Khamlichi, un acteur associatif dans le domaine de la défense des droits des migrants irréguliers, ne mâche pas ses mots. Pour lui, le racisme existe bel et bien au Maroc comme dans d’autres pays du monde. « Je ne dis pas que les Marocains sont racistes mais des pratiques racistes existent chez-nous», nous a-t-il indiqué.  
Notre source met à l’index les pratiques des autorités publiques  envers les migrants irréguliers. « La violence physique et verbale avec laquelle les policiers traitent ces gens  démontrent bien un racisme latent envers cette population », a-t-il souligné. 
Pour lui, la campagne nationale contre le racisme n’est pas dirigée contre tous les Marocains. « On est comme les autres peuples. On a nos propres complexes et maux. Donc on ne peut se vanter d’une quelconque supériorité sur qui que ce soit », a-t-il conclu. 
 

Hassan Bentaleb
Vendredi 21 Mars 2014

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