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La Constitution et les hommes




La Constitution et les hommes
Le « oui »  a signé l’acte de naissance d’une nouvelle Constitution. Même les détracteurs du projet ont fait un pas positif, ils ont  reconnu une avancée du texte tant au niveau institutionnel qu’au niveau des droits et garanties pour un jeu politique citoyen équitable. Les adeptes du « oui » ont, de leur part, humblement considéré que les textes juridiques, y compris celui de cette Constitution, ne relèvent pas du champ de l’immuable. La perfection démocratisante  a un avenir certain fait de révisions et de rattrapages de la réalité et de  ses mutations. Les pouvoirs politiques seront  détenus, dit-on, par le peuple et le régime parlementaire nous portera, en cortège institutionnel, sur le piédestal réservé  aux nations « profondément »  démocratiques. Sans forcer le sourire, force est de constater que l’unanimité « majoritaire » a été enregistrée par les urnes. Nous avons une Constitution mais où sont les hommes de la Constitution ? Il ne s’agit point de nier à travers cette interrogation, l’existence politique du citoyen lambda mais d’espérer l’existence du citoyen  « mega » capable de semer sur le terrain tous les bienfaits de la loi suprême du pays.
 Nous sommes un pays en voie de développement depuis longtemps et il est temps, pour nous, de quitter cette voie et de s’installer sur les premiers paliers du développement. Les ingrédients naturels pouvant ouvrir l’accès à la richesse produite et bien répartie sont disponibles mais continuent d’attendre leur valorisation par le capital humain politique.
 Pour forcer l’errance d’un intellectuel citoyen non accompli, revenons à l’histoire de « l’oeuf et de la poule ». La démocratie va-t-elle avoir la patience pour créer ses hommes ?  Ou allait-elle se servir dans le stock du début de l’exercice politique sans se soucier de la date de péremption avérée de la majorité des articles de ce stock ? La péremption politique s’appelle incompétence, immoralité, vieillesse, cooptation et inaction. Répondre avec assurance à cette question relèverait nécessairement de la dépression ou du moins de l’anxiété plongeant les âmes sensibles dans  la perplexité permanente. La péremption n’est pas seulement visible au niveau de la gestion des partis. Elle l’est plus au niveau de la chose publique territoriale, économique, financière, judiciaire et diplomatique.
Au-delà des aspects moraux des moyens de lutte contre cet état de fait, la lutte contre la péremption ne peut  passer que par un renouvellement des stocks. L’emprunt conceptuel effectué auprès des comptables et des financiers est justifié par l’ampleur des ratés constatés dans la gestion de la chose publique économique. Les décennies de l’indépendance ont certes enregistré des échecs au niveau de la formation, mais le Maroc est arrivé, malgré tout, à former ses cadres dans beaucoup de domaines. Leur nombre est important, leurs spécialités sont diverses mais leurs parcours professionnels ont obéi à des logiques généralement   étrangères à la compétence et à l’intégrité. Les uns se sont illustrés en empruntant l’ascenseur social et familial et d’autres ont sombré dans les couloirs de l’attente d’une reconnaissance professionnelle. Finalement, les réseaux ont gagné et nos administrations et établissements publics ont globalement  perdu. La compétence, l’intégrité et la crédibilité du « merit system » n’ont que partiellement survécu au tsunami des nominations  résautées.  
 Il est temps que la formation du responsable politique gestionnaire de la chose publique soit inscrite au rang  des priorités. Toutes les responsabilités sont politiques dès lors qu’elles engagent le présent  et l’avenir du pays. Les partis politiques et les autres pouvoirs et canaux d’influence ne peuvent s’exonérer de défendre le militant compétent au détriment du technicien sans penchant social ou politique et du militant sans savoir ni aptitudes. La Constitution a besoin d’hommes pour porter son projet. Lire et comprendre des statistiques économiques, financières comme celles de nos comptes extérieurs ou de nos finances publiques , comprendre le montage des projets et l’analyse de leurs rentabilités, planifier des projets d’aménagement de l’espace, comprendre les intérêts vitaux du pays et vouloir les défendre , pouvoir écouter intelligemment les citoyens et comprendre leurs doléances … tels sont les minima qu’on doit exiger d’un homme qui postule à une charge publique  politique ou administrative. Combien de ministres, de walis, de gouverneurs, de directeurs généraux et d’ambassadeurs remplissent ces minima ?
Les filtres de sécurité lors des appels à candidature à l’intérieur ou à l’extérieur  des partis politiques  sont aussi importants que le vote du citoyen. Celui-ci juge, quoique avec une nonchalance apparente, les responsables et leurs bilans. Choisir un responsable ou proposer un candidat à un mandat électif  doit obéir à une logique citoyenne à but non lucratif. Les réunions de salons bien arrosées  embellissent les profils les plus contre-indiqués, jettent dans les poubelles les C V les plus fournis et finissent par faire régner la médiocrité des gestionnaires sur la chose publique. Au moment où la contestation politique et sociale s’installe dans notre pays et interpelle au quotidien les responsables à tous les niveaux et où le changement devient une revendication légitime  reconnue, il est temps de trouver les hommes compétents et intègres qui peuvent traduire les attentes  en actes pour le bien du peuple. La crédibilité du responsable crée l’espoir et ferme les accès à l’enrichissement illicite et aux excès du pouvoir.

Par Driss Alandaloussi
Vendredi 15 Juillet 2011

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