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La Birmanie, terre quasi vierge de l'assurance




Ce n'est que lorsque sa pharmacie a été ravagée par un incendie pour la deuxième fois qu'Aye Aye Nge a pensé à prendre une assurance, un marché en développement dans une Birmanie en pleine croissance.
"Après le premier incendie, j'ai pensé qu'il ne pourrait pas y en avoir de nouveau. Alors j'ai repoussé le moment de souscrire" une assurance, explique la septuagénaire. "C'était une erreur".

Aye Aye Nge a reconstruit sa petite boutique de médicaments au quatrième étage du marché flambant neuf de Shwe Mingalar à Rangoun, qui a remplacé l'ancien détruit par les flammes au début de l'année, ruinant de nombreux commerçants comme elle. "Je vais souscrire une assurance. Je dois le faire. J'ai déjà tout perdu deux fois et j'ai peur de tout perdre à nouveau. Avec une assurance, je pourrai récupérer mon capital", dit-elle, désormais résolue, après avoir investi toutes les économies familiales dans sa nouvelle boutique.
Des décennies de junte militaire ont laissé les Birmans méfiants vis-à-vis de tout système supposé les protéger dans l'adversité. Nombre d'entre eux continuent de conserver leur argent en liquide chez eux plutôt que de le confier à une banque et rares sont ceux qui ont franchi le pas du versement mensuel à un assureur, préférant compter sur la traditionnelle solidarité familiale. Pendant cinquante ans jusqu'en 2013, la seule compagnie d'assurance disponible était un monopole d'Etat contrôlé par les militaires, Myanma Insurance.
Depuis, plusieurs compagnies locales ont émergé, à mesure que le pays s'ouvrait au monde après l'autodissolution de la junte en 2011. Mais selon les rares chiffres officiels disponibles, seules 5% des 600.000 automobilistes sont assurés, dans ce pays de plus de 50 millions d'habitants où les ventes d'automobiles neuves explosent.
Parmi les commerçants du marché Shwe Mingalar, rares sont ceux à avoir décidé d'assurer leurs boutiques, malgré les pertes subies dans le dernier incendie. "Les gens ne sont pas du tout intéressés" pour l'heure, déplore Htay Paing, vice-directeur de la compagnie d'assurance Grand Guardian. Mais "c'est un très gros marché, un marché vierge", souligne-t-il.
L'Asia Insurance Review, spécialiste du marché de l'assurance en Asie, estime ainsi que le secteur pourrait peser plus de 2,6 milliards de dollars (2,3 milliards d'euros) d'ici à 2030 dans cet ex-Etat paria.
Le géant américain de l'assurance MetLife, qui a ouvert un bureau en Birmanie en 2013, considère quant à lui que le seul marché de l'assurance vie pourrait passer de tout juste un million de dollars en 2012 à un milliard en 2028.
"Le potentiel est énorme en Birmanie", confirme un responsable d'une grosse compagnie d'assurance occidentale souhaitant pénétrer sur le marché birman. "Mais le réflexe de souscrire une assurance n'est pas encore là et l'Etat domine toujours cette industrie", via le mastodonte historique Myanma Insurance, explique un responsable d'une grosse compagnie d'assurance occidentale souhaitant entrer sur le marché birman.
Les assureurs étrangers restent aujourd'hui très limités dans leur activité par la législation birmane et ne peuvent pas offrir tous leurs produits. Ils espèrent que le marché sera rendu plus accessible par le gouvernement du Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, à la tête du gouvernement depuis quelques mois, après un raz-de-marée électoral.
Pour l'instant, 22 compagnies d'assurance étrangères ont reçu des licences de l'Etat birman, notamment des groupes japonais autorisés à proposer leurs services dans une Zone économique spéciale récemment créée.
 Avec le développement du marché automobile ces dernières années et la multiplication des accidents l'accompagnant, l'assurance de la voiture est celle qui intéresse le plus. "L'assurance automobile est la priorité.
Vient ensuite l'assurance incendie", explique Su Hlaing Win, venue assurer sa deuxième voiture.
"Je me sens plus en sécurité au volant depuis que je sais qu'il y aura un dispositif pour m'aider" en cas de problème, ajoute celle qui a déjà pu compter sur son assurance à la suite d'un accident avec sa première voiture.

Libé
Jeudi 4 Août 2016

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