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La Cour des comptes pointe du doigt l’absence de volonté de réforme de la Fonction publique

Le gouvernement Benkirane manque de volonté politique, de vision longtermiste et de stratégie globale




Le Maroc compte 585.000 fonctionnaires dont 90% sont concentrés dans cinq secteurs. Une répartition qui ne répond nullement à une logique économique ou démographique. Ceci d’autant plus que ces fonctionnaires sont fortement concentrés dans certaines régions au détriment d’autres. En outre, le taux d'absentéisme au travail est important au sein du secteur public.   A titre d’exemple, le secteur de l’enseignement qui accapare 50% des fonctionnaires de l’Etat a enregistré 636.400 journées d’absence non justifiées en 2014, soit 4.000 enseignants. C’est ce qui ressort de l’étude sur la Fonction publique réalisée par la Cour des comptes et présentée mercredi dernier au Parlement par Driss Jettou, le président de ladite Cour.    
Ce document précise également que la Fonction publique souffre de l’inefficacité du système d’embauches  qui se font souvent loin de toute logique de rendement et sans intégration dans des visions globales.  Les avancements ont été également l’objet de critiques puisqu’ils ne se basent pas sur les critères de mérite et impactent négativement le rendement des fonctionnaires. Une situation qui a des effets néfastes sur les services dispensés aux usages. En effet, l’étude de la Cour des comptes a démontré que ces services sont loin des standards de la bonne gouvernance voulus par la Constitution et que les habitants du monde rural et des zones marginalisées ont des difficultés à y accéder dans de bonnes conditions.   
Que fait le gouvernement pour s’en sortir ?  Pour Driss Jettou, les tentatives de réforme de l’administration marocaine sont nombreuses mais elles restent dispersées et ne s’inscrivent pas dans une logique de durée du fait de l’absence d’une stratégie de long terme et d’un agenda bien précis concernant leur mise en place. D’après lui, les résultats accomplis sont insuffisants au niveau de l’efficacité requise et les programmes établis sont encore dans l’incapacité d’initier les changements escomptés. Un sombre tableau qui en dit long sur l’échec de  la Stratégie nationale de modernisation de l’administration lancée en 2013 par Abdelaadim El Guerrouj, ancien ministre de la Fonction publique et de la Modernisation de l’administration. Laquelle repose sur trois axes, à savoir la simplification des procédures à travers, notamment, le renforcement de l’administration électronique et le déploiement de centres d’appels pour permettre aux citoyens d’accéder facilement aux services publics ; la valorisation du capital humain en vue de donner un contenu concret aux principes de la gestion par objectifs, de l’efficacité de l’administration et de la réorientation des organisations et des structures administratives en faisant appel à la déconcentration comme mécanisme pour rapprocher l’administration des administrés.    
L’étude de la Cour des comptes questionne également les séries de réformes lancées par l’actuel ministre de la Fonction publique et de la Modernisation de l’administration dans l’objectif d’une révision complète du statut général de la fonction publique. En fait, le Maroc s'est engagé dans le cadre de la Ligne de Prévention et de Liquidité de réformer celle-ci et d’en rationaliser les dépenses.
Pour plusieurs spécialistes marocains, la réforme de l’administration s’impose aujourd’hui comme une nécessité induite non seulement par les dispositions constitutionnelles appelant à la promotion de la bonne gouvernance et au  rapprochement de l’administration des citoyens, mais aussi par un contexte régional et international de plus en  plus mondialisé.  Mieux, ils estiment  que la réforme est plus qu’urgente puisque c’est le concept même de la démocratie, de la relation entre le citoyen et l’administration et de la gouvernance qui est en jeu. Pourtant, ils pensent que la réussite de toute réforme est liée à l’intégration de deux éléments, à savoir  la globalité et la durabilité. En d’autres termes, toute nouvelle stratégie doit s’inscrire dans la durée et assurer  la participation des différents intervenants dans un cadre de concertation, de proposition et de partage d’expériences.   
La réforme doit passer également, selon eux, par une moralisation du service public avec la promotion des valeurs de transparence, d'accessibilité et d'égalité de traitement. La rationalisation de la gestion des biens publics et l'amélioration des circuits de communication avec les usagers par le développement de la culture du dialogue et de l'écoute font également partie intégrante de cette stratégie. Laquelle réforme fait encore défaut. Sauf peut-être dans l’imaginaire et les discours dithyrambiques des membres de l’actuel gouvernement.

Hassan Bentaleb
Vendredi 6 Mai 2016

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