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La Biélorusse Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature

L’auteur succède au Français Patrick Modiano et devient la 14ème femme à recevoir ce prix sur les 111 lauréats depuis 1901.




La Biélorusse Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature
Journaliste et écrivain, cette chroniqueuse
poignante des drames soviétiques a été
récompensée pour son «œuvre  polyphonique,
mémorial de la souffrance et du courage
à notre époque».  Elle ainsi la première
femme de langue russe à recevoir
cette prestigieuse récompense.



Il y a un an tout rond, c'est le nom de Patrick Modiano qui était sorti du chapeau des vénérables membres de l'Académie de Stockholm. Aujoud’hui, c’est à la Biélorusse Svetlana Alexievitch que le Prix Nobel de littérature est revenu. Ainsi, en l’attribuant à celle qui faisait figure de grande favorite, l’Académie suédoise récompense une auteure qui a la passion du réel. De livre en livre, cette écrivaine engagée, née en Ukraine, dénonce la guerre, la violence, le mensonge dont fut tissée l’Histoire de l’ancien empire soviétique. Première femme de langue russe à recevoir cette récompense, elle prend la suite de Pasternak (1958), Soljenitsyne (1970) et Brodsky (1987).
Jusqu'au bout, la Bélarusse était grande favorite. Mais c'était aussi le cas l'année dernière. «Tout ce beau monde pourrait se tromper car ce qui est certain, c'est que l'Académie suédoise aime surprendre», avait prévenu Gustav Källstrand, conservateur au musée Nobel. Pourtant, elle a bel et bien choisi de récompenser Svetlana Alexievitch, dont le nom côtoyait ceux du Japonais Haruki Murakami et du Kényan Ngugi wa Thiong'o. L'Américaine Joyce Carole Oates et le Norvégien Jon Fosse étaient également sur les rangs.
Née le 31 mai 1948 dans l'ouest de l'Ukraine au sein d'une famille d'instituteurs de campagne, diplômée de la Faculté de journalisme de l'Université de Minsk, Svetlana Alexievitch travaille dans les années 1970 à la rubrique courrier de Selskaïa gazeta, le journal des kolkhoziens soviétiques. Elle commence à enregistrer sur son magnétophone les récits de femmes qui ont combattu pendant la Seconde Guerre mondiale et en tire son premier roman: "La guerre n'a pas un visage de femme". "Tout ce que nous savions sur la guerre avait été raconté par les hommes (...) Pourquoi les femmes qui ont tenu bon dans ce monde totalement masculin n'ont-elles jamais défendu leur histoire, leurs mots et leurs sentiments?", s'interrogeait-elle alors.  Accusé de "briser l'image héroïque de la femme soviétique", le livre n'est édité qu'en 1985, à l'époque de la Perestroïka, mais il rend Svetlana Alexievitch immédiatement célèbre en URSS et à l'étranger. Depuis, Svetlana Alexievitch utilise toujours la même méthode pour écrire ses romans documentaires, interviewant pendant des années des gens qui ont vécu une expérience bouleversante, que ce soit les soldats soviétiques au retour d'Afghanistan ("Les cercueils de zinc") ou les personnes qui ont tenté de se suicider ("Ensorcelés par la mort").
"Nous vivons entre bourreaux et victimes, les bourreaux sont très difficiles à trouver. Les victimes, c'est notre société, elles sont très nombreuses", souligne Mme Alexievitch, interrogée par l'AFP.  Après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986, elle travaille pendant plus de dix ans sur "La Supplication", livre bouleversant fait de témoignages de "liquidateurs" -- les milliers d'hommes envoyés sur le site -- et d'autres victimes de ce drame.
Ce livre est interdit au Bélarus, l'un des pays les plus touchés par les conséquences de Tchernobyl, où le sujet est tabou.
Sans surprise, Alexievitch n'a en effet pas voix au chapitre dans ce pays dirigé depuis 20 ans d'une main de fer par Alexandre Loukachenko. Ses livres qui, selon elle, ne "plaisent pas" au président, sont introuvables dans les librairies au Bélarus. "Nous vivons sous une dictature, des opposants sont en prison, la société a peur et en même temps c'est une société de consommation vulgaire, les gens ne s'intéressent pas à la politique. L'époque est mauvaise", déclarait-elle en 2013 à l'AFP.
Les intellectuels bélarusses apprécient moyennement les opinions de cet auteur qui, d'un côté, se réclame de la "culture russe", quand eux cherchent à s'en démarquer, et de l'autre vit la plupart du temps en Europe occidentale, un monde pour lequel ils éprouvent un mélange d'attirance et de répulsion.
Il faut, par ailleurs, noter que l'attribution d’un prix Nobel de la littérature est le fruit d’un processus de plus d’un an. L'œuvre des prétendants doit passer au crible de trois instances : d'abord 700 personnalités littéraires puis le comité Nobel et enfin l’Académie suédoise. Chacun de ces trois ensembles endosse un rôle bien précis dans le choix du prix Nobel de littérature : le premier propose plus de 300 candidats, le comité Nobel en nomine 25, et l’Académie suédoise en élit un.

Mehdi Ouassat
Vendredi 9 Octobre 2015

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